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Gouvernement : le cas Kerfalla Yansané

Mohamed Condé  Mardi, 07 Janvier 2014 22:05

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YANSANE_Kerfalla_3_01La démission prochaine de Saïd Fofana de la Primature ouvre une certaine bataille pour la succession de celui que l’on a surnommé affectueusement « l’Imam » à la tête du gouvernement. Une guéguerre alimentée par le président Alpha Condé en personne, vu ses hésitations face aux choix multiples qui s’offre à lui au sein de l’élite côtière, pour briguer le poste de Premier ministre.

Ceux qui le rencontrent, témoignent que c’est le président Condé lui-même qui dévoile les noms de Kerfalla Yansané, Kemoko Touré, Almamy Kabèlè Camara, Kiridi Bangoura, comme les hauts cadres de la Basse-Guinée se livrant une guerre sans merci et avec des armes non conventionnelles pour occuper le poste de Premier ministre, chef du gouvernement, que la démission forcée de Mohamed Saïd Fofana laisse vacant. Dans cette lutte fratricide, le ministre des finances, Kerfalla Yansané, semble avoir le dessus sur ses concurrents sinon adversaires. « L’ami » d’Alpha Condé, comme des habitués du palais présidentiel Sekhoutoureyah surnomment Kerfalla Yansané, userait de tous les moyens, même irrationnels, pour « dominer » le président de la République. Histoire d’éloigner tous les autres cadres en quête de la confiance et de l’estime du chef de l’Etat.

A la lumière de la grande familiarité que constatent les observateurs dans les rapports entre les deux hommes, il semble que le président Alpha Condé a succombé à cette couteuse opération maraboutique de charme financée par son ministre des Finances. A partir de là, il est facile de le considérer comme favori comme il est facile de traverser la ruelle séparant le ministère de l’Economie et des Finances de la Primature. Mais, comme le conseille le dicton « l’amandier lourd de fruits à portée de main est toujours amer », tout ce qui est facile est hasardeux et risqué. En termes clairs, la probable nomination de Kerfalla Yansané dans les fonctions de Premier ministre, expose le président Alpha Condé à des conséquences socio-économiques non sans graves effets sur la présidentielle de 2015, le crucial combat politique d’un président menacé d’être le premier chef de l’Etat guinéen battu à sa propre réélection. C’est l’avis le plus partagé dans le pays que de nombreux experts politiques expliquent et justifient par la complexité du personnage de Kerfalla Yansané. D’abord si le courant passe entre Alpha Condé et Kefalla Yansané, c’est loin d’être le cas entre l’enfant déraciné de Forécariah et la représentativité de la Basse Guinée dont la caution détermine le respect ou non d’un engagement prioritaire du candidat de la présidentielle de 2010 dans le cadre de l’accord électoral signé par les deux parties. D’autre part, si Alpha Condé et Kerfalla Yansané se sont découverts amis, des responsables influents du RPG sur le terrain et des notabilités de la coordination mandingue ont du mal à admettre l’emprise de l’ancien gouverneur de la BCRG sur l’opposant historique. Pour les uns comme pour les autres, Kerfalla Yansané, humainement et politiquement, n’est pas qualifié pour la Primature. Et d’une manière générale, Kerfalla Yansané, pour les populations guinéennes, n’est pas un homme intégré en son sein. Il est perçu comme un étranger loin des réalités qui sont les leurs, un orgueilleux méprisant. Dans cette logique, avec un président de la République (Alpha Condé) exclusivement porté sur les voyages à l’étranger et un Premier ministre (Kerfalla Yansané) méconnu des populations guinéennes, ne sachant pas parler avec elles, ignorant terriblement les réalités nationales, c’est la meilleure façon de compliquer sinon de rompre la communication et les rapports entre le pouvoir et la base. Mais, les critiques et griefs soulevés contre Kerfalla Yansané ne sont pas que d’ordre politique et social. Ils mettent également en cause la moralité et la compétence de l’homme. Si l’honnêteté exige qu’on reconnaisse la restructuration de la BCRG, menée dans la seconde partie des années 1980, comme une réussite du gouvernement du 22 décembre 1985 avec une mention pour Kefalla Yansané, alors gouverneur de l’établissement public, il conviendrait de mettre le doigt sur les dégâts et scandales de l’auditeur et surtout du ministre des Finances du gouvernement de transition du général Sékouba Konaté en 2010. En 2005-2006, à contrario de l’image qu’on lui fabrique, Kefalla Yansané n’a pas hésité une seconde à empocher plus de 300 millions de francs guinéens versés par le Premier ministre de l’époque, Cellou Dalein Diallo, au compte de son cabinet pour un travail d’audit dans le contentieux opposant l’Etat Guinéen au Groupe Futurelec de Mamadou Sylla. Ce travail n’a jamais été fait. Le « gestionnaire rigoureux et honnête » n’a jamais rendu cet argent encaissé avant même le marché obtenu sans appel d’offres. Il aurait bénéficié d’autres faveurs dans le même sens. Mais, le plus grave désastre de Kerfalla Yansané pour la Guinée est la catastrophique gestion du ministre de l’Economie et des Finances qu’il était sous le gouvernement de transition entre 2010 et 2011. Dans son discours de fin d’année, le président Alpha Condé a dénoncé l’explosion des dépenses publiques, l’endettement du trésor public à l’égard du système bancaire, passant de la calamiteuse et astronomique somme de 3449 milliards de francs en 2009 (avec le capitaine Sandé) à la catastrophique somme de 8347 milliards de francs guinéens avec Kerfalla Yansané.

En un an, Kefalla Yansané a presque triplé les dépenses publiques, malheureusement caractérisées de faux marchés et surfacturations. Une fois de plus, Kerfalla Yansané « le rigoureux » s’est révélé comme le plus mauvais, incompétent et dispendieux ministre des Finances de l’histoire de la Guinée. Il s’est même fait surclasser par le capitaine Sandé dont la nomination a été qualifiée « d’accident de l’histoire » par les experts des finances. Après un si onéreux passif (qu’on tente de corriger par le refus d’investissements et de règlements de la dette intérieure), que peut-on attendre de Kerfalla Yansané à la Primature ?

Enfin, Alpha Condé à la présidence de la République, Kerfalla Yansané à la Primature et Caury Koudiano à l’Assemblée nationale, c’est un trio âgé de plus de 250 ans (2 siècles et demi) qui gouvernerait la Guinée avec des capacités intellectuelles, psychologiques et physiques très amoindries. C’est l’immobilisme assuré pour la Guinée. Car, nul n’ignore que Kerfalla Yansané est loin d’être au mieux de sa forme. Le brusque malaise public d’Abu-Dhabi au mois de novembre 2013 illustre avec éloquence la mauvaise santé de l’homme. Dans un pays où des jeunes cadres compétents, expérimentés, intégrés et patriotes ne manquent pas, ce serait une injure nationale. A ce titre, avec Kerfalla Yansané à la Primature, Alpha Condé s’installe sur un siège éjectable dans la perspective de la présidentielle de 2015. Pour le parcours qui est le sien et l’homme d’Etat qu’il rêve d’être, ce serait pour Alpha Condé un échec à la porte de l’histoire de la Guinée.


Mohamed Condé
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
 

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