Aliou Sow Dimanche, 08 Septembre 2013 14:30
La lettre adressée par le vice-premier ministre britannique au chef de l’Etat, le félicitant pour les progrès réalisés en matière de lutte contre la corruption, notamment dans le monde des mines ne semble pas faire l’unanimité au sein de l’opinion. Nombreux sont ceux qui y voient une démarche purement diplomatique destinée à renforcer la position des sociétés britanniques présentes en Guinée, dont le géant minier Rio Tinto.
Nick Clegg, vice-premier ministre britannique a adressé un courrier au président Alpha Condé pour le remercier de sa « contribution importante en vue de la réussite du programme Ouverture pour la croissance : commerce, impôt et transparence » lors de la réunion qui s’est tenue le 15 juin, à Londres. Dans cette missive, le vice-premier ministre britannique salue les progrès réalisés par la Guinée dans la lutte contre la corruption. Ce qui n’est pourtant pas visible sur le terrain.
« Je félicite la Guinée pour avoir pris l’initiative de publier tous les contrats miniers, et vous soutiens dans vos efforts dans le cadre du partenariat du G8 avec les États-Unis pour assurer la conformité de l’ITIE et améliorer le processus de certification pour la production de diamants », a indiqué M. Clegg dans sa lettre. « J’ai aussi été frappé par vos commentaires sur la pertinence de la transparence dans votre combat contre la corruption et donc pour le développement économique de la Guinée », reconnaît le vice-premier ministre britannique. Tout en ajoutant que la « visite d’Alpha Condé a suscité un grand intérêt ici. Et que si la Guinée peut devenir un modèle pour ce programme, cela va attirer d’autres investissements de bonne qualité, du Royaume-Uni et d’ailleurs ».
Cette missive du vice-PM britannique a surpris certains observateurs qui pensent que le gouvernement du président Alpha Condé n’a pas posé d’actes louables en matière de lutte contre la corruption, contrairement à ce qu’il fait croire à la communauté internationale. Même dans le secteur des mines, c’est juste des « effets d’annonce ». Certes le code minier a été révisé, et près de 800 permis miniers annulés par le gouvernement guinéen. Mais de nouveaux permis ont été octroyés à des proches du palais, dont Aboubacar Sampil, qui partage les mêmes bureaux avec le fils du président Mohamed Condé au palais Sékhoutouréah. Bouba Sampil détiendrait une douzaine de sociétés minières dont Sable mining, toutes basées à Londres dans un immeuble dénommé Taparia House. Le secteur minier guinéen est d’ailleurs considéré par bien des gens comme une chasse gardée du président et de son fils. Rien ne leur échappe de ce côté-là. Ce sont là bien des aspects qui devraient intéresser les autorités britanniques. Même si Londres est soupçonné de ménager le gouvernement guinéen, à cause des intérêts de Rio Tinto et d’Alufer en Guinée. Deux sociétés britanniques qui disposent de concessions minières en Guinée, dans le domaine de la bauxite et du fer. Rio Tinto on le sait est bien partie pour s’adjuger les deux blocs retirés à la société israélienne BSGR et son associée Vale, la compagnie brésilienne, sur le mont Simandou. Alufer aussi tente d’obtenir un bloc dans la préfecture de Boffa, au détriment de la société chinoise CPI. De quoi amener nos amis britanniques à caresser le pouvoir dans le sens du poil.
Aliou Sow
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu