Alpha Camara Vendredi, 17 Janvier 2014 00:49
Le candidat du RPG-Arc-en-ciel Claude Kory Koundiano a réussi à se faire élire à la présidence de l’Assemblée nationale, lors de la session inaugurale de la législature, lundi dernier. Ce qui fera planer sans doute l’ombre du président Alpha Condé sur ce parlement, quand on sait que Kory Koundiano émane du choix personnel du chef de l’État, qui a fait du forcing pour imposer son homme, à la tête de la seconde institution républicaine du pays.
Au total sur les 114 députés élus lors du scrutin du 28 septembre 2013, 113 ont répondu à l’appel, à l’occasion de cette session inaugurale de la législature, qui s’est déroulée le lundi dernier au Palais des Nations. Seul le président du Parti de l’espoir et du développement national (PEDN), Lansana Kouyaté a brillé par son absence, à cette grand-messe. Comme le stipulent les textes de la constitution, ladite session a été présidée par Jean-Marie Doré, en sa qualité de doyen d’âge. Un rôle qu’il a assumé avec exaltation. Pour l’élection du président de l’Assemblée, Claude Kory Koundiano, le candidat de la mouvance présidentielle, avait face à lui Mme Tofany Anne Marie Fofana, de l’opposition. Cette dernière a été désignée la veille par son parti, suite au désistement de son président Cellou Dalein Diallo. L’affaire avait suscité quelques grincements de dents, vite étouffés, chez certains opposants. Suite au vote des députés présents par bulletin secret, sous la supervision d’un huissier, le candidat du RPG Arc-en-ciel, Claude Kory Koundiano a été élu sous les acclamations du public, par 64 voix contre 48 voix pour la candidate de l’opposition Anne-Marie Fofana. M. Koundiano a été félicité par l’ensemble des députés ainsi que par les membres des institutions internationales, qui avaient pris part à cette cérémonie inaugurale. Au titre des réactions recueillies par notre reporter à l’issue de ce vote, il y a celle de Nantenin Chérif, coordinatrice du RPG Arc-en-ciel, qui très émue a déclaré ceci : « Nous avions voulu que tous les élus viennent à l’hémicycle, voilà chose qui a été faite. Nous sommes heureux et contents. Je pense bien que c’est la Guinée qui a gagné. » Kassory Fofana, du GPT, va aussi réagir en ces termes : « mes sentiments sont que la démocratie guinéenne avance lentement. Mais la réalité est qu’elle avance. Et la transparence dans les élections vient de le dire, parce que ça c’est passé dans les règles de droit. »
Quant à la candidate malheureuse, elle ne s’en émouvra pas outre mesure. Sa réaction le prouve à suffisance. « Le score de 48 sur 64, moi je pense que ce n’est pas un score à négliger. Nous devrons travailler la main dans la main avec l’actuel président de l’Assemblée. Parce que je crois que cette avancée, ce n’est pas seulement à son niveau seul », souligne Anne-Marie Fofana. Son de cloche contraire pour Cellou Dalein Diallo, le chef de file de l’opposition, qui se montre déçu. « Je suis très déçu, parce que ma candidate n’est pas passée. J’ai noté quand même qu’une forte majorité des élus de l’opposition ont voté pour ma candidate, mais certains ont dû passer de l’autre côté », regrette l’opposant.
Il faut toutefois reconnaître que l’élection de Claude Kory Koundiano n’a pas surpris maints observateurs. Compte tenu de la légère avance dont la mouvance disposait sur l’opposition en termes de députés élus, mais aussi des ralliements dont le parti au pouvoir a bénéficié de la part de certains petits partis, qui ont été repêchés lors du scrutin législatif. Cet atout est non négligeable. Et il faut ajouter à cela, le fait que la désignation de la candidate de l’opposition soit considérée comme un geste unilatéral de l’UFDG. Sans que les autres membres de l’opposition ne donnent conséquemment leur avis là-dessus, dit-on. Tout ça aura joué en défaveur des opposants. Ce qu’il faut cependant craindre avec cette élection de Koundiano à la tête du Parlement, c’est sa proximité avec le chef de l’État, qui aurait un for ascendant sur lui. Cela risquerait malheureusement de compromettre l’indépendance de l’institution. Il ne faudrait pas que l’ombre du président vienne hanter l’hémicycle, pour en faire une simple chambre d’enregistrement. C’est là, la préoccupation d’une importante frange de l’opinion aujourd’hui dans la cité. A moins que Koundiano ne se départisse de ce paternalisme, pour jouer franc jeu. On se souvient que Boubacar Biro Diallo, en son temps, bien qu’étant issu des rangs du Parti de l’unité et du progrès (PUP), ancien parti au pouvoir, était loin d’être l’âme damnée de Conté. Et ça, Alpha Condé le sait. Puisque Biro s’était farouchement opposé à toute action visant à la levée de son immunité parlementaire, alors qu’il avait maille à partir avec la justice.
Alpha Camara
L’indépendant, partenaire de GuineeActu