Moro Amara Camara Jeudi, 23 Janvier 2014 22:11
Après la formation de la nouvelle équipe gouvernementale qui est amputée de la présence d’une dizaine d’anciens ministres, l’on commence à en savoir un peu plus sur les raisons qui ont sous-tendu le départ de certains parmi eux. C’est le cas du désormais ancien ministre d’Etat, ministre des Travaux publics et des Transports, Elhadj Bah Ousmane, qui a été débarqué simplement parce qu’il n’aurait pas accédé à une demande du président de la République, Alpha condé, demande s’inscrivant dans la logique de la présidentielle de 2015.
Si, en recevant la démission collective du gouvernement le 15 janvier au palais Sékhoutoureya, le président de la République Alpha Condé était tout heureux de décerner des satisfécits à certains ministres sortants pour la qualité du travail et des résultats accomplis à la tête de leurs départements durant leur mission, il n’a cependant guère manqué de faire de vives admonestations à l’endroit d’autres à la place desquels, il a affirmé avoir pris en personne des coups pour leur manque de résultats.
Cette déclaration présidentielle, si elle avait valeur d’un acquittement pour les uns, était à l’évidence véritablement synonyme d’une condamnation sans recours ou simplement d’une fin de parcours pour d’autres dont le sort était irrémédiablement scellé.
Au nombre des ministres ayant essuyé la colère du chef de l’Etat ce jour, figuraient entre autres les ministres de la Communication, Togba Césaire Kpoghomou, Papa Koly Kourouma de l’Energie ainsi que Bah Ousmane des TP. Si tous ceux-ci ont été limogés pour officiellement « insuffisance de résultats », aujourd’hui d’autres raisons commencent à être avancées pour justifier le départ de certains. Tel est ainsi le cas de Bah Ousmane, dont le limogeage s’expliquerait par son refus catégorique de renoncer à son droit de se présenter comme candidat aux prochaines élections présidentielles de 2015. Devant la persistance de cette information, nous avons joint l’intéressé ce mercredi 22 janvier, juste à quelques heures de sa passation de charges avec son successeur. L’ancien ministre d’Etat Bah Ousmane, s’il ne fait pas de liaison entre cette demande et son limogeage, nous a cependant confirmé avoir été saisi par une telle proposition de la part du président Alpha Condé.
Interrogé si sa non-reconduction dans le nouveau gouvernement était due au fait qu’il n’a pas voulu renoncer à son droit de se présenter comme candidat aux élections présidentielles prochaines de 2015, Bah Ousmane répond par l’affirmative avant de se justifier en indiquant qu’il est inopportun pour eux de se prononcer sur cette question.
« Oui, parce que j’ai dit qu’il est inopportun pour nous de nous prononcer sur cette question. Parce que nous sommes un parti politique qui a une instance politique qui doit statuer sur la question. Mais seulement cela ne peut se faire qu’à l’orée de 2015. Donc pour nous, on ne peut pas se prononcer sur cette question à ce moment-ci », nous a expliqué le leader de l’UPR.
A la question de savoir si cela est la véritable raison de son départ du gouvernement, Bah Ousmane reste évasif et se contente de dire qu’il n’a pas été reconduit. Il reconnaît en revanche qu’une autre proposition lui a été faite dans le cadre de ce marchandage. Sans préciser s’il l’avait acceptée ou pas, il déclare s’en tenir à cette position d’attente prônée par son parti.
En attendant de connaître l’issue de ce malaise entre Alpha Condé et son allié de la présidentielle de 2010, les supputations et les commentaires d’observateurs de la scène politique nationale vont bon train. Et les plus sceptiques parmi eux, n’hésitent pas à parler déjà d’un début de divorce entre les deux parties. Dans les milieux proches du patron de l’UPR, l’on soutient que le président Alpha Condé aurait retardé la publication de la liste du nouveau gouvernement à l’effet de voir l’UPR fléchir finalement. Toutefois, il convient de noter que Thierno Ousmane Diallo, qui était précédemment le gouverneur de la région de Faranah et qui est membre de la formation de Bah Ousmane, est promu dans la nouvelle équipe de Saïd Fofana au poste de ministre de l’Elevage et des Productions animales. En outre, l’UPR détient le gouvernorat de Mamou.
Aujourd’hui, le même parfum de désamour semble caractériser le rapport entre le président Condé et son ancien ministre d’Etat de l’Energie, Elhadj Papa Koly Kourouma qui est le président de GRUP. Même celui-ci préfère pour le moment garder un silence de cimetière sur ses intentions après son éviction.
Camara Moro Amara
L’indépendant, partenaire de GuineeActu