Walaoulou Bilivogui Mardi, 13 Août 2013 21:54
En République de Guinée les ethnies malinkés et forestières vivent ensemble si ce n'est depuis des siècles, tout au moins depuis longtemps avant la pénétration coloniale. L'histoire des migrations, aux dires des historiens, atteste que toutes les ethnies qui peuplent aujourd'hui la région forestière ne sont pas arrivées en même temps, les Malinkés constituant la dernière vague qui se soit installée. Les premiers habitants ou autochtones comprennent les Kissiens, Tomas, Guerzés, Konos et Manons. Ces ethnies, bien que parlant des langues différentes, ont en commun des pratiques socioculturelles fort semblables qui font qu'on les distingue généralement comme une population homogène répondant au nom de Forestiers.
La longue cohabitation des Malinkés et des Forestiers a sûrement favorisé l'intégration des uns et des autres à travers les mariages mixtes, les influences réciproques des langues, des religions et autres traditions culturelles. De nos jours les éléments des deux groupes ethniques vivent ensemble dans de nombreux villages sur toute l'étendue du terroir forestier. N'empêche que des conflits récurrents les opposent parfois, des conflits d'une rare violence qui marquent durablement les esprits. Qui ne se rappelle entre autres troubles sociaux, ceux qui ont opposé Guerzés et Malinkés à Nzérékoré en 1991, et ceux qui ont mis aux prises Tomas et Malinkés à Macenta en 2000 ?
On n'arrête pas de se poser la question : « mais pourquoi ces conflits récurrents en Guinée forestière ? » Il y a lieu d'en rechercher les raisons profondes avant d'espérer trouver des solutions pour une paix durable. L'origine des conflits entre Malinkés et Forestiers réside fondamentalement dans la différence des mœurs. Les Malinkés en général, les Koniankés en particulier, se prennent pour des citoyens d'un statut supérieur par leur langue, leur religion (musulmane) et leur esprit d'entreprise. Ils sont imbus de l'idée que les autres ethnies, particulièrement les Forestiers, sont des citoyens de seconde zone, des arriérés qui sont tenus d'adopter leurs mœurs à eux et qui leur doivent respect et obéissance. Les Forestiers, de leur côté, sont à majorité animistes, renfermés de caractère et peu entreprenants ; ils adoptent difficilement une religion importée, en l'occurrence le christianisme ou l'islam. Ceux des Forestiers qui embrassent la foi chrétienne sont plus ou moins tolérés, par contre ceux qui adhèrent à l'islam sont purement et simplement considérés comme des renégats, des gens peu fréquentables.
A propos des mariages mixtes, les Malinkés rechignent à accorder la main de leur fille à un Forestier sous prétexte que celui-ci ne prie pas. « Jamais ma fille à un cafre » se disent-ils. Pour leur part les Forestiers accordent à contrecœur la main de leur fille qui s'entête à vivre avec un Malinké. « Tu ne veux pas nous écouter, eh bien tant pis pour toi, tu seras traitée en esclave et tes enfants ne nous reconnaitront pas comme leurs grands-parents » se lamentent-ils. Dans les rapports économiques les Forestiers, moins entreprenants, sont les premiers à demander assistance à leurs voisins malinkés, ils n'hésitent pas en cas de besoin à leur vendre parcelles ou plantations pour se tirer d'affaires.
En définitive, au vu de la grande différence de caractère et de mœurs qui les divise, Forestiers et Malinkés se regardent presque toujours d'un mauvais œil. Les premiers ne sont pas loin de considérer les seconds comme les premiers colons qu'ils ont connus avant l'arrivée des colons blancs. Mais la très longue cohabitation amène les uns et les autres à surmonter plus ou moins leurs différences, à s'accepter mutuellement. Condamnés à vivre ensemble, les éléments des deux groupes ethniques devraient s'évertuer inlassablement à se corriger de leurs propres tares et travailler au raffermissement des liens qui les unissent. Sur cette lancée nos gouvernants ont un rôle primordial à jouer, celui d'instaurer une justice égalitaire pour tous, de favoriser le développement économique, social et culturel pour tous. Cela n’a malheureusement pas été le cas ces trente dernières années.
Walaoulou Bilivogui
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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