Gouvernance des pêches en Afrique de l’ouest : le cas des ports de pêche de Dixinn et de Boulbinet

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port_Boulbinet_Conakry_01La zone ouest-africaine est un espace aux facettes multiples où s’intègre une double diversité à la fois humaine et biologique. Ce territoire de 3700 Km2 est générateur de ressources vitales pour plus de 35 millions d’habitants vivant dans les sept pays de la commission sous régionale des pêches(CRSP) qui sont : Mauritanie, Sénégal, Gambie, Guinée, Guinée Bissau, Sierra Leone et Cap-Vert. C’est pour améliorer la gouvernance et promouvoir l’adoption de bonnes pratiques en matière d’utilisation durable des ressources marines et côtières dans l’écorégion WAMER, qu’un projet a vu jour. Il est actuellement mis en Å“uvre sur financement de l’UE et du PNUD, avec la représentation du WWF à Dakar comme maitre d’œuvre.

Parlant de la propreté des poissons, le chef de port de Dixinn port 3 a déclaré que la première étape consiste à vérifier la glace que les pêcheurs embarquent. Une fois de retour, c’est sur une bâche que les poissons sont débarqués. A ce niveau, nous avons constaté que ce sont des sacs de riz vides qui servent à cette opération. Evoquant la rareté de certaines espèces, notre interlocuteur se confie en ces termes : Â« Quand nous grandissions, à nos débuts dans la pêche, du temps du premier régime, sous Sékou Touré, la capture était considérable. Maintenant, pour sortir, il te faut faire beaucoup de sacrifices pour trouver ta propre consommation familiale. Avec quatre bidons d’essence, tu pouvais faire assez de capture. A ce jour, les quatre bidons ne te permettent même pas d’aller loin. Nous pêchons dans les mêmes zones que les grands bateaux. Nos eaux sont surexploitées par l’industrie de la pêche, les ressources halieutiques de notre pays sont en danger. Par manque de moyens, les autorités peinent à faire respecter la zone économique exclusive. Pourtant, la protection des poissons et autres crevettes est vitale pour une majeure partie de nos populations. Il y a aussi le non-respect par certains pêcheurs des zones de reproduction Â», a déclaré M. Salifou Camara qui pense en outre que les poissons guinéens ont en majorité émigré vers la Guinée Bissau voisine. Il a déploré l’utilisation des filets à très petit maillage appelé en soussou «  Samakô Â» ou « ramasse tout Â». En ce qui concerne la protection de l’environnement marin, M. Camara dit être en manque financier suffisant pour lui permettre de dégager les quelques ordures qui empêchent quelquefois certaines pirogues d’accoster. Â« Nous avons appris qu’il y a assez de projets qui veulent venir nous assister dans ce que nous faisons. C’est par ces assistances que nos amis de la sous-région nous dépassent, comme au Sénégal ou encore à Bissau tout près Â» a-t-il plaidé. Madame Mamata Bangoura, elle, est vendeuse de poisson : « le commerce est moins juteux qu’avant, les prises sont de moins en moins importantes, nous n’avons que des petits poissons Â». C’est par ces mots de détresse qu’elle s’est prêtée à nos questions. Une autre difficulté pour les vendeuses demeure le manque de glace pour la conservation des poissons. Â« Il nous faut aller jusqu’en ville (commune de Kaloum) pour trouver un peu de glace avant l’arrivée des pêcheurs. Au nom de ses amies et coopératives, elle a aussi plaidé pour l’obtention de bâches appropriées sur lesquelles elles pourront exposer leurs poissons.

Au port de pêche de Boulbinet, le chef du port artisanal pratique le métier de pêcheur depuis le temps colonial. Il nous a confié que les temps ont considérablement changé. Il porte un doigt accusateur sur les bateaux industriels qui n’hésitent souvent pas à tirer à bout portant sur des pêcheurs artisanaux en pleine mer. Fanyawa Soumah nous a confié que sur le littoral guinéen, l’utilisation des filets à très petit maillage est interdite et que des contrevenants sont frappés d’une amende assortie de l’incinération du filet incriminé. Â« Un bon nombre de la population de certaines espèces comme le Koekoe, a presque disparu, et si l’on continue à en prélever à ce rythme, l’espèce risque de s’éteindre. Il faut laisser le temps aux espèces de se reconstituer, au lieu de les prélever sans limite Â», nous martèle, le chef de port de Boulbinet. Quant à Ousmane Camara, pêcheur de son état, il accuse en ces termes : « Certains pêcheurs utilisent des filets de moins de deux millimètres, qu’ils mettent dans des filets légaux histoire de passer inaperçus... Avec des mailles aussi fines, même le sable a du mal à passer, alors imaginez les petits poissons. Les grands bateaux qui échappent au contrôle de l’Etat sont souvent champions de la pratique… Â» Mademoiselle Namary Soumah est fumeuse de poisson : Â« On ne parle de fumage de poisson que quand il est capturé. Cela me fait deux jours sans travailler. J’ai pris l’argent avec des restauratrices et je n’ai rien eu pour elles. L’Etat prend de l’argent avec des grands bateaux qui viennent tout prendre dans nos eaux. Ce n’est pas normal. Nous manquons aussi du bois pour sécher nos produits… Â»


Aly Badara Condé
L’indépendant, partenaire de GuineeActu


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