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Crash de Monrovia : les boîtes noires livrent enfin leur secret

Boubacar Bagnan Diallo  Jeudi, 11 Juillet 2013 17:00

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CAMARA_Abdoul_Kabele_01Les causes du crash de l’avion militaire survenu le 11 février 2013 près de la capitale libérienne ont été rendues publiques par la commission d’enquête, lors d’une conférence de presse animée le mardi 9 juillet, dans les locaux du ministère de la Défense. Le crash dans lequel avait péri le chef d’état-major général des armées est attribué à une erreur humaine, par les enquêteurs.

Les ingénieurs de la commission d’enquête ont estimé dans leur rapport que l’avion était en bon état. Ce qui a permis du coup d’écarter l’aspect technique, pour expliquer la cause du crash de cet avion militaire qui avait fait 11 victimes, dont les 5 membres d’équipage.

Dans son explication, le colonel Bassekou Diaby, vice-président de la commission d’enquête indiquent que « les causes de ce crash sont dues essentiellement à deux facteurs ». Le premier facteur serait d’après lui, environnemental. Le climat était mauvais, ce qui empêchait l’équipage de voir clairement le point d’atterrissage.

Le second facteur serait quant à lui humain. L’analyse de la boîte noire ayant révélé que le pilote et son adjoint étaient « distraits », selon la commission.

Le président de la commission Williams Richelieu a reconnu que « le pilote était compétent mais qu’il n’a pas bénéficié de repos suffisant avant son vol. La règlementation demande en la matière un repos de 8 heures avant de décoller. Or, son plan de vol a été déposé à 2 heures du matin pour un vol qui devait être effectué à 6 heures ou 7h du matin », a-t-il révélé.

Puis d’ajouter « qu’au moment de l’accident les deux pilotes étaient un peu distraits. Au lieu de s’occuper de l’essentiel, c’est comme s’ils avaient l’esprit ailleurs ».

La commission d’enquête a fait savoir aux journalistes que dans la cabine de pilotage de chaque avion, il y a un enregistreur de voix. A l’analyse de la voix, il s’est avéré qu’au moment de l’accident, c’est le copilote qui tenait la direction. « Dans l’enregistreur de la boite noire, nous avons entendu la voix d’une troisième personne dans la cabine technique », selon le président de la commission.

« L’environnement n’était pas bon, mais cela n’était pas d’ordre critique. Une raison de plus, si le temps était mauvais, le commandant de bord devait prendre la responsabilité de prendre la direction », a-t-il signifié.

S’il y a des nuages bas, il ne se concentre pas sur le tableau de bord, il perd son contact visuel, a-t-il affirmé. « Il est descendu au-dessus de la ligne de mire. Se trouvant donc en dessus de la ligne de mire, ce sont des moments critiques où tout commandant d’avion doit prendre ses responsabilités pour remonter. Mais, il était à basse altitude, il a heuré un premier arbre qui a arraché l’aile de l’avion », a-t-il ajouté.

Le président de la commission Williams Richelieu a précisé que toutes ces explications ont été retenues dans la boite noire de l’avion.

Comme recommandations, la commission a insisté sur le repos des pilotes qui selon eux est essentiel mais aussi que tous les organes qui sont impliqués dans le contrôle d’un aéronef doivent accomplir leur devoir. Dans cette mission, « le commandant de pilotage pouvait refuser de décoller comme le plan de vol a été modifié », a suggéré le président de la commission.

Revenant sur la procédure employée par la commission d’enquête, l’ingénieur aéronautique, William Richelieu, a rapporté qu’il y a des normes et réglementations internationales qui doivent être respectées en la matière. Et que c’est l’Organisation internationale de l’aviation (OACI) qui met en place ces normes, a précisé l’expert. Il conviendrait de noter que cet ingénieur aéronautique a été membre de cinq commissions d’enquête sur des crashs d’avion de par le monde. Point de vue composition de cette commission d’enquête, il y avait 10 agents techniques côté guinéen et 11 agents du côté du Liberia. Ladite commission a travaillé pendant 45 jours. Son enquête s’est étendue sur tous les points de l’avion.

Durant l’investigation, la commission s’est divisée en deux groupes. Le premier groupe selon l’ingénieur, s’est occupé des événements