Mamady Kéita Samedi, 15 Mars 2014 18:50
Le non-respect de l’accord du 3 juillet qui prévoyait la tenue des législatives avant la fin du premier trimestre de 2014, est la source d’une nouvelle discorde entre le pouvoir et l’opposition. L’opposition accuse en effet le gouvernement de faire preuve de mauvaise foi, menaçant de recourir à la rue, si rien n’est fait pour que les communales et communautaires puissent avoir lieu cette année.
Les Guinéens ne sont toujours pas situés sur le chronogramme des élections communales et communautaires, dont le calendrier initial a été reporté sine die. L’opposition y voit en fait une manœuvre du pouvoir pour saboter les accords du 3 juillet 2013, qui fixaient le déroulement de ce scrutin avant la fin du premier trimestre de l’année en cours. Il ne fallait pas plus pour voir le chef de l’opposition Cellou Dalein Diallo monter sur ses grands chevaux pour dénoncer la « mauvaise foi » du gouvernement, et appeler à la mise en place immédiate d’un cadre de dialogue entre les parties prenantes au processus électoral. Le porte-parole de l’opposition Aboubacar Sylla, qui partage ce point de vue, a lui, regretté qu’à cette allure le pays ne s’achemine de nouveau tout droit vers le cycle des « manifestations-répressions », si jamais le pouvoir ne prenait pas au sérieux les accords du 3 juillet. Dans la foulée, le chef de l’opposition qui est décidé à ne plus se contenter d’avaler des couleuvres, dans ce qui ressemble bien à un jeu de dupes, s’est envolé dimanche dernier pour la capitale française, où il entend alerter les autorités sur la situation qui prévaut dans son pays, malgré la mise en place de la nouvelle assemblée. Parmi les institutions qu’il aura à visiter lors de son séjour parisien, figure l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), dont le secrétaire général Abdou Diouf a joué un grand rôle dans l’aboutissement du processus de transition à son terme. Même si les détracteurs de Diouf le trouvent trop conciliant avec Alpha Condé.
A la veille de son départ, Dalein a tenu deux meetings successifs à Conakry, invitant ses militants à la mobilisation pour barrer la route à une « dérive dictatoriale ». Pour cela, il appelle à une présence plus accrue de ses partisans dans les bureaux de vote, lors du prochain scrutin. Accusant Alpha Condé d’être parvenu aux affaires par la magie de « la fraude ».
Cellou Dalein Diallo a dans la même veine annoncé des corrections au niveau du code électoral, pour le rendre conforme aux normes sécuritaires en la matière. Dalein n’a pas occulté le cas du nouvel opérateur qui viendra remplacer Waymark. Celui-ci devra avoir les qualités suivantes : compétence, neutralité et impartialité, a-t-il prévenu.
Déjà, dans une autre de ses sorties relatives à la tenue des élections communales et communautaires, l’opposant avait martelé ceci : « Nous allons obliger le gouvernement à respecter les engagements. Puisque c’est un engagement pris à l’occasion du dialogue politique qui a eu lieu au Palais du peuple et qui a été sanctionné par l’accord que vous avez cité. Il faut qu’on organise ces élections communales et qu’on puisse avoir des élus locaux et non des gens nommés par le gouvernement ». Pour Dalein le mandat des conseillers communaux est arrivé à son terme. Et il y a donc « urgence à revenir à la légalité par la mise en place d’élus locaux issus de la volonté populaire ».
Le pouvoir continue de demeurer muet comme une carpe face à ces accusations de l’opposition. De quoi rendre l’atmosphère plus que délétère. Comme si l’on fonçait tout droit dans le mur, à cause de la guéguerre qui s’annonce entre le pouvoir et l’opposition.
Mamady Kéita
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