Heinan Goba Jeudi, 08 Mai 2014 00:12
Selon l’accusation, entre 2007 et 2008, seize milliards de francs guinéens de subventions de l’Etat guinéen sont partis dans le projet de la relance de la culture du coton en Haute et Moyenne Guinée pour un résultat qui est resté en deçà des attentes. Cette campagne, d’après les mêmes accusations, a été un échec. Et ce résultat catastrophique serait dû au fait que 80 % des fonds alloués au projet ont été détournés par certains hauts cadres de l’administration et ceux qui ont géré le projet.
Ce mardi 06 mai, devant le tribunal, l’ancien ministre de l’Agriculture, Mahmoud Camara, l’un des cadres mis en cause dans cette affaire, a balayé d’un revers de la main toutes ces accusations. Pour lui, les objectifs assignés au projet ont été atteints. Car, explique monsieur Camara, « le projet a eu un impact socioéconomique sur les populations des localités où il a été mis en œuvre ». Pour preuve, rappelle-t-il, les paysans de ces localités sont venus le féliciter.
« La réussite d’un projet comme celui de la relance de la culture du coton n’est pas seulement la quantité de coton produite. Non seulement le peu qui a été produit a été de qualité mais le projet a eu un impact socio-économique. Il a permis à des familles d’améliorer leurs conditions de vie. Pour preuve que les paysans eux-mêmes ont été satisfaits, ils sont venus m’adresser leurs remerciements », a dit celui qui en sa qualité de ministre de l’Agriculture avait convaincu l’Etat à venir en aide aux cotonculteurs.
Mahmoud Camara a poursuivi en disant avoir agi conformément aux instructions du conseil des ministres. Et ne regrette pas ce qu’il a fait. Mais à savoir pourquoi il a engagé l’Etat sachant bien qu’il y avait peu de chance de réussir, l’ancien ministre de l’Agriculture a répondu : « Ce n’est pas moi qui ai engagé l’Etat. C’est à cause de la sensibilité de la situation sur le terrain que la décision a été prise de financer le projet. Et pour preuve que c’était très difficile pour notre gouvernement, les 22 milliards de francs de coût total ont été ramenés à 16 milliards. »
Quoi qu’il en soit, « le projet avait une coordination qui était la seule à gérer les fonds alloués au projet », a fait savoir l’ancien ministre après avoir soutenu n’avoir jamais su que les fonds du projet sont détournés. Contrairement au rapport de la commission d’audit qui les incrimine, Monsieur Camara a cité un rapport financier qui indiquerait en revanche, que l’argent du projet coton a été bien dépensé. Il s’est aussi dit surpris de se voir seul responsable des actes posés par tout le comité de pilotage.
Mieux, a indiqué par ailleurs, celui qui présidait tout de même le comité de pilotage du projet, « Adama Camara, le PDG de la société désignée opérateur du projet, a écrit à l’Etat qu’il était le seul responsable de l’échec du projet. Et qu’il était prêt à réparer tous les préjudices causés à l’Etat. » Avant de s’offusquer en ces termes : « Au lieu d’explorer cette piste, on cherche des cheveux dans la soupe ».
Pour sa part, Ousmane Doré, à l’Economie et Finances à l’époque des faits et également incriminé, a soutenu qu’il a fait ce qui lui a été demandé par le conseil des ministres. C'est-à-dire, mettre l’argent public au compte d’une entité publique. Il ne sait donc pas pour quel motif il a été incriminé au point de quitter Abuja (Nigeria) pour venir se défendre. Toutefois, a fait savoir l’ancien ministre : « Personne ne contrôle mon destin. La vérité va jaillir. »
Ousmane Doré a soupçonné le juge qui a instruit cette affaire de l’avoir abusivement chargé. Il est clairement dit dans le rapport d’audit, a-t-il rappelé, que « les responsables de ce détournement sont ceux qui ont mis en œuvre le projet ». Avant de préciser à l’attention du tribunal que « la mise des fonds à la disposition du projet est différente des passations de marché fait par le projet ». Doré a rappelé n’avoir jamais signé un document en dehors des deux contrats de cautionnement qui ont permis au projet d’être avancé par la banque. Et cela relève de ses prérogatives.
La prochaine audience aura lieu le mardi prochain avec la comparution d’un expert-comptable pour permettre au tribunal d’être mieux éclairé.
Heinan Goba
de Conakry pour GuineeActu