Aliou Sow Mercredi, 02 Avril 2014 22:47
La riposte contre la fièvre Ébola se poursuit, à travers une mobilisation générale. En plus des experts médicaux qui ont été déployés sur le terrain, des imams et des charlatans se sont invités dans la danse, à travers des recettes hallucinantes.
La Guinée vit dans la psychose depuis l’apparition du virus Ébola qui a déjà fait 78 morts sur 122 cas notifiés par les services compétents. Même si le discours prononcé par le chef de l’État dans la soirée du dimanche a donné un réconfort moral à certains de ses compatriotes. Discours que bien des gens trouvent toutefois tardif. Alpha Condé ayant attendu qu’il y ait plus d’une centaine de cas de contamination au virus Ébola pour se prononcer, selon eux. Le sujet fait débat dans la cité. Et d’autres citoyens trouvent tout de même une excuse au président en disant que « mieux vaut tard que jamais ».
Dans son discours, le président rappelle que dès « l’annonce de cette épidémie, il a instruit le gouvernement qui, à travers une coordination interministérielle, a pris d’importantes mesures pour lutter contre cette maladie qui est une urgence sanitaire. C’est dans ce cadre que le ministre de la Santé a fait une déclaration le 21 mars 2014 pour informer la population et la communauté internationale », a indiqué Alpha Condé. Il a tenu à rassurer les populations en affirmant que « grâce à l’appui de la communauté internationale, toutes les dispositions sont prises pour lutter efficacement contre cette épidémie ». Il a également demandé « aux populations de ne pas céder à la panique, ni croire aux rumeurs qui, dans de telles circonstances, ne manquent pas d’alimenter les débats ».
Sur le terrain une équipe composée de 20 experts, venue de l’Allemagne, d’Italie et de France a été déployée dans la région forestière, épicentre de la fièvre Ébola, pour appuyer la riposte organisée par les autorités guinéennes. Il faut reconnaître que Conakry vit désormais dans la peur, depuis que 8 cas dont 1 décès ont été enregistrés dans la capitale. C’est ainsi que le concert que la star de la musique sénégalaise Youssou N’Dour devait donner le samedi dernier au Palais du peuple de Conakry, sur invitation d’une société de téléphonie mobile, a été reporté sine die. C’est le climat de psychose provoqué par l’apparition de l’épidémie de la fièvre Ébola dans la capitale, qui a pesé sur cette décision d’annulation de ce concert.
Mollahs et charlatans s’invitent dans la danse
Les chefs religieux ne sont pas en reste dans la course contre la montre engagée contre la fièvre Ébola qui a fait à ce jour 78 décès sur 122 cas notifiés, selon des sources officielles. C’est ainsi que les fidèles musulmans de Guinée ont observé une journée de jeûne et de prières le jeudi dernier à la demande du Secrétariat général aux Affaires religieuses, en vue d’exorciser le mal qu’est cette épidémie de fièvre Ébola, qui s’est déclarée dans le sud du pays, depuis le mois de janvier dernier. Le même appel a été lancé aux fidèles chrétiens, pour une journée de jeûne et d’invocation, pour le samedi 29 mars. Pour les chefs religieux, ces prières et invocations divines ont pour but d’épargner à la Guinée le coup du sort.
En plus de ces invocations divines, des chefs religieux conseillent de tatouer des versets coraniques sur le corps des fidèles. Histoire de les mettre à l’abri de ce virus mortel. A cela il faut ajouter la recette de certains charlatans, relative à la consommation de gousses d’oignons. Les scientifiques ne voient aucun lien entre les vertus de l’oignon et l’éradication du virus de la fièvre Ébola. Toutefois, les téléphones mobiles et les réseaux sociaux ont permis de ventiler cette fameuse recette, à la grande satisfaction des marchands d’oignons, qui verront leur profit doubler, tant que le virus poursuivra sa migration dans la sous-région.
Le Sénégal et le Mali bouclent leurs frontières avec la Guinée
Au fur et à mesure que des nouvelles alarmantes proviennent de Guinée, les pays voisins multiplient les précautions, pour se prémunir contre le fléau. C’est dans cette optique que les autorités sénégalaises ont décidé de fermer leurs frontières avec la Guinée, à compter du samedi 29 mars, dans le cadre de mesures préventives prises par ce pays voisin de la Guinée, pour empêcher le virus Ébola de franchir ses frontières. Cette mesure ne concernerait pour le moment que les frontières terrestres. Cette fermeture pourrait toutefois affecter le trafic très intense entre les deux pays, qui connaissent des échanges en termes de commerce, notamment. Le Sénégal servant en effet de lieu d’approvisionnement en textiles et en produis cosmétiques pour de nombreux commerçant guinéens. Des centaines de Guinéens sont bloqués depuis cette annonce, le long des frontières avec le Sénégal, incapables de rentrer chez eux. Le Mali a suivi la même démarche consistant à filtrer les entrées sur son territoire.
Si la Guinée ne parvient pas à endiguer l’épidémie à temps, les consulats des ambassades n’hésiteront pas à cesser toute délivrance de visas à destination de leur pays, a-t-on appris de source diplomatique. Même si pour le moment l’OMS n’a pas donné de consigne portant sur l’isolement de la Guinée pour cause d’épidémie.
Aliou Sow
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu