Boubacar Bagnan Diallo Mardi, 10 Décembre 2013 18:32
Face à la recrudescence du grand banditisme dans la capitale, le gouvernement a dévoilé des mesures coercitives lors d’une conférence de presse animée jeudi dernier à la Maison de la presse, dont celle de recourir à l’armée. L’opinion ne semble pas partante pour cette décision, car pour elle le véritable problème se situe dans la gestion de l’univers carcéral guinéen, où juges iniques et avocats véreux se disputent les malfrats comme des charognards sur des cadavres.
La conférence de presse a connu la présence du ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Madifing Diané et du ministre délégué à la Défense, Abdoul Kabélè Camara, ainsi que des officiers de la gendarmerie et de la police, dont le général Ibrahima Baldé, Haut-commandant de la gendarmerie. Il y avait aussi à cette conférence le directeur national de la police, Mohammed Garé.
D’entrée de jeu, c’est le ministre délégué à la Défense qui a donné le ton en faisant part des mesures prises par l’Etat guinéen pour éradiquer le phénomène du grand banditisme. « Nous enregistrons des cas d’assassinats, de meurtres, de vols à mains armées, de braquages et de viols commis sur des paisibles citoyens », a introduit le ministre, qui a ajouté que « l’Etat a envisagé des mesures sérieuses pour éradiquer ces fléaux, mais au fur et à mesure que nous avançons, nous constatons que les bandits sont en train d’affiner leur stratégie. De nombreuses familles sont endeuillées », a regretté Abdoul Kabélè Camara.
L’Etat a pris des mesures, rapporte-t-il, à la hauteur et à la dimension véritable de la criminalité qui gangrène notre pays. « L’Etat ne reculera plus face au grand banditisme, face au désordre », dit-il.
« Afin de contenir ce phénomène, la commission de réflexion a suggéré l’implication exceptionnelle de l’armée en renfort à la police et à la gendarmerie lorsque celles-ci seront en face à des bandes armées. C’est une lutte pour traquer les bandits armés. Ce dispositif est commandé par la police et la gendarmerie. Il y aura des patrouilles mixtes, mais l’armée est associée indirectement », a révélé le ministre délégué à la Défense nationale.
« L’utilisation des armes n’est autorisée qu’en cas de nécessité absolue. L’armée viendra ainsi en appui pendant un certain temps. Les menaces internes qui nous guettent sont plus dangereuses que les menaces extérieures », a précisé le ministre.
Il a ensuite lancé cette mise en garde : « L’Etat ne pourra plus jamais laisser faire. Mais tout se fera dans le strict respect de la loi. L’armée n’interviendra qu’à des moments et des heures bien précis et en cas de nécessité. Le premier devoir de l’Etat est d’assurer la sécurité et contre toutes les menaces qui guettent la société », a indiqué M. Camara. « Je vous assure que l’heure est grave et que nous devons tous nous lever pour assumer nos responsabilités », a-t-il alerté.
Faut-il rappeler que c’est sur instruction du président de la République qu’une commission de réflexion a été mise en place pour déterminer les causes de ce fléau et de proposer des solutions.
A l’issue des travaux, explique le ministre, les causes suivantes ont été déterminées : « la prolifération des armes légères et de petits calibres, la fabrication des armes blanches, le manque d’éclairage public et l’urbanisation sauvage, l’absence de plan de sécurisation fiable, l’absence de synergie d’action entre les services de sécurité et les autorités locales, l’absence de fichiers criminels, le trafic, la vente et la consommation de drogue et autres stupéfiants, la porosité des frontières terrestres, maritimes et fluviales, la communication incitative de certains medias, le manque d’application de la réglementation des bistrots, le manque de rigueur au niveau des postes de contrôle, la manipulation politique de la jeunesse, l’exode rural, la faiblesse du système de contrôle des étrangers sur le territoire national, l’importation et le port illégal des effets militaires et paramilitaires », a cité le ministre.
Le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Madifing Diané, a précisé dans sa brève intervention que « s’il y a lieu de faire une perquisition pour traquer les bandits, celle-ci se fera en conformité avec la loi. Nous nous engageons à faire tout ce qui est en nos moyens pour rétablir la sécurité », s’est-il engagé.
Cette mesure aussitôt annoncée, les défenseurs des droits de l’homme n’ont pas tardé à réagir. Pour le docteur Madjou Sow de l’Organisation guinéenne pour la défense des droits de homme, « l’armée n’intervient que dans des cas extrêmement graves. C’est à dire quand la situation est telle que la police et la gendarmerie ne peuvent plus tenir leur fonction d’assurer la sécurité. C’est à ce moment que l’armée peut intervenir », a expliqué le président de l’OGDH.
Dans la classe politique aussi, on voit d’un mauvais œil cette mesure. Dr Faya Millimouno, président du Bloc Libéral estime que « les militaires guinéens ne sont pas préparés pour assurer la sécurité au quotidien. Les militaires partout dans le monde, d’ailleurs, ne sont pas préparés pour ça. Ils sont préparés pour le combat. On n’est pas en guerre pour que l’armée sorte dans la rue. L’armée doit être à la caserne. Si on n’en a plus besoin, on peut réorienter la mission de notre armée, mais elle ne doit pas être dans les rues. »
Il faut dire que l’opinion juge cette décision comme étant une fausse solution à un vrai problème. Car la Guinée n’en est pas encore à cette insécurité où des gangs investissent des quartiers entiers pour en faire des zones conquises voire de non droit. Pour le moment on peut considérer qu’il n’y a pas péril en la demeure. Ce qui veut dire que la police et la gendarmerie peuvent bien à deux traquer les bandits. Mais, c’est bien du côté de la justice que subsistent des inquiétudes. Avec une administration pénitentiaire à la merci de juges iniques et d’avocats véreux. Ce sont eux qu’il faudra avoir à l’œil. Car ils favorisent la libération des criminels, moyennant des espèces sonnantes et trébuchantes.
Boubacar Bagnan Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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