Que fait Alpha Condé du principe d’inamovibilité des magistrats du siège ?

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CONDE_Alpha_13_01Alpha Condé est si grisé d’absolutisme, qu’il nomme sans penser à respecter les procédures prévues à cet effet. Il vient ainsi de nommer certains fonctionnaires de la Cour Suprême et des magistrats de la Cour d’Appel et du Tribunal du Travail.

En pourvoyant les sièges de magistrats à la Cour d’Appel, le nouvel adepte de la concentration des pouvoirs ne s’est pas embarrassé de jeter aux orties le principe d’inamovibilité des magistrats du siège, consacré par la Constitution (art 109) et les différents textes se rapportant à la Justice.

« Toute nomination ou affectation de la magistrature sans l’avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature est nulle et de nul effet Â» (art 109 in fine).

Ses décrets de nomination ne font aucune allusion au respect ou non de cette consultation obligatoire du Conseil supérieur de la magistrature (art 111 de la Constitution). Certes le Président est le président de ce CSM (on note toutefois une contradiction entre la Constitution et les textes non encore amendés sur le nombre de membres et le mode de désignation de certains membres de ce conseil). Mais il est lié par l’avis du CSM.

Les magistrats du siège sont les magistrats assis (juges) par opposition aux magistrats du parquet qui plaident debout (procureur, procureur général, avocats généraux qui sont soumis à l’autorité hiérarchique du Ministre de la Justice). Le principe d’inamovibilité des magistrats protège les magistrats du siège contre les mesures arbitraires de suspension, rétrogradation. Ce principe vise à garantir l’indépendance de la justice. Or, à bien regarder la nomination des magistrats de la Cour d’Appel et du Tribunal du Travail, se pose la question du respect de ce principe d’inamovibilité.

L’article 9 de la loi organique portant statut de la magistrature, après avoir posé le principe d’inamovibilité des magistrats du siège, ajoute que « ils ne peuvent pas, sans leur consentement préalable, recevoir une affectation nouvelle même par voie d’avancement Â». Par ailleurs il existe un tableau d’avancement où sont inscrits les magistrats susceptibles d’être nommés aux postes à pourvoir/de promotion (art. 49 de la loi sur le statut de la magistrature). L’article 48 de cette loi précise que « nul magistrat ne peut être nommé au grade supérieur s’il n’est inscrit au tableau d’avancement Â».

Alpha Condé a pourvu des postes à la Cour d’Appel de Conakry et à celle de Kankan. Il a ainsi nommé Monsieur Fodé Bangoura au poste de président de la 1ère chambre de la CA de Conakry. Ce qui est certainement une promotion louable pour le concerné. Mais quid de la personne qui occupait précédemment ce poste ? A-t-il eu une promotion, est-il allé à la retraite, a-t-il démissionné, est-il décédé, a-t-il été sanctionné ?

Si la plupart des nominations faites par Alpha Condé peuvent être vues comme une promotion, donc allant dans le sens des personnes promues, il en est une qui est carrément une double rétrogradation, ce qui va à l’encontre de l’avancement sous-entendu dans les textes.

A propos des promotions fulgurantes, Monsieur Zoumanigui Sidiki passe d’une juridiction de l’ordre inférieur où il était vice-président (Tribunal du Travail) et se retrouve Conseiller à la plus haute juridiction du pays, la Cour Suprême (il a tout bonnement sauté l’étape Cour d’Appel).

Une autre promotion spectaculaire, concerne un magistrat du parquet. Alpha Condé a ainsi parachuté un membre du CNC, Monsieur Doumbouya Karifa qui se retrouve avocat général à la Cour d’Appel de Kankan.

Logiquement, les magistrats s’inscrivent sur la liste pour avancer en grade. Que dire du cas de Monsieur Abdoulaye Barry qui était président d’une chambre de la Cour d’Appel, juridiction du second degré (un prestige pour les magistrats, après la Cour Suprême) et qui se retrouve vice-président du Tribunal du Travail (une juridiction inférieure).

Pourtant le statut de la fonction publique dit que l’avancement de grade s’effectue de façon continue, d’un grade immédiatement supérieur, à l’intérieur d’une même hiérarchie et cet avancement ne peut se faire qu’au profit du fonctionnaire inscrit au tableau d’avancement (art 108). Les magistrats sont des fonctionnaires et nonobstant les dispositions contraires du statut spécial de la magistrature, le statut de la fonction publique s’applique à eux.

L’arrivée d’Alpha Condé n’a pas modifié cette observation du site Internet de la chancellerie du pays de l’oncle Sam, «la nouvelle Constitution et la législation prévoient un pouvoir judiciaire indépendant. Toutefois, le système judiciaire était dénué d’indépendance, au budget insuffisant, inefficace et manifestement corrompu Â» (http://french.guinea.usembassy.gov/2010rdh.html)

Alpha Condé, depuis qu’il a constaté qu’en Guinée toute décision, même inique, peut passer sans que nul ne bronche, prend ses aises dans des nominations qui parfois violent les lois, teinté d’un fort népotisme. Ainsi des postes, pourvus en principe par concours, sont attribués de manière complaisante, sans respect du critère de compétence et d’expérience et hors du respect des procédures requises.

Il sied de rappeler que le critère cardinal de recrutement dans la fonction publique est le concours (art 29 du statut de la fonction publique).


Hassatou Baldé


Source : guinee8.com


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Commentaires  

 
0 #17 Gandhi 25-08-2011 16:27

Mr Cissé, il n'y a pas de période d'exception actuellement, AC nous serinant quotidiennement qu'il a été démocratiquement élu, mais surtout les dispositions transitoires sont prévues constitutionnellement. Contrairement à d'autres institutions qui ne sont pas encore effectives (AN, Cour constitutionnelle, Haute Cour de justice, etc...), le CSM est opérationnel (ses membres existent) et ne nécessite la décision d'aucune instance nouvelle pour exister. Une loi organique viendra ultérieurement pour préciser le fonctionnement, l'organisation et les autres compétences du CSM, mais son pouvoir de donner des avis obligatoires sur la carrière des magistrats est réglé par les articles 109 et 111 de la Constitution.
Enfin, le juge ne peut pas se saisir d'office pour contester l'irrégularité des actes du pouvoir (il serait débordé - lol -). En revanche, les personnes concernées pourront le faire, puisque le décret devait se référer au moins à la constitution mais également à l'avis du CSM.
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0 #16 Pokpa Holomo Lamah 25-08-2011 13:15

Tout à fait Mr Gandhi, j'avais envoyé un post dans ce sens mais qui n'a pas été publié, je ne sais pourquoi. Je disais qu'on n'avait pas besoin d'être dans le secret des anges pour savoir si la procédure a été respectée et que les affaires de l'État n'étaient pas des affaires mystiques. C'est un droit des citoyens d'être informés de tout ce que l'État fait. Ça peut l'être avant ou après l'action. J'ai mentionné comme vous, que si les membres du CSM avaient été consultés, le corps du décret devrait faire mention.
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0 #15 CISSE 25-08-2011 12:47

suite
Il faudra ici tenir compte du contexte juridique d'exception que connait le pays actuellement.En outre, il faudra se poser la question de l'existence JURIDIQUE du CSM dans le contexte actuel.Personnellement, il me semble qu'elle n'existe pas ou ne peut fonctionner compte tenue de l'absence d'une nouvelle loi organique.Par consequent, l'executif peut proceder à une reorganisation des services de l'administration judiciaire(les magistrats etant pris ici comme des agents de l'administration)sans referer au CSM compte tenue de la periode d'exception (ou de transition).
Pour finir,l'absence de base textuelle dudit décret n'entraine que l'injonction faite par le juge à l'administration de proceder à la regularisation de l'acte contesté.Cela ne change pas fondamentalement la decision de l'administration.
Amicalement.
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0 #14 CISSE 25-08-2011 12:23

Mr Gandhi, c'est justement la non inscription de base legale dans le décret publié sur le site(verifier cette absence dans le journal officiel) qui pousse à proposer deux types d'analyses.Soit, on considère que le décret s'appui sur la loi organique de 1991(L91/010/CTRN 23 DEC.1991),resultant elle meme de la loi fondamentale(ancienne constitution).Or,on sait que depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle constitution, la loi fondamentale a été abrogée de facto.Par consequent, la loi organique de 1991 se trouve depourvue de base legale, donc effacée des normes juridiques actuelles.Elle ne peut donc servir de base textuelle au décret commenté.Il n'est donc pas utile de verifier le respect ou non de la procedure mise en place par ladite loi organique.La seconde hypothèse , plus plausible, consiste à considerer la nouvelle constitution comme la base legale du décret commenté.L'acte reglementaire(décret) prend ici sa source directement dans la constitution.
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+1 #13 Gandhi 24-08-2011 19:31

Mr Cissé, avez-vous constaté que le décret présidentiel ne fait même pas référence aux textes lui permettant de prendre cette décision. Nous sommes en pleine république bananière. Espérons que les juristes concernés sauront le mettre à profit.
La constitution de 2010 est d'application immédiate pour autant que l'Institution ait été mise en place. Le CSM a subi peu de modifications depuis 91, et il ne nécessite pas l'aval d'institutions non encore mises en place, pour nommer ses 17 membres. Il peut donc fonctionner sans problème.
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-1 #12 CISSE 24-08-2011 12:39

Mr Gandhi et Mr Cissé, quel est la base legale(textuelle) du décret D/2011/PRG/SGG portant nommination des magistrats ? Es-ce la loi organique L 91/010/CTRN du 23 decembre 1991,resultant elle meme de la loi fondamentale, portant création du Conseil Superieur de la Magistrature ou la nouvelle constitution de 2010? La reponse à cette question vous permettra de voir que selon le postulat adopté l'analyse dudit décret est differente et pose une veritable question de fond.Je vous attends pour en debattre.
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+1 #11 Gandhi 23-08-2011 21:56

Non Mr Cissé, moi je sais que cela n'a pas eu lieu, mais comme ma parole ne suffit pas, il faut bien que je vous donne des éléments vous permettant d'avoir des éléments d'information, à défaut de certitude. De toutes façons, on verra ce que les hommes de loi ont dans le ventre, s'ils contestent ou pas ces décisions. S'ils ne le font pas, c'est qu'ils n'étaient pas dignes de leurs jobs. Ce sera donc à l'opposition d'intenter une action.
Enfin si vous voulez faire de la dialectique avec moi, je suis partant.
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+1 #10 Gandhi 23-08-2011 18:45

Mr Kaba, pourriez-vous ne pas parler la bouche pleine (métaphore), car vous sautez des mots qui rendent votre commentaire incompréhensible.
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-2 #9 Cissé 23-08-2011 18:22

Monsieur Gandhi puisqu'aucun article n'a fait état consultation du Conseil supérieur de la Magistrature, il faut en inférer qu'elle n a pas eu lieu? Sacrée façon de raisonner.
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-4 #8 kaba 23-08-2011 11:10

jusqu'à preuve du contraire, le président de la république est le président du conseil supérieur de la magistrature. C'est très bas que les gens qui se dise "juristes" soient incapables de faire une bonne lecture des choses. Ces nominations n'ont rien d'anticonstitutionnel.
Madame si voulez vous opposer, vous devez être sérieuse et faire des critiques objectives. Si la motivation de ces nominations est discutable, il n'est pas moins de discuter la constitutionnalité de ces actes. On ne veut plus irresponsable mais les gens qui contribue à éclairer l'opinion nationale.
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+1 #7 Gandhi 22-08-2011 23:09

Pour les mêmes raisons que vous Mr Cissé. Nous nous examinons les faits et en tirons des conclusions qui ne sont pas à l'actif d'AC. Aucun article n'a fait de compte-rendu sur la tenue du Conseil de la Magistrature, que préside le PRG lui-même. Or même quand il va aux toilettes, il y a toujours quelqu'un pour nous informer. Vous vous considérez que l'illustre professeur de droit ne peut pas tomber aussi bas. Et pourtant !!!
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-3 #6 Cissé 22-08-2011 22:26

Qui est-ce qui vous a dit que la procédure de consultation préalable a ces nomination n'a pas été respectée? Etes-vous dans le secret des anges?
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+1 #5 Oury Baldé 22-08-2011 22:17

Hé! Modi Fela Barry yo wola welloudhi .
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+2 #4 Oury Baldé 22-08-2011 22:11

Ha! Gandal hi no dho. A houla gorèma .Mè dhèn wèltanima.
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+3 #3 Fela Barry 22-08-2011 18:25

SUITE 1°) Lansana Conté avait prévenu l’opinion public qu’il n’avait ni le talent encore moins la compétence de gouverner : les guinéens ont encouru le risque. On sait ce qu’il en n’est advenue de la Guinée et de la régence de ses dérivées soldatesques ! Pendant que notre en-féanf-fé de Coq-President avec son « français en pièces détachés » persuadait de sa maestria des décennies entières à des foules droguées à la haine ethnique. IL nous à fallu à peine quelques semaines de mandature pour que l’inexpérience et l’irresponsabilité du Prof-imposteur- usurpateur-Président, révulsent plus d’un démocrate-jurisconsulte à l’instar de la brillante Mme Hassatou Baldé.
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+3 #2 Fela Barry 22-08-2011 18:24

SUITE 2°) Il faut être vraiment Guinéens pour s’accommoder sans gêne aucune de l’improvisation tous azimuts qui nous est infligé de souffrir dans un amateurisme écœurant à la petite semaine. Cette aventure ambiguë pardon débrouillardise Présidentielle-de –Condé est entrain de devenir à force errements une insulte permanente à notre esprit critique citoyen si ce n’est notre intelligence tout court. Le docteur-d’etat Condé est entrain de mettre tout l’état de droit dans tous ses états, au propre comme au figuré : les gardiens de la constitution et autres constitutionnalistes apprécieront !
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+1 #1 Boubacar Diallo Doum 22-08-2011 18:08

Merci pour cette magistrale leçon de droit Hassatou Baldé !
Serais tu la fille de mon ami BIAF de Barkéré -Télimélé ? C'est tonton Boubacar depuis Abidjan.Je te laisse mon email:.Félicitations pour tes brillants articles et à bientôt !
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