Thierno Fodé Sow Lundi, 23 Décembre 2013 20:06
Avec la mort de Sékou Touré le 26 mars 1984, une période d’incertitude s’est vite ouverte, avec de profondes divisions liées notamment à la succession du tribun-despote. On se demande même si un système aussi rigide que celui mis en place par Sékou Touré – le président guinéen avait éliminé tous les prétendants au pouvoir, afin de s’assurer loyauté absolue et fidélité à toute épreuve – peut se renouveler en douceur. C’est donc dans cette cohue qu’un militaire est porté au pouvoir le 3 avril de la même année, animé d’options économiques libérales.
A son arrivée au pouvoir en 1984, Lansana Conté est porteur d’une vague d’espoirs. Des espoirs comblés en partie : il libère les prisonniers et encourage les initiatives privées, à travers un discours-programme intervenu le 22 décembre 1985. La Guinée respire, même s’il aura fallu de longues années pour réhabiliter l’économie. Bon an mal an, Lansana Conté pilote le navire. On assiste à l’ouverture politique avec l’adoption en 1990 de la Constitution. D’élections en élections, le bateau Conté prend l’eau. La gestion très personnelle du pouvoir affaiblit l’homme. Faute de vision globale pour son pays, le tout facilité par une maladie qui gagne de plus en plus raison sur lui, Lansana Conté se radicalise et la population est désabusée. Des voisins de la sous-région deviennent méfiants. La politique du complot gagne les esprits. En 2005 par exemple, Conté est victime d’une tentative d’attentat, alors qu’il circulait dans les rues de la capitale. Désormais, des postes clés sont occupés par des gens de son ethnie. De l’autre côté, les visites de délégations étrangères se raréfient. Sur le plan de l’économie, la machine à piller s’est mise en branle. Puis intervient les soulèvements populaires de janvier et de février 2007. La suite, on la connait.
Et dans cette ambiance de fin de règne qui se prolonge, point de dauphin prêt à assurer l’après-Conté. Il reste que des langues fourchues font état de jeunes militaires que le vieux général mourant préparait en toute discrétion. Cette appréhension semble se confirmer dans la nuit du 22 au 23 décembre 2008, lorsqu’un groupe de bérets rouges prennent de court Aboubacar Somparé, le dauphin constitutionnel – Lamine Sidimé s’est abstenu de constater la vacance du pouvoir – et les autres vieux généraux d’armée. C’est une page qui se referme et une nouvelle ère souffle : Moussa Dadis Camara pointe le nez avec ses affidés. Ils auront maille à partir avec les « faux leaders ». On accouche dans la douleur d’une plate-forme des partis politiques sur l’organisation et la gestion de la transition, signée de 11 partis politiques dont l’UFDG et le RPG. Et vinrent les accords de Ouaga. Le pays plonge dans une longue transition qui ne prendra fin que de longues années plus tard, par la tenue des législatives le 28 septembre 2013. Le sacrifice consenti est lourd, très lourd avec près de 60 opposants au régime d’Alpha Condé, actuel président, sur le carreau ou… l’asphalte. Mais ceci est une autre histoire.
Il y a déjà trois ans depuis que le général Lansana disparaissait. Mais des Guinéens semblent regretter ce militaire au parler franc. Selon des hommes politiques, le défunt président n’a jamais divisé les Guinéens. Et mieux, il n’a jamais cultivé l’exclusion. Ces politiciens-là font naturellement allusion à la gestion d’Alpha Condé, à qui on attribue tous les malheurs actuels de la Guinée. Lansana Conté s’en est allé à jamais et le pays qu’il a laissé n’a jamais été aussi insécurisé, divisé, malmené, etc. Espérons que le « chantre de la démocratie », le géniteur du changement… bancal pourra redonner un nouvel espoir aux Guinéens. Sauf que, trois ans déjà, c’est la pure désillusion. Toutes les promesses électorales de 2010 tardent à se concrétiser. Des usines se ferment, des pères de famille oubliés et réduits à la mendicité, comme le cas de Fria. L’électorat d’alors, lui est médusé, résigné, abusé. Alpha Condé l’a compris à ses dépens, au sortir des joutes électorales passées.
Thierno Fodé Sow
pour GuineeActu