Aliou Sow Vendredi, 29 Novembre 2013 21:37
Le président Alpha Condé a dû intervenir pour mettre un terme à la bataille pour le perchoir qui faisait rage au sein du RPG-Arc-en-ciel, où des caciques du parti n’ont pas attendu le verdict de la Cour suprême, pour annoncer leur candidature pour le poste de président de l’Assemblée nationale. Le chef de l’Etat tout en rappelant le fait que ce poste était réservé à la Guinée Forestière, pour des calculs électoralistes, dit-on, aurait porté son choix sur le trésorier du parti, Kory Kondiano, un septuagénaire, ancien fonctionnaire de la Banque centrale.
Le parti au pouvoir voudrait bien prendre le contrôle de la présidence de l’Assemblée nationale, après avoir obtenu 53 sièges sur les 114 disponibles au sein de cette institution. Cela est de bonne guerre, vu que cette mouvance dispose d’une majorité relative devant l’opposition, qui s’en est tirée avec moins de 50 sièges. C’est ainsi que s’est engagée une bataille entre certains caciques du RPG-arc-en-ciel, pour briguer le poste. Bien avant le verdict de la Cour suprême qui n’a été rendu public que le 15 novembre dernier. Verdict qui n’a fait que confirmer les résultats déjà connus. Ceux publiés auparavant par la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
Sur la short liste concoctée à cet effet par la mouvance présidentielle, figuraient 3 noms. Il s’agit du Dr Ousmane Kaba, de Michel Kamano et de Nantou Chérif. Les deux premiers ont en commun d’avoir été tout deux d’anciens ministres de Lansana Conté. Dr Ousmane Kaba qui occupe actuellement les fonctions de ministre conseiller chargé des secteurs stratégiques à la présidence de la République avait sous la deuxième République dirigé le département du Plan. Michel Kamano, actuel président du Conseil économique et social (CES), a aussi été ministre dans ce même département, puis à la Communication et à la Culture sous le règne de Conté. La seule femme du trio Nantou Chérif est la coordinatrice du parti au pouvoir. Celle-ci doit son influence au sein de la mouvance, au fait d’avoir été parmi les compagnons de la première heure du professeur Alpha Condé. Tout comme le président, elle a longtemps vécu en France. On prêtait bien sûr des intentions au secrétaire général du parti, Saloum Cissé. Mais celui-ci ne les a pas exprimées, du moins publiquement. Donc le choix devait être porté à l’interne entre les 3 personnalités citées plus haut.
Alpha a certainement jugé de la nécessité de couper court à cette bataille pour le perchoir sur fond d’intrigues, que se livraient déjà ces personnalités, surtout pour les plus proches du chef de l’Etat, à savoir Ousmane Kaba et Nantou Chérif. Détail non moins important : ils sont originaires de Kankan, principale agglomération de la Haute Guinée. C’est de là que vient la première dame Mme Djène Kaba. Cette dernière est d’ailleurs soupçonnée d’avoir au départ apporté son soutien au Dr Ousmane Kaba, au détriment de Nantou. Michel Kamano lui, le Forestier était dans le rôle d’outsider. Mais il a su surfer sur le registre du communautarisme. Étant de la Guinée Forestière, région à laquelle Alpha Condé avait eu à promettre durant la campagne électorale le poste de président de l’Assemblée, dans le but de s’arroger le soutien de ce vivier électoral. Et cette promesse Michel Kamano était loin de l’avoir oubliée. Ayant lui-même effectué de longs séjours dans la Guinée Forestière dans le but d’enrôler des électeurs lors du scrutin législatif. L’heure du partage du butin avait donc sonné. Et c’est à ça que la Forêt s’attendait. Le président Condé a dû s’en apercevoir, pour sonner la fin de la récréation.
Cette injonction présidentielle a conduit au retrait de la candidature du Dr Kaba et de Nantou. Une donne qui n’a cependant pas ouvert un boulevard à Kamano pour le perchoir. Alpha Condé ayant proposé sur le champ la candidature du trésorier du RPG-Arc-en-ciel, Kory Kondiano. Face à lui, Kamano ne faisait pas le poids. Le critère d’ancienneté au sein du parti ayant été mis dans la balance, pour départager ces deux cadres issus de la même région. Claude Kory Koundiano est en effet membre du RPG depuis 1992. Alors que Michel Kamano est un transfuge du Parti de l’unité et du progrès (PUP), l’ancien parti au pouvoir.
Il est important de signaler que Claude Kory Koundiano est perçu comme un homme affable et courtois, par une bonne frange de la mouvance. Sa rigueur dans la gestion de la chose publique plaide aussi en sa faveur, dans ce pays où les commis de l’Etat ont la propension à la corruption. Vivant dans un décor spartiate, il n’a pas l’air d’avoir pompé dans les caisses de l’Etat, pour se forger un train de vie digne d’un nabab, comme tant de cadres ayant bossé au sein de cette Banque centrale.
Né en 1942 dans la préfecture de Kissidougou dans le sud de la Guinée, il a fait des études de sciences politiques à l’université de Paris 1 - Sorbonne. Il est également diplômé en sciences économiques.
Une fois ses études terminées, Kory Kondiano a effectué l’essentiel de sa carrière à la Banque centrale. De 1974 à 2008. Ce banquier qui donnait des cours de Finances publiques et d’économie bancaire à l’Institut polytechnique de Conakry et à la Faculté des Sciences administratives de Donka, à ses heures libres, compte ainsi parmi ses anciens étudiants un certain Cellou Dalein Diallo. Actuel chef de file de l’opposition. A cette allure, Claude Kory Kondiano est bien parti pour briguer la présidence de la future Assemblée, sauf coup de théâtre.
Aliou Sow
L’indépendant, partenaire de GuineeActu
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