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Affaire Mandian Sidibé : de quelle éthique et de quelle déontologie parle-t-on ?

  Samedi, 30 Novembre 2013 23:00

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SIDIBE_Mandian_01Depuis un bon bout de temps, c’est devenu la tarte à la crème. Des journalistes, pas forcément plus imprégnés de la question que l’homme de la rue, bien que concernés au premier chef, en parlent à toutes les occasions. La dernière ? L’affaire dite Mandian Sidibé. Du nom de ce confrère, animateur d’émissions (Palabres et La ronde des journalistes) et directeur de la radio privée Planète Fm. Pensant être sur le point d’être kidnappé par des individus à la solde du pouvoir en place, qu’il pourfend à loisir sur les ondes, il a dû lancer, dimanche 17 novembre dernier, un cri de détresse en direct et en direction du public. Aussitôt, les riverains se sont mobilisés pour empêcher le rapt du journaliste, certainement le plus célèbre dans la zone. Finalement, la police s’en mêle et, comme d’habitude, un de ses éléments dégaine et abat froidement un jeune garçon de 15 ans. 

Il n’en fallait pas plus pour que l’ara du gouvernement, Damantang Camara, monte sur ses grands chevaux pour vouer aux gémonies le journaliste, et tenter de lui faire endosser, par le jeu d’un syllogisme douteux (il y a eu appel c’est pourquoi il y a eu des manifs, la police est intervenue et un homme est mort …), cet énième meurtre commis sur l’axe Hamdallaye - Bambéto - Cosa par les forces de l’ordre. Du meurtrier on ne fait cas, alors que l’on parle d’enquête à mener avec diligence (un privilège que les parents de Zakariou Diallo et au moins 54 autres victimes n’ont jamais eu), et que le directeur central de la DPJ, toute honte bue, lance des convocations contre l’infortuné confrère.

Dans sa propre corporation, certains n’hésitent pas à le clouer au pilori en invoquant de vagues règles d’éthique et de déontologie. Du code qui existe en la matière, édité il y a plusieurs années par l’Association des journalistes de Guinée (AJG), on se garde de citer le moindre chapitre, la moindre disposition. Après la réaction de l’URTELGUI, qui sonne comme une sentence, à la place des dirigeants de Planète Fm, certains auraient certainement pris les devants, en claquant simplement la porte de ladite association avec l’assurance de n’avoir rien à y perdre. A juste raison d’ailleurs.

Mais le plus déconcertant est venu du Conseil national de la communication (CNC), l’organe de régulation. Ainsi, dans un communiqué il est dit qu’après avoir délibéré, le CNC a conclu à la violation du code d’éthique et de déontologie ! 

Que diantre ! Il est déplorable qu’au CNC, il est vrai depuis ses premières heures avec les présidents Kaba Elvarez et Emile Tompapa, l’on éprouve toujours du mal à réaliser que les organes officiels de régulation, structures étatiques, n’ont pas à s’occuper d’éthique et de déontologie. Cette dernière est un ensemble de règles qui s’applique à une corporation, à l’exercice d’une profession donnée. Dans le domaine des médias, comme dans d’autres, ces règles sont élaborées par les instances internes à cette profession (associations, organes d’autorégulation, etc.) et les litiges et manquements sont traités à ce niveau. La déontologie se différencie donc de la loi. Si le CNC avait motivé sa décision de taper sur les doigts de Mandian Sidibé en utilisant ce qui est de son ressort, la loi et la réglementation en vigueur, peut-être qu’on aurait compris. 

Avec l’organe appelé à remplacer le CNC (HAC), on espère que l’on pensera, comme ce fut souvent le cas par exemple au Sénégal, à nommer parfois un magistrat à la tête de l’organe de régulation qui, encore une fois, se fonde non pas sur la déontologie mais sur la loi, et que l’on mettra un terme à la ridicule décision qui a consisté à créer au CNC une commission chargée de la … déontologie et de l’éthique !


Source : aujourd’hui en Guinée
par L’indépendant, partenaire de GuineeActu


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