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Alpha décore Pivi: le triomphe de l’impunité et du mépris !

L'oeil de GuineeActu.com  Jeudi, 25 Août 2011 15:09

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PIVI_Claude_1_01Alpha Condé a procédé à l’élévation de 5 militaires au rang de Chevaliers de l’Ordre national du mérite. Ce sont : commandant Mory Kourouma, aide de camp d’Alpha Condé, lieutenant-colonel Claude Pivi, alias Coplan, capitaine Sory Kéira, capitaine Seck Alpha Diabaté, sergent Michel Lama. Selon le bureau de presse de la PRG, « ces militaires ont fait preuve de loyauté et d’intégrité morale et se sont battus vaillamment pour défendre la vie du Chef de l’Etat, lors de l’attaque de sa résidence à Kipé. Â» Fait navrant tout de même, la décoration d’un homme plutôt jugé de triste, de sinistre réputation : Claude Pivi, alias Coplan.

Le singulier pachyderme qui intrigue plus qu’il n’effraie avec ses lunettes noires est en effet indexé dans l’affaire du massacre de dizaines de policiers sous la longue fin du long règne de Lansana Conté. Prétextant jouir à l’époque du laxisme du vieux général mourant, Claude Pivi, à la tête d’un bruit de bottes au Camp Alpha Yaya Diallo, interdit par ailleurs aux policiers de réclamer toute amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Les imprudents en ont eu pour leurs comptes. En guise de représailles, Conakry a tourné, les jours qui ont suivi, sans policiers durant de longs jours. Ensuite, plus rien. Les morts sont morts. Mais ceci est une autre histoire.

Ce qui est plus grave aujourd’hui avec la décoration initiée par Alpha Condé, c’est que ce Claude Pivi là est dans le viseur de la CPI depuis les massacres du 28 septembre dans un stade de Conakry. Incarnant le démocrate inaltérable, le justicier parfait, etc. jusqu’à son élection, Alpha Condé triomphe aujourd’hui avec cet autre acte de ‘’promotion’’, dans le mépris, le déni de justice et l’impunité. Or, l’impunité appelle au crime et le crime appelle à la division, à la méfiance, mais alimente aussi la vengeance, qui, elle pareillement entretient une autre vengeance. Le tout dégageant des effluves de chaos. C’est dire que la démarche d’Alpha Condé, fût-elle pour encourager sa digue sécuritaire, est bien mal à propos notamment pour Claude Pivi (certains proches parleront tout de suite de présomption d’innocence).

En effet, selon un extrait du rapport de la Commission d'enquête internationale chargée d'établir les faits et les circonstances des événements du 28 septembre 2009 en Guinée, Pivi est nommément cité. Un document de 60 pages a été remis le 16 décembre au Conseil de sécurité par le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon. Les 60 pages accablent Moussa Dadis Camara, Aboubacar Chérif « Toumba Â» Diakité et Moussa Tiégboro Camara, qui sont tous trois considérés comme ayant « une responsabilité pénale individuelle Â» dans les massacres qui ont eu lieu le 28 septembre, et dans les jours suivants, à Conakry. Mais d'autres noms apparaissent également. Ceux de Claude Pivi et du général Sékouba Konaté, entre autres. Pour rédiger ce document précis et accablant pour les principaux acteurs, les trois enquêteurs de l'ONU ont rencontré 687 personnes: témoins, victimes et proches des victimes ; forces de l'ordre et représentants du parquet et du barreau de Conakry ; responsables de cliniques et du personnel des hôpitaux. Mais aussi et surtout les plus hauts responsables guinéens, du Premier ministre au Président de la République, en passant par les ministres et les proches de Dadis Camara.

Ceux qui « pourraient être considérés comme pénalement responsables pour leur implication dans les événements Â», mais dont le rôle et le degré exact d'implication devraient être examinés dans le cadre d'une enquête judiciaire. Il s'agit de Claude Pivi (dit Coplan), ministre de la Sécurité présidentielle, qui dément avoir été présent mais que des témoins ont pourtant vu aux abords du stade vers 11h, et du colonel Abdoulaye Chérif Diaby, ministre de la Santé. La Commission considère que d'autres personnes pourraient être considérées comme pénalement responsables pour leur implication dans les événements du 28 septembre et des jours suivants. Parmi celles-ci figurent notamment le capitaine Claude Pivi (dit Coplan), Ministre de la sécurité présidentielle, et le colonel Abdoulaye Chérif Diaby, Ministre de la santé. Leur rôle et leur degré exact d'implication dans les événements du 28 septembre et des jours suivants devraient être examinés dans le cadre d'une enquête judiciaire.

