Boubacar Bagnan Diallo Mardi, 15 Octobre 2013 17:53
Une trentaine de jeunes gens ont été déportés dans le camp de Soronkony, dans la préfecture de Kankan en Haute Guinée, où ils ont subi des sévices corporels, selon leurs témoignages rapportés par l’Organisation guinéenne pour la défense des droits humains (OGDH), qui s’est constituée partie civile dans cette affaire, pour porter plainte contre les auteurs et commanditaires de ces basses œuvres. L’opinion est sous le choc, depuis que ce cas de violation des droits humains a été relayé dans la presse. Pendant ce temps, le gouvernement, lui, continue de garder le silence autour de ce énième cas de torture infligée à des citoyens, au mépris des principes démocratiques.
L’enlèvement et la déportation de 33 citoyens de la commune de Ratoma, dans le camp de Soronkony, en Haute Guinée, par des hommes en uniforme, à la veille du scrutin législatif, préoccupe les défenseurs des droits de l’homme, dont l’OGDH. Cette ONG présidée par Dr Madjou Sow, se bat avec les moyens du bord pour venir en aide à ces pauvres victimes de tortures, libérées grâce à l’intervention de Kalifa Gassama Diaby, ministre des Droits de l’homme.
« Nous voulons que cette fois-ci ceux qui ont ordonné et ceux qui ont exécuté soient traduits devant la justice », a indiqué Dr Madjou Sow, au micro de notre reporter, qui annonçait ainsi le dépôt d’une plainte auprès des autorités judiciaires compétentes, pour faire la lumière sur cette affaire. Le président de l’OGDH a tenu à préciser qu’il y avait des mineurs parmi les déportés.
Pendant leur détention, ces jeunes auraient subi des actes de tortures. Certains auraient même perdu conscience sous l’effet des sévices. Ce qui fait qu’à leur libération, ils étaient physiquement malades et traumatisés, a expliqué le défenseur des droits de l’homme. Et vu « la gravité de la situation, notre organisation entend les transférer dans une clinique de la place, pour y recevoir des soins », a-t-il souligné.
Il faut noter que Boubacar Sow, un des suppliciés, lui, n’aurait pas survécu à ces sévices. Une fois libéré, la victime fut évacuée à Dakar le 7 octobre par ses parents. Ce carreleur de profession, domicilié à Wanindara dans la commune de Ratoma, rendra l’âme le lendemain de son évacuation.
L’avocat de la famille de la victime que nous avons interrogé a tenu à dire que Boubacar Sow « ne souffrait d’aucune maladie, avant son enlèvement ». « Il ne souffrait d’aucune maladie, il est mort suite aux multiples tortures qu’il a subies, de son lieu d’embarquement jusqu’à Soronkony à Kankan, un trajet long de 800 km environ. Il n’a pas pu supporter, et il en est mort », a regretté son avocat, joint au téléphone par notre reporter.
Maître Alsény Aissata Diallo a cependant ajouté ceci : « Nous avons saisi le procureur général auprès de la cour d’appel de Conakry par une plainte pour arrestation illégale, séquestration arbitraire et prise d’otage. Notre souhait est que tous les auteurs et commanditaires de ces actes soient interpelés et entendus pour qu’ils répondent de leur forfaiture. Nous suivons cette procédure jusqu’à ce qu’elle arrive à terme », a-t-il précisé.
Parmi les trente-trois déportés, deux n’ont pas été libérés. Il s’agit de l’adjudant-chef Thierno Aliou, douanier de profession, et de Moudjitaba Bah, enseignant. Eux ont été déférés et mis sous mandat de dépôt le 10 octobre. Eux aussi se trouveraient dans un état critique, apprend-on.
Interrogé sur cette affaire, le chargé de communication du département de la Justice, dit n’être personnellement pas informé, mais estime toutefois qu’il est nécessaire de faire une enquête là-dessus. « J’avoue que je ne suis pas personnellement informé. J’apprends comme tout le monde que des gens ont été arrêtés et envoyés dans un camp puis libérés », a expliqué Ibrahima Béavogui. A la question de savoir si le ministère de la Justice allait diligenter une enquête, pour situer les responsabilités autour de cette affaire de « grave violation de droits de l’homme », monsieur Béavogui répond avec insistance qu’« il faut absolument une enquête. Le parquet doit diligenter une enquête pour qu’on sache de quoi il s’agit, mais il faudrait qu’il y ait une dénonciation ou une plainte. »
Les autorités au haut niveau devraient se prononcer sur cette affaire qui a choqué l’opinion. Car le silence ne ferait que conforter la thèse de ceux qui pensent que de tels agissements ne pourraient être mis sur le compte d’actes isolés ou de bavures. Et qu’il pourrait bien y avoir eu des commanditaires de ces actes. Chose que la justice doit pouvoir élucider.
Boubacar Bagnan Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu