Thierno Fodé Sow Dimanche, 01 Décembre 2013 21:55
Rougui Barry et Gassama Diaby ne sont que des ministres désincarnés, appartenant à un gouvernement où coups bas se le disputent avec l’amateurisme et l’à-peu-près. Pourtant, s’il y a des départements qui ambitionnaient réellement d’apporter du sang nouveau au quinquennat d’Alpha Condé, c’étaient certainement ceux des Guinéens de l’étranger et des Libertés publiques. En lieu et place de traces profitables laissées pour la postérité, ces deux ministres sont contraints à faire trop de bruits pour rien.
« L’occasion était belle de faire du neuf, elle a été largement manquée car, très vite, la montagne a accouché d’une souris. Les ardeurs sont retombées, alors que nous cherchions à être associés à ce grand sursaut d’espérance. »
Aujourd’hui, Rougui Barry symbolise un membre de gouvernement de récompense postélectorale. Gassama Diaby, lui, de sa théorie professorale qu’il distillait dans des cyber cafés à Conakry. Mais tous les deux, représentent un échec patent d’un gouvernement en lambeaux, idéalisé et sans vision globale, complètement sclérosé, qui cherche ses marques. Tous les deux ont peiné à trouver des locaux et des cadres pour meubler leurs départements respectifs.
Ces deux hauts commis de l’Etat ont pour autant quelque chose de très fascinant : des forcenés du renouveau dans un milieu hostile, fait de léthargie maladive. Pour exprimer leur désarroi au sein d’une famille non homogène, Gassama Diaby opte pour les média pour faire un aveu d’impuissance. « En toute honnêteté, à partir du moment où il y a eu des morts par des violations des droits de l’homme, je dois dire que j’ai échoué et je ne dois pas rester », confesse le ministre sur qui de nombreux Guinéens renvoient les espoirs les plus fous quant à l’engagement qu’il a pour apporter sa pierre à l’édification d’une nation respectueuse des droits de l’homme et du citoyen. Cet aveu d’impuissance intervient au moment où une folle rumeur qui court à propos d’une démission.
Regrettant en outre le fait qu’il ne parvient pas à dégripper sa machine du renouveau. Or, « lorsque vous faites un travail, vous le faites avec le cœur, avec le sentiment d’être utile à votre pays ». La suite de cette sortie, on la connait. Le ministre s’est attiré toutes sortes de foudres tant du côté de la mouvance présidentielle qu’au sein même du gouvernement. Mais l’homme, lui, reste de marbre. Quitte à ne pas se faire reconduire dans le prochain gouvernement post législatives. Comme un effet de contagion, Rougui Barry, longtemps prise comme démissionnaire pour avoir abandonné son poste depuis environ trois mois, sort de son silence pour dénoncer « le manque de suivi, la non-exécution des décisions, le retard dans la prise de décisions, le manque de conviction et la mauvaise coordination » du gouvernement de Mohamed Said Fofana. Et Rougui Barry, qui se dit déçue d’enfoncer le clou, manifestement très amère : « Je considère que j’ai été sous-utilisée dans ce poste de ministre des Guinéens de l’étranger. Je suis comme un oiseau, j’ai confiance en mes ailes, et non en la branche sur laquelle je suis assise. »
Comme si cela ne suffisait pas pour largement lessiver le gouvernement, Rougui Barry tance la mouvance car, «je ne me sens absolument pas bien au RPG Arc-en-ciel, parce que tout simplement je ne leur apporte pas grand-chose ». Cette transfuge de l’UFR ne se fait aucune illusion : « Je ne sais pas si on me reconduirait au sein du nouveau gouvernement. Il y a une très grande déception, lorsqu’on occupe un poste, c’est un engagement vis-à-vis de la nation guinéenne, et si on n’arrive pas à le faire, ce n’est pas la peine d’occuper un poste inutilement ». L’un des projets clés n’ayant jamais aboutis mais qui tenait à cœur la ministre Rougui Barry, reste le Haut conseil des Guinéens de l’étranger qui est toujours en standby.
La sortie médiatique de ces deux ministres est certes une illustration parfaite d’une navigation à vue, mais la question qui reste posée est celle de savoir pourquoi ces deux-là traînent encore dans le gouvernement où ils ne se reconnaissent pas, en lieu et place d’une démission pure et simple. Ils auraient gagné en galons et auraient marqué d’une pierre blanche leur passage au sein d’un gouvernement issu d’une élection présidentielle démocratique (?).
Il reste que ces ministres nous ont laissé un goût vraiment d’inachevé. Ce qui pousse certains de dire que ce ne sont que des ministres qui créent l’évènement pour jauger une prétendue cote de popularité, faute de … résultats. Résultats vous avez dit ? Ne creusons pas trop car de nombreux autres ministres risquent de s’offusquer : ils se sentent tous ou presque morveux. Inutilement nombreux, ils vivent au quotidien des chevauchements de prérogatives. Mais chacun refuse de reconnaître les sérieuses difficultés qu’il rencontre. Au risque peut-être de faire partie des prochains has been. L’option ne se révélera pas très porteuse. Du moins, nous le croyons. Seulement, avec le changement, devenu l’hymne du quinquennat, sait-on vraiment jamais ?
Thierno Fodé Sow
pour GuineeActu
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