Le capitaine Claude Pivi (dit Coplan) a informé la Commission que « le commandant du régiment [commando] est le Président de la République, qui en a pris la tête après le limogeage de l'ancien commandement. Après le Président, je coordonne personnellement le commandement au niveau de la Présidence ». Le matin du 28 septembre, il est resté au camp Alpha Yaya Diallo « parce que la sécurité au stade était assurée par les policiers et les gendarmes. Le Président ne m'a pas donné d'ordres, donc je ne suis pas parti là-bas. Ensuite, on s'est demandé quel groupe avait bien pu faire ça ». Suivant la hiérarchie officielle et conformément à ce qui a été rapporté à la Commission, le capitaine Pivi est le supérieur hiérarchique du lieutenant Toumba dont les subordonnés font partie de la sécurité présidentielle, placée sous le commandement de Pivi. Le lieutenant Toumba s'est toutefois montré fort agacé quand la Commission lui a demandé s'il était subordonné au capitaine Pivi et il a rappelé à la Commission qu'il prenait ses ordres directement du Président. Le capitaine Pivi réfute totalement le départ d'un seul béret rouge du camp le jour des événements, indiquant que « non, à ma connaissance, personne n'a quitté le camp ce jour-là. Tous mes hommes, y compris ceux du lieutenant Toumba, sont restés au camp toute la journée. S'ils sont allés au stade, ils ont agi sans ordre et sans mon autorisation. Je n'ai pas fait de réunion avec mes subordonnés le 28 septembre avant 20h00 et je ne sais pas quel était l'emploi du temps du lieutenant Toumba durant la journée »

 La Commission a toutefois reçu des informations concernant la présence du capitaine Pivi, en compagnie de ses hommes, dans les environs du stade à partir de 11h00. Selon d'autres informations, le capitaine Pivi aurait donné l'ordre à ses hommes de tirer. [J aurait également été vu sur la terrasse avec des bérets rouges, en train d'agresser des manifestants. Certains témoins des forces de l'ordre, qui sont allés rapporter la situation au Président durant la journée du 28 septembre, vers midi et en milieu d'après-midi, indiquent n'avoir pas vu le capitaine Pivi au camp Alpha Yaya Diallo. Un policier déclare avoir vu en tout cas le capitaine Pivi et ses hommes sur leurs pick-up, en compagnie de miliciens en civil, qui passaient dans son secteur de Ratoma, en provenance de la ville, le 28 septembre vers 17h00. Quelques témoins déclarent également avoir vu le capitaine Pivi et ses hommes tirer sur des gens dans la rue, du côté d'Hamdallaye, dans l'après-midi. Le capitaine Pivi aurait en outre arrêté un véhicule de la Croix-Rouge guinéenne pour empêcher le personnel soignant d'amener des blessés à l'hôpital Donka. Selon d'autres sources, le capitaine Pivi a été directement impliqué dans la recherche de manifestants civils dans les alentours du stade en fin de journée, le 28 septembre. Ces divers témoignages constituent de fortes indications de sa participation directe et de l'implication de ses subordonnés dans les événements du 28 septembre.

Après les événements du 28 septembre, le capitaine Pivi a tenté d'arrêter le lieutenant Toumba pour son rôle présumé dans l'attaque du stade, mais le Président l'en a empêché: « C'est moi qui ai dit au Président que, si tout le monde parlait de quelqu'un impliqué dans les événements, il fallait mettre cette personne aux arrêts. Que ceci concerne le stade ou non. Le lieutenant Toumba relève de moi puisqu'il est de la Présidence. J'ai donc dit que je devais convoquer Toumba pour lui demander s'il s'était trouvé au stade ou non, mais on m'a fait comprendre que ce n'était pas le cas ». La déclaration du capitaine Pivi disant que personne n'a quitté le camp Alpha Yaya Diallo le 28 septembre est, en soi, difficilement crédible compte tenu des éléments en possession de la Commission. Cela jette également le doute sur les déclarations du capitaine Pivi concernant ses activités durant la journée du 28 septembre et sur son degré d'implication et de participation dans les événements et sur celui de ses subordonnés.

On aura donc compris qu’en élevant Claude Pivi au rang de Chevalier de l’ordre national du mérite, Alpha Condé, qui prône depuis peu le pardon et la réconciliation nationale, retourne le couteau dans les plaies non encore cicatrisées de victimes et parents de victimes attendant encore et toujours une justice fiable afin d’identifier les responsabilités des auteurs et commanditaires des barbaries vécues. Comme quoi, le geste de M. Condé est loin de rassurer de sa réelle volonté à réunir les Guinéens de toutes obédiences, pour qu’enfin chacun parvienne à regarder l’autre en frère, en ami, … de la même Guinée.


L’œil de GuineeActu.com


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