L'oeil de GuineeActu.com Mercredi, 31 Août 2011 20:06
Obéir au chef et croire en Dieu. C’est imprégné de cette sentence tirée du Coran que sages et notabilités issus de 13 préfectures du Fouta, des coordinations du Fouta Djallon, venus de Conakry et de l’étranger ont conféré avec les nombreux émissaires d’Alpha Condé dont le premier imam de la Grande mosquée de Conakry El hadj Mamadou Saliou Camara, co-président de la commission provisoire de réflexion pour la réconciliation nationale.
Dans l’hospitalité reconnue aux Guinéens dans leur ensemble et le Fouta en particulier, les émissaires d’Alpha Condé ont eu droit à de réelles leçons de morale difficiles à transmettre ou à traduire à leur mentor. Tant le lyrisme et les demi-mots frisaient des gifles à répétition. Décryptage.
« Quand un chef se trompe c’est très grave »
« Quand un individu se trompe, ce n’est pas grave. Mais quand un chef se trompe c’est si grave que la maladresse risque d’engloutir tout le monde. » Qu’est-ce à dire ? Alpha Condé s’est dangereusement trompé en ne réunissant autour de lui que des personnes qui lui sont inféodées. Etant entendu que lui-même n’est pas un partisan des avis contraires. Il parle et on s’exécute. Il est bien hostile à l’adversité surtout si c’est lui qui est aux commandes. Les sages et notabilités l’ont dit clairement, ce n’est pas tout l’entourage de Condé qui veut souscrire au changement. Sans même savoir que cette réalité est presque devenue un cliché.
Qui n’a pas vu comment la campagne agricole, intrants et autres ont été gérés dans la pure délinquance financière ? Les auteurs présumés sont encore dans le gouvernement : Souleymane Cissé du Plan, Papa Koly Kourouma de l’Energie et celui de l’Agriculture Jean Marc Teliano. Ces deux derniers cadres de l’Etat, crédités respectivement de 5,74% et 2,33% au premier tour de la présidentielle, devenaient jusque-là des colis encombrants pour Alpha Condé, puisque, à tort ou à raison donc, ils sont livrés à la vindicte, avec pour estampille : ‘’Saboteurs de l’action gouvernementale’’. Alpha s’insurge à Boké : « Aujourd’hui, je sais désormais qui est qui. Il y a des cadres qui ne veulent pas que les choses changent. C’est pourquoi j’ai décidé de prendre mes dispositions…le lundi prochain je vais commencer à changer des cadres pour mettre d’autres qui peuvent bien mener le bateau à bon port. (…) j’ai détecté des ministres anti-changement lors de la campagne agricole. Ces ministres ont profité de cette campagne pour s’enrichir. Un litre d’herbicide qui devrait être vendu à 40 000 GNF a été vendu par ces ministres à 90 000 GNF. Comment voyez-vous une telle chose ?»
On s’est limité à l’effet d’annonce. Puis, plus rien. Pourtant, ces ministres soupçonnés qui se la coulent douce aujourd’hui n’ont pas été inquiétés. Comme pour donner raison aux notabilités et sages du Fouta qui estiment que les vrais ennemis du changement se trouvent tapis dans l’équipe Saïd Fofana.
« Le Fouta s’inscrit dans cette logique de réconciliation. »
« Le Fouta s’inscrit dans cette logique de réconciliation. » Cette seule sentence prouve qu’aucune région de la Guinée ne peut évoluer complètement recluse. D’où la nécessité d’ouverture, de dialogue. Surtout que rappellent les sages, « Notre région n’a de problème ni avec la Basse Guinée, ni avec la Guinée forestière. Il n’y a pas de problème non plus au Fouta. »
En revanche, le Fouta garde encore une dent pourrie contre les auteurs et commanditaires de la chasse au faciès orchestrée contre les Peuls, notamment dans les Préfectures de Siguiri, Kouroussa. « Ce sont elles qui nous ont battus, chassés, tué nos enfants et incendié leurs boutiques », se souviennent aujourd’hui encore les représentant du Fouta. Mais en dépit de tout, « Nous sommes d’accord pour la réconciliation. »
« Nos fils sont marginalisés » dans le choix des postes
Le Fouta n’est pas demandeur de réconciliation « mais si nous sommes appelés, nous répondrons présents » Car, « Nous avons d’autres soucis, ce sont les nominations aux postes. Nos fils sont marginalisés. Nous n’avons aucune dent contre le président Alpha Condé mais nous voulons qu’il soit le président de tous les Guinéens sans discrimination. » Certainement, certains faiseurs de rois dilués dans les émissaires de Condé ont dû sauter de leur natte pour se demander en leur for intérieur « comment un barbu peut-il parler comme cela à notre opposant historique ? »

C’est sans état d’âme pour autant que les sages du Fouta veulent extraire Alpha Condé de son pétrin. Pour y arriver, pensent-ils, « le Président de la République doit faire de sa déclaration d’Ouagadougou une réalité en associant tous les acteurs concernés dans la conduite des affaires publiques du pays. » Sans jamais citer le nom de Cellou Dalein Diallo, les sages ont fait comprendre aux émissaires d’Alpha Condé que la meilleur façon de diriger, c’est d’approcher ses adversaires et rendre publiques les tête-à-tête. Le reste vient tout seul.
Le message des sages et notabilités issus de 13 préfectures du Fouta, des coordinations du Fouta Djallon venus de Conakry et de l’étranger sera-t-il bien perçu par Alpha Condé, aujourd’hui, presque échaudé, mais bien contraint à composer avec ceux qui lui jettent la pierre ? Certains parient déjà sur la réussite de la démarche, surtout que le nouvel élu de Guinée s’est toujours présenté comme « le président du changement au bénéfice de tous, le président de la réconciliation nationale et du progrès ». Le Mandela de la Guinée… On attend de voir comment il rebondira.
L’œil de GuineeActu.com
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