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Manifestations de rue à Conakry : serait-ce le syndrome égyptien ?

Mamadi Doukouré  Samedi, 03 Août 2013 00:35

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manifestation_Conakry_electricite_01Cela fait trois jours que les activités économiques de la capitale guinéenne sont fortement perturbées par des manifestations spontanées de jeunes et de femmes revendiquant le courant électrique qui se fait de plus en plus rare. Des manifestations dont le caractère de plus en plus généralisé et la récurrence font penser à un début de révolution à la guinéenne. Ce alors que, dit-on, le pays s’apprête à aller à des élections devant déboucher sur la mise en place de l’Assemblée nationale, environ trois ans après l’installation du président Alpha Condé.

Un confrère de la place ne croyait pas si bien dire quand il confiait hier soir à notre micro qu’avec ce qui prévaut depuis trois jours à Conakry, il n’est pas nécessaire de faire un quelconque débat sur le bilan d’Alpha Condé. Il ajoutait aussitôt, « l’opposition guinéenne n’a pas besoin de battre campagne dans ce contexte-ci ». En effet, en ce 2 août, nous sommes à exactement 53 jours des élections législatives qui, elles-mêmes, sont plutôt incertaines au regard de quelques problèmes.

Or, comme on le disait plus haut, la semaine qui s’achève aura été fortement perturbée à Conakry. Depuis mardi, des jeunes de certains quartiers de la capitale guinéenne qui en ont manifestement marre des ténèbres dans lesquels ils sont plongés en cette période d’hivernage doublée du mois de ramadan, occupent les principales voies. Usant de blocs de pierres, de pneus auxquels ils mettent le feu ou d’immondices qu’ils déversent systématiquement au beau milieu de la route, ils réclament le courant. Ils disent ne pas comprendre que le traditionnel soit lui-même remis en cause alors qu’à priori les barrages hydroélectriques sont tous gorgés d’eau. Tous les gouvernements passés avaient tout au moins réussi une relative amélioration dans ce secteur à pareil moment.

Face aux premières manifestations de l’axe Hamdallaye-Bambéto-Cosa du mardi, le gouvernement s’y est plutôt mal pris. En effet, aussitôt que les jeunes sont sortis pour paralyser la circulation, EDG a envoyé le courant dans les foyers le soir alors qu’on y avait vécu jusqu’à cinq jours sans électricité. Dans les autres quartiers, on s’est alors dit que le remède est certainement dans l’occupation anarchique des rues. Du coup, le lendemain mercredi, ce sont les quartiers de Gbessia, Bonfi et même la SIG Madina qui se faisaient entendre à leur tour. Il est à préciser que ces quartiers sont, à tort ou à raison, taxés d’être favorables au pouvoir. Et puis le surlendemain qu’était ce jeudi, c’est Dixinn (Landréyah) et Lambanyi qui entraient dans la danse. Pour le premier de ces deux derniers quartiers, c’est d’autant plus paradoxal qu’on a vu le président Alpha Condé parader dans les parages il n’y a pas si longtemps. Quant à Lambanyi, les manifestants sont allés jusqu’à saccager l’Agence d’EDG du coin. Phénomène relativement nouveau ? Des femmes sont de plus en plus parmi les protestataires. Elles aussi crient leur déception et accusent le chef de l’Etat de les avoir trahies.

On croirait revivre les événements de fin de règne du général Lansana Conté. En à peine trois ans d’exercice du pouvoir, le président Alpha Condé fait quasiment l’unanimité contre sa personne. Parce qu’en réalité, au-delà d’une simple revendication pour la desserte du courant, c’est tout le bilan du pouvoir actuel qui se trouve ainsi remis en cause par ces occupations de rue. D’ailleurs certains manifestants n’hésitent plus à le clamer ouvertement par des « A bas Alpha Condé » ou encore « Alpha Condé dégage ». Des expressions que l’on a entendues dernièrement notamment en Egypte et qui ont eu raison de Mohamed Morsi. Du coup, à moins de deux mois du scrutin parlementaire, c’est à se demander si les Guinéens voudront résoudre le mal de leur pays par des élections ou par la révolution tout simplement. Question d’autant plus logique que la seule réponse dont semble disposer le gouvernement face à cette forte demande sociale, c’est bien la répression.


Mamadi Doukouré
de Conakry pour GuineeActu


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