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Persistance des conflits en Guinée : ce qu’en pense Goureissy Condé

Aissatou Diallo  Lundi, 24 Février 2014 23:49

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CONDE_Sekou_Koureissy_01Lors d’une conférence qu’il a animée à la Maison de la presse le vendredi 21 février, Goureissy Condé, directeur exécutif de l’African Crisis Group, a dit que la société guinéenne est assise sur une succession de conflits.

Après avoir rappelé que la Guinée a connu plusieurs transitions dont elle a subi la mauvaise gestion, le directeur exécutif de l’African Crisis Group, affirme : « … La République de Guinée n’a pas connu pendant longtemps une stabilité pérenne en termes de sécurité politique, en termes de projet de développement à moyen et long termes. Depuis d’ailleurs la première République. Donc il y a succession de transitions qui sont opérées dans notre pays dans un contexte sociopolitique et culturel très précaire, puisque notre société elle-même est assise sur une succession ou une superposition de conflits. Nous ne sommes pas là pour analyser la conflictualité, mais notre société est très fragile comme vous le savez parce que la République de Guinée n’est pas ouverte sur le monde comme le Sénégal. Donc il est important de connaître l’histoire. Il est aussi important de connaître les principaux acteurs de notre histoire. Il est important de savoir les différentes péripéties, les intercalaires, les moments de discontinuité qui ont marqué, caractérisé la vie de notre nation. »

Parlant de la réconciliation dont il fait son cheval de bataille pour l’année 2014, Goureissy Condé dit qu’elle est nécessaire, voire obligatoire. Puisque, dit-il, la Guinée a connu des conflits depuis 1955, et que toutes les communautés ont été victimes : « Pourquoi parle-t-on de réconciliation puisqu’il n’y a pas de guerre ? Quand vous voulez parler de réconciliation on dit que vous voulez soulever des guerres. Il y a tellement de blessures, de frustrations. Ne pas en parler, c’est finalement agrandir, consolider les frustrations. Ne pas en parler c’est isoler le mal ou la maladie. Ne pas en parler, c’est vouloir engager un processus de développement superficiel sans le soubassement socioculturel qui soutient, qui supporte et qui consolide le processus de développement. »

Pour lui, il faut qu’il y ait des discussions sur des questions de fond, les origines et l’évolution de la société, les contours techniques qui préjugent à la préexistence ou à l’acceptation mutuelle aux rapports sociaux de production au sein de la société.

Abordant la question du régionalisme et de la confrontation politique, deux concepts qui sont d’actualité en Guinée, il dira que cela a vu le jour suite à l’arrivée de l’élite guinéenne qui était en Europe, mais aussi suite à la mort de Yacine Diallo, député à l’Assemblée nationale française.

« L’arrivée de l’élite guinéenne de l’Hexagone vers le continent a créé une certaine confrontation, avec ceux qui étaient déjà en activité et qui revendiquaient l’indépendance, a-t-il fait savoir. C’est après la mort du député Yacine Diallo, les premières élections pour le remplacement du député qui ont opposé Ahmed Sékou Touré, le futur président de la République, à Barry III et Mamba Sano, que la connotation régionale a commencé à prendre la forme.»

Selon l’ex-médiateur de la République, c’est en 1955 que la Guinée a connu la première confrontation politique, et qui a enregistré des morts. C’était, selon lui, entre le Bloc Africain de Guinée (BAG) de Barry III et le Parti démocratique de Guinée (PDG) d’Ahmed Sékou Touré.

Et une année après l’indépendance, les premiers conflits sanglants et violents ont commencé en Guinée. Il y a eu les premières grèves de 1961, les différents complots notamment la 5e colonne, le complot peulh, etc. jusqu’au 4 juillet 1985.

« Et depuis, les séries de violences se sont succédé en Guinée. Jusqu’aujourd’hui, malheureusement on enregistre des morts », a-t-il regretté.

Avant de terminer son intervention, Dr Goureissy Condé a soutenu que la continuité des conflits en Guinée est due au fait qu’il y a le silence : «Qu’est-ce qui caractérise, qu’est-ce qui explique donc cette violence continuelle dans notre société ? La première raison c’est qu’on n’en parle pas. Puisqu’on n’en parle pas, on n’analyse pas. Et si on n’analyse pas, on ne comprend pas. Et si on ne comprend pas, il n’y a pas de solution. Donc nous continuons à vivre, à travailler avec des personnes frustrées. »


Aissatou Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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