Mamady Kéita Jeudi, 08 Août 2013 16:30
Les émeutes du courant qui ont paralysé la cité la semaine dernière, ont dû sans doute attirer l’attention du président Alpha Condé sur la lassitude qui est en train de gagner les populations face « au laxisme et à l’incurie » qui seraient érigés quasiment en système de gouvernance. Ce qui impacterait négativement sur le bon fonctionnement de l’appareil administratif, qui peine à satisfaire les services sociaux de base destinés aux citoyens.
De peur que la grogne populaire enregistrée dans la capitale la semaine dernière ne prenne un caractère « insurrectionnel », le gouvernement a appelé les populations au calme. En promettant de corriger les imperfections qui ont entraîné l’arrêt des centrales thermiques de Tombo. Plongeant du coup la quasi-totalité de la ville dans l’obscurité. Le gouvernement comme à son habitude, a vu une manipulation derrière cette révolte populaire. Pointant du doigt l’opposition d’avoir distribué des numéraires à des jeunes gens des quartiers défavorisés, dans le but de saper l’autorité de l’Etat. Le ministre de la Sécurité, Madifing Diané, a juré ses grands dieux avoir filé ceux qui se seraient livrés à cette manœuvre. Affirmant qu’en temps opportun, il procédera à leur interpellation. Cette sortie du ministre de la Sécurité devant des élus locaux mobilisés dans une salle du Palais du peuple, au lendemain de ces émeutes du courant, rappelle encore les discours populistes qui avaient cours dans le passé. Au niveau du parti au pouvoir, c’est le même discours accusateur qui est véhiculé. Le président Alpha Condé lui-même soutiendrait cette thèse. Comme il l’a fait savoir dans son intervention à Kindia, où il s’est rendu le lundi dernier. Le chef de l’Etat, fidèle à ses habitudes, s’est déchargé sur les anciens dignitaires du régime Conté, pour justifier le « manque de résultat » reproché à son gouvernement, dans certains domaines comme celui de l’électricité. A entendre Alpha Condé, il donne l’impression de ne pas vouloir traduire devant la justice ceux qui sont soupçonnés d’avoir détourné à leur profit une bonne partie des 260 millions de dollars us injectés dans le financement du projet d’adjonction thermique initié par la société EDG. Et dont l’exécution aura été effectuée par certains conseillers de la présidence de la République. Parmi les noms cités figurent Mohamed Alpha Condé, le fils du président, ainsi que Mamady Condé alias Thalès, ami intime du défunt Malick Condé, frère du chef de l’Etat. Un certain Édouard Traoré, rodant dans les allées de la Présidence, ferait aussi partie de ce groupe « d’affairistes », sans oublier Papa Koly Kourouma, ministre de l’Énergie. Ce dernier est cité dans tous les scandales financiers qui ont éclaté dans le secteur de l’énergie depuis sa nomination à ce poste. Comme le cas de la surfacturation du prix du fuel par EDG, à travers la société UMS, qui fut décelée l’année dernière. Et encore cet autre scandale lié aux marchés gré à gré accordés à la société Kama, dans le domaine logistique et la fourniture du courant à la ville de N’Zérékoré, devant abriter les festivités du 55e anniversaire de l’Indépendance. Papa Koly est aussi accusé d’avoir délivré de nombreuses licences à des entreprises étrangères au moment de son passage au département de l’Environnement. Toutes ces affaires ont eu lieu sous cette 3e République, sans qu’aucune enquête ne soit ouverte, pour éclairer l’opinion sur ce qu’il en est. C’est ce laxisme doublé d’impunité que les populations dénoncent aujourd’hui. Comme pour dire que l’heure est venue de demander des comptes aux dirigeants.
Pour maints observateurs, le pouvoir devrait plutôt revoir sa copie en matière de gouvernance économique et politique, que de se défausser sur son opposition. Cette dernière étant devenue une sorte de bouc émissaire de toutes les « turpitudes » du régime.
Mamady Kéita
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu
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