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Instabilité politique : la nouvelle paranoïa d’Alpha pour distraire ?

L'oeil de GuineeActu.com  Lundi, 12 Septembre 2011 16:27

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hotel_Meridien_President_Dakar_01« J’ai clairement dit au ministre sénégalais des Affaires étrangères Madické Niang et au ministre des Affaires étrangères de Gambie que j'estime (...) que les choses ont été préparées à l'hôtel Méridien Président à Dakar, qu'il y a des va-et-vient en Gambie et que j'estime que cela ne pouvait pas se faire à leur insu. (…) Je pense qu'il y a la complicité du gouvernement sénégalais comme du gouvernement gambien. Â»

Dimanche, dans un entretien diffusé par la radio privée sénégalaise Sud-FM, Alpha Condé, soupçonnait ces deux pays voisins de complicité. Il les a accusés de fait d'avoir été au courant du raid perpétré contre son domicile privé de Kipé, le 19 juillet dernier. Si Banjul n’a pas encore réagi, côté Dakar, la réplique ne pouvait attendre longtemps. C’est ainsi que le porte-parole de la Présidence sénégalaise, Serigne Mbacké Ndiaye a nié toute implication de son pays estimant que l’hôtel dont parle le président guinéen est « un lieu privé, où n'importe qui peut aller et sortir Â». Avant de rappeler: « Il ne peut être question d'implication du Sénégal dans des problèmes de déstabilisation de la Guinée. (...) Le Sénégal abrite deux millions de Guinéens, 300 000 Sénégalais sont en Guinée Â». Les accusations formulées par Alpha Condé à l’encontre des pays amis déclenchent depuis, une certaine tempête d’indignation tant à l’intérieur du pays qu’au-delà.

Dans certains milieux politiques, Alpha Condé accusé par des adversaires politiques ‘’d’architecte de faux complots’’, est en train de rendre public sa dernière trouvaille paranoïaque : complicité de déstabilisation de la Guinée. Avec pour seul objectif de distraire. Ce, après la curieuse et supposée attaque de Kipé. Au milieu du gué depuis son investiture, faute d’initiatives et de savoir-faire, Alpha Condé qui peine à prendre ses marques et cela après presque dix mois de gestion cherche des alibis pour masquer son échec patent et occuper surtout l’électorat. Sinon, en réalité, qui peut déstabiliser la Guinée et pour quel objectif ? Une paranoïa mal inspirée, pourrait-on dire. Banjul et Dakar ont d’autres chats à fouetter. Si Dakar tente un nouveau mandat ou cherche à placer un certain Karim Wade, Banjul, elle s’occupe de la reconstruction du petit-pays. Ce qui est sûr, ce n’est pas parce que la plaie du roi est béante que les mouches ne vont pas voler. Autrement dit, ce n’est pas parce que Conakry attend toujours son fameux changement que des leaders politiques ne vont se la couler douche dans cet établissement chic du nord de la capitale sénégalaise, appelé Méridien président. Il n’empêche que le leader du RPG mette en cause Bah Oury de l’UFDG, Tibou Kamara, proche de Sékouba Konaté et ex-ministre secrétaire général à la Présidence et Diallo Sadakaadji, opérateur économique.

Selon Alpha Condé qui ne gobe pas du tout Bah Oury, sa bête noire, « Nous savons très bien que le numéro 2 de l'UFDG, Bah Oury, qui a fui, nous savons très bien qu'il a été un des principaux organisateurs ici. Â» S’agissant de ces trois personnalités, notre site GuineeActu.com avait déjà révélé qu’elles ont été citées par AOB, le présumé cerveau du fameux raid de Kipé. Sans trop de détails. Même si certains parlent depuis peu, que c’est à l’issue d’une insoutenable torture que le militaire a tout dit. Des accusations extorquées, pour dire tout net. En accusant donc aujourd’hui Banjul, Dakar et d’autres personnalités politiques guinéennes, Alpha Condé prouve que le changement qu’il prône à tue-tête n’est qu’une vue de l’esprit. Car après tout, les vrais saboteurs de ses actions, c’est bien les membres de son gouvernement que lui-même connaît et qu’il a d’ailleurs dénoncés. « Aujourd’hui, je sais désormais qui est qui. Il y a des cadres qui ne veulent pas que les choses changent. C’est pourquoi j’ai décidé de prendre mes dispositions…le lundi prochain je vais commencer à changer des cadres pour mettre d’autres qui peuvent bien mener le bateau à bon port. (…) j’ai détecté des ministres anti-changement lors de la campagne agricole. Ces ministres ont profité de cette campagne pour s’enrichir. Un litre d’herbicide qui devrait être vendu à 40 000 GNF a été vendu par ces ministres à 90 000 GNF. Comment voyez-vous une telle chose ?»

Si donc les proches du parti au pouvoir estiment que leur leader met les pieds dans le plat en indexant Wade, Jammeh, Tibou, Oury et Sadakaadji, de l’autre côté, c’est un non-événement que le pouvoir de Conakry orchestre pour distraire les Guinéens de plus en plus déçus d’un changement annoncé mais qui n’est pas vécu. De toute évidence, les accusations d’Alpha Condé risquent, selon des analystes, de créer des tensions diplomatiques avec ces deux pays. Alors qu'il était opposant, ce socialiste a effectué de fréquents séjours au Sénégal où il est réputé plus proche des opposants que du président Wade, un libéral. Le président Jammeh qui a une femme guinéenne a, lui, souvent rendu visite au président Lansana Conté, resté 24 ans au pouvoir en Guinée et décédé en 2008. Dans l’imagerie populaire, on voit donc mal comment ces deux pays peuvent être des bases arrière à une quelconque instabilité en Guinée. Paranoïa, quand tu nous tiens !


L’œil de GuineeActu.com

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