Thierno Fodé Sow Mardi, 20 Août 2013 17:44
« Je ne suis pas contre le Fouta. » Alpha Condé pouvait-il tenir un autre discours, à la veille même des législatives et au moment même où le tissu social est en lambeaux ou encore au moment même où il entame sa troisième année de gestion du pays avec les résultats qu’on voit, qu’on sent et que nous vivons si cruellement ? Manifestement, la réponse est NON. Au risque de se mettre le doigt dans l’œil.
Subtilité, confession, sourire… jaune et mesure semblent être les compagnons les plus proches d’Alpha Condé dans cette partie de la Guinée dont les fils souffrent encore des stigmates des marches pacifiques de l’opposition, de la chasse au faciès orchestrée d’il y a bien des lunes dans la région de la Haute Guinée, etc. En foulant ainsi le sol de la cité de Karamoko Alpha mo Labé, l’autre « karamoko Alpha » mo Sékhoutouréya, jauge son électorat étriqué. En même temps essayer de recoller les morceaux, à travers le terme sacré et consacré aux faiseurs de roi : la réconciliation nationale. Ça, c’est côté cour. Côté jardin, la visite d’Alpha Condé consisterait aussi à prendre le pouls du niveau de pénétration du « Mandé Djallon », ce machin, dernière trouvaille des esprits nuisibles écumant la galaxie arc-en-ciel. Cette démarche vise essentiellement à cristalliser davantage les clivages entre les communautés vivant dans la même sphère depuis des siècles.
Au-delà donc du discours d’homme politique en quête d’assises électorales, force est de souligner avec force détails que le voyage de Labé est essentiellement électoraliste. Devant une foule de curieux, de militants, de désignés (élus) locaux, etc., Alpha Condé qui jouit d’une réelle apathie dans bien des préfectures de cette partie de la Guinée confesse : « On dit que je ne suis pas venu au Fouta. Pourtant, c'est la première fois que j'arrive à Kankan. Depuis mon élection, je n'avais jamais été à Kankan. Je sais que le Fouta n'est pas contre moi, je ne suis pas contre le Fouta. La Forêt n'est pas contre moi, je ne suis pas contre la Forêt. La Haute Guinée n'est pas contre moi, je ne suis pas contre la Haute Guinée. La Basse Guinée n'est pas contre moi, je ne suis pas contre la Basse Guinée. » Des adversaires du pouvoir de Conakry ne voient vraiment pas d’un bon œil la venue en Moyenne Guinée de Condé. Ceux-ci se justifient tout simplement par le fait que Condé ne reconnait que les autres régions du pays. En effet, en accordant une interview à Sud FM et à l’Enquête, des médias sénégalais, Alpha Condé avait dit : « Vous avez trois régions en Guinée : la Haute Guinée, la Forêt et la Basse-Guinée. (…) moi, je ne suis pas venu pour faire l’équilibre ethnique. » Plus tard, Condé a rectifié pour dire que la Guinée c’est une voiture qui a quatre roues.
Quoi qu’il en soit, on voit mal comment le président guinéen se fera comprendre à Labé, eu égard au précédent fâcheux qui a jonché le magister de Condé. Celui-là même qui renvoyait en lui les espoirs les plus fous, nourris par des Guinéens. Cette vague d’espoir s’effiloche de jour en jour, faute de visibilité. Face à ce constat accablant, le pouvoir en fait le minimum. Pire, il gère de manière autocratique et silencieuse les ressources du pays, alors que le pouvoir de Conakry est miné par une corruption rampante, par des détournements à grande échelle, par une Justice aux ordres, par l’incompétence des cadres dirigeants et les questions ethniques. Et pour résumer, nous sommes tentés de reprendre les propos de Lansana Kouyaté du PEDN : « L’incertitude est là. Elle habite les Guinéens, car on ne sait plus comment sera fait demain. Néanmoins, ne perdons pas espoir. Je ferai partie de ceux qui se battront pour l’instauration d’une démocratie, la vraie. »
Thierno Fodé Sow
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