Heinan Goba Mardi, 28 Janvier 2014 23:58
Beaucoup de choses attendent le nouveau ministre de la Justice. Comme dirait l’autre, Cheick Sacko a du pain sur la planche. Tout est à l’état primaire dans les cours et tribunaux du pays. Rien n’est en place. Le report d’une audience du tribunal de Kaloum faute de moyens pour faire venir les prévenus, le lundi de son installation, en est une illustration. Ajouté à cela le manque de confiance des Guinéens en leur système judiciaire.
Suite à un décret du président Condé, Cheick Sacko, précédemment avocat au barreau de Montpellier, a pris, lundi 27 janvier, ses fonctions de ministre guinéen de la Justice. Il remplace à ce poste son confrère Christian Sow. En trois ans, ce dernier n’a pu faire que le diagnostic déjà connu de la justice guinéenne : les états généraux de la justice dont les recommandations n’ont jamais été mises en œuvre. Il justifie cet échec par le manque de temps.
Comme le nouveau ministre se dit déjà conscient du travail qui l’attend, il s’agit seulement de savoir par où commencer. Quoique tout soit prioritaire à la justice guinéenne. Tout est insuffisant du personnel aux infrastructures en passant par les moyens financiers. Un véritable paradoxe lorsqu’on dit que la justice fait partie des priorités. Moins de 1% du budget national à ce secteur contre plus de 30 % pour la défense en ce temps de paix.
« Le ministre n’est pas un juge. Mais, il est celui qui sert les juges, qui leur donne les moyens de remplir leurs rôles respectifs et variés dans la société ». Voici qui est bien dit. Dès l’instant, il est hors de doute que Cheick Sacko ne s’impliquera dans aucun dossier quelle que soit sa nature. Son rôle sera de faire en sorte que justice soit rendue. Ce qui implique les moyens qu’il mettra à la disposition des cours et tribunaux.
Les états généraux de la justice ont montré que la justice est très éloignée du justiciable. Il faut pour résoudre ce problème, créer de nouvelles juridictions. En attendant, l’état de celles qui existent laissant à désirer, il y a lieu de penser à leur rénovation. Sans oublier de réfléchir à la situation des deux tribunaux de Conakry, dont l’un est assigné en expulsion (Kaloum) tandis que l’autre siège dans un bâtiment privé.
Peut-être que d’ici là, la Cour d’appel se libérera du fardeau de la présence du cabinet du ministre de la Justice. Ce qui est loin d’être la fin du problème des infrastructures judiciaires. L’administration pénitentiaire aussi connaît un réel problème de lieu de détention. La maison centrale de Conakry est non seulement surpeuplée mais en pleine ville. Il faut penser à construire une nouvelle prison en dehors de Conakry.
Il est évident que des projets existent dans l’un ou l’autre cas énumérés ci-haut. D’aucuns diront que tous ces projets ne pouvaient pas être réalisés à cause de la situation politique du pays. D’autres diront qu’à long terme, tout se fera. Mais la justice ne pouvant attendre, il est important que Cheick Sacko prenne à bras le corps l’augmentation et la qualification du personnel de la justice.
Récemment les magistrats ont demandé l’application du statut de la magistrature et la création du Conseil supérieur de la magistrature. Ils espèrent à ce propos voir leurs conditions de vie et de travail s’améliorer. Mais dans les cours et tribunaux, ce n’est pas le seul problème qui entrave l’administration de la justice. Faute d’un budget conséquent, il y a un manque d’interprètes assermentés. Pour ne citer que cela.
Fournir du mobilier au personnel, comme l’a fait le ministre sortant, est une bonne chose. Doter chaque tribunal d’un groupe électrogène pour assurer son autonomie en électricité en raison des coupures intempestives est aussi une bonne chose. Mais pour permettre à la justice de faire très bien son travail et regagner la confiance du Guinéen, Cheick Sacko doit fournir des efforts supplémentaires. Il doit se battre non pas seulement pour l’application des décisions de justice mais pour que justice soit bien rendue.
Heinan Goba
de Conakry pour GuineeActu