Aliou Sow Dimanche, 16 Mars 2014 00:00
La condamnation par le tribunal de première instance de Kaloum, ce mardi, de deux anciens ministres de la République pour leur implication dans le détournement de fonds destinés au projet coton, est une première en Guinée, pays où l’impunité est érigée en mode de gestion par les différents gouvernements qui se succèdent à la tête de l’Etat. Ousmane Doré et Mahmoud Camara, respectivement ancien ministre de l’Economie et des Finances, et de l’Agriculture, dont il s’agit, étaient des proches du Premier ministre Lansana Kouyaté au moment des faits. Ce qui fait dire à bien des gens que ce dernier risque d’être rattrapé par son passé, à l’allure où vont les choses. Quand on sait que son gouvernement n’était pas au dessus de tout soupçon…
Le verdict dans l’affaire dite du « projet coton » impliquant certaines grosses huiles du gouvernement de consensus mis en place après les convulsions sociopolitiques enregistrées en janvier et février 2007, est tombé ce mardi. Le tribunal de première instance qui avait la charge de ce dossier brûlant a fini par trancher en infligeant une peine de 5 ans d’emprisonnement par défaut à Ousmane Doré et Mahmoud Camara. Dans la foulée, un mandat d’arrêt a été décerné contre eux par la cour. La justice a eu la main lourde, en annonçant par la même occasion la confiscation de leurs biens.
Les deux personnalités ont été en fait reconnues coupables de délit de complicité de détournement de deniers publics, par la cour présidée par Ibrahima Sory Tounkara, faisant référence à l’article 182 du code pénal. Cette condamnation a été précédée de celle du patron d’Intracam, la société qui avait été cooptée pour relancer le projet coton. Il s’agit d’Adama Camara, un personnage sulfureux qui avait bénéficié de la confiance de Lansana Kouyaté, on ne sait pour quelle raison, qui écope de 7 ans d’emprisonnement par défaut.
Sur la genèse de cette affaire, il faut remonter à 2007, lorsque Lansana Kouyaté accède à la Primature, en tant chef du gouvernement, ultime recours pour sauver le régime de Conté, alors malade et décrié par l’opinion. Une fois aux affaires, Kouyaté tente de mettre des réformes en place, pour relancer l’économie dont les voyants étaient complètement au rouge. Pour cela, il va cibler des secteurs dont celui de l’agriculture. C’est ainsi qu’il a inscrit parmi ses priorités la relance du projet coton, secteur pourvoyeur d’emplois et de revenus pour la région de la Haute Guinée, notamment. Pour cela il fallait débourser une subvention de 13 milliards de francs guinéens pour sauver le secteur du coton. Alors entre en jeu la société Intracam, pour gérer cette opération de remise sur pied du projet. Comme c’est généralement le cas en Guinée, les fonds déboursés n’ont pas été utilisés à bon escient.
Maintenant que le verdict est tombé dans cette affaire, il faut s’attendre à ce que la décision de justice soit tout de même appliquée. Et c’est là que le nouveau ministre de la Justice Cheik Sako est attendu. Lui qui a promis lors de la mise en place du Conseil supérieur de la magistrature que les décisions de justice seront dorénavant appliquées en Guinée. Quand on sait qu’en Guinée les grilleurs d’arachides ont la propension à se rabattre sur leur communauté, dans un univers où les coordinations régionales jouent les faiseurs de roi. Et il n’est pas exclu que les anciens ministres condamnés usent de ce même stratagème, pour se tirer d’affaire, ou qu’ils allument un contrefeu pour brandir leur proximité avec Kouyaté. Vu que le leader du Parti de l’espoir et du développement national (PEDN) a maille à partir avec les nouvelles autorités du pays, étant devenu par la force des choses un opposant pur et dur, qui n’a pas hésité à bouder l’Assemblée nationale.
Il faut toutefois dire que des zones d’ombre entourent encore la gestion des affaires de l’Etat par le gouvernement de consensus de Kouyaté. C’est le cas notamment de ces fonds domiciliés à l’époque à la BNP Paribas, de la parcelle cédée aux Libyens du côté de Kipé, rétrocédée aux Chinois. Sans oublier cette histoire de lampadaires implantés par Sol guinée, une société qui était dirigée par Sako Diakité, un des hommes de paille de Kouyaté. Tout ça mérite bien des éclaircissements pour l’opinion, sans que le pouvoir ne s’en serve pour se livrer à une chasse aux sorcières.
Aliou Sow
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