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Quand Lansana Kouyaté titille l’opposition : « de 48 députés, l’opposition viendra un jour à 20…»

Boubacar Bagnan Diallo  Mardi, 18 Février 2014 18:56

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KOUYATE_Lansana_8_01Dans un ton « moqueur », l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté, dont le parti ne siège pas au parlement, s’est marré de ses anciens collègues de l’opposition. Le président du PEDN n’a pas fait de cadeau surtout à Jean Marie Doré qui caressait l’espoir de se faire élire président de l’Assemblée alors qu’il n’avait que deux députés.

Lansana Kouyaté qui a boycotté l’hémicycle parie qu’avec la corruption, le parti au pouvoir arrivera à « débaucher » tous les élus de l’opposition et à faire passer les lois organiques qu’il voudra. « Je vous jure sur mon honneur que si j’avais 15 députés, je ne serais pas parti si l’opposition n’avait que ces 53 députés parce qu’on était minoritaire. Ceux qui pensent et qui rêvent que les lois organiques, des lois qui sont quand même fondamentales, sérieuses, que ces lois ne peuvent pas être obtenues par la mouvance présidentielle, ils se trompent. De 48 députés, l’opposition viendra un jour à 20. Dans un pays où la mendicité existe, dans un pays où tout le monde a des problèmes financiers… Or on a un maître en la matière. Je ne crains pas de le dire, et je le dirai encore plus haut quand je serai à Conakry », a déclaré Lansana Kouyaté lors d’une conférence de presse qu’il a tenue dans la capitale française.

Sur un ton interrogateur et ironique, il poursuit en disant que « ce n’est pas une question de postes. Vous avez vu ce qui s’est passé le premier jour. Est-ce que la Guinée n’a pas été jetée au ridicule ? Ce qui est anachronique, c’est que même ceux qui ont deux députés voulaient être président de l’Assemblée. Où vous avez vu ça ? Deux députés qu’on t’a gracieusement donnés ! Tu veux être président de l’Assemblée. Ça veut dire qu’on comptait sur les débauchages. Ça, c’est plus que la 4e République française. Ce qui est arrivé, il fallait s’y attendre, la candidate de l’opposition a eu 48 voix. Alors que l’opposition, tout calcul fait, arrivait à 53 députés. Où sont partis les autres ? » s’est interrogé le leader du parti de l’Espoir pour le développement national (PEDN).

A en croire Lansana Kouyaté, le Rassemblement du peuple de Guinée (parti au pouvoir, ndlr) n’aurait même pas eu dix députés si les élections s’étaient passées dans les conditions de transparence.

« Je ne dis pas tout ! Ce qui importait au PEDN, ce n’était pas ces voix. Deux élus obtenus normalement, légitimement, je vous assure qu’on aurait siégé. Si c’était 20 et qu’il y a eu fraude pour faire en sorte que l’opposition républicaine, ensemble, soit minoritaire, les 20 n’allaient pas siéger. La question est simple. On va en minoritaires, ce sera pour entériner toutes les lois iniques qui sortiront de cette Assemblée. Il n’y a pas deux manières de dire non », a soutenu Lansana Kouyaté, qui a rajouté qu’ « il faut qu’on arrive à un moment où le peuple accepte de prendre son destin. En main. Il faut qu’on arrive à un moment où il faut cultiver l’éthique. Déjà la CENI en donne l’exemple éloquent. L’opposition avait dix représentants là-bas. Sur les dix, combien ont répondu après ? Aux meilleurs mots, je dirais trois, tout le reste a basculé. Il y a un parti dont je ne vais pas citer le nom, dont le représentant a carrément dit qu’il va voter pour le président, parce que s’il est malade, c’est le président qui le guérit, c’est le président qui lui construit sa maison… Voilà dans quelle République nous sommes. Et on veut nécessairement que vous vous démarquiez de vos convictions personnelles. Tous ceux qui sont morts, tout l’espoir que nous (l’opposition, ndlr) avons nourri pour que la Guinée soit une démocratie, tout ça pour ça ! Je voudrais dire que même si le ton est véhément, c’est ma détermination qui est calme, d’aller au bout. »

L’opposant estime que le pouvoir actuel est en train d’institutionnaliser les ethnies en Guinée : « Ne craignons pas de dire la vérité. L’ethnie est devenue un instrument à tel point qu’on est en train d’institutionnaliser les ethnies ou d’une autre façon d’ethniciser les institutions. Que le chef de l’Etat s’arrête pour dire que l’Assemblée est pour un Forestier, la Primature pour la Basse Côte, qu’il le fasse sans le dire… Est-ce que dans notre constitution c’est écrit que les institutions doivent être partagées entre les ethnies ? Ne nous contentons pas d’observer, disons comment. Ce qui arrivera à la Haute Guinée arrivera au Fouta, ce qui arrivera au Fouta à la Basse Côte, ce qui arrivera à la Basse Côte arrivera à la Forêt. L’unité de notre pays ne veut pas dire qu’un Soussou ne doit pas aimer un Soussou, c’est faux. Ça ne veut pas dire qu’un Peul ne doit pas aimer un Peul, c’est faux… Aimer son ethnie n’est pas de l’ethnicisme, mais penser que ton ethnie est supérieure à une autre ethnie, voilà l’ethnicité. Personne n’a où aller. On est condamné comme dans une famille. La tendance à institutionnaliser les ethnies, à les manipuler, c’est contre chacun de nous. Ceux qui lisent Machiavel diront que je vais diviser pour régner, mais qu’ils n’oublient pas aussi que Machiavel a souffert à cause de ça. Alors s’ils veulent souffrir comme Machiavel, ils n’ont qu’à continuer à cultiver le Machiavélisme.»


Boubacar Bagnan Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
 

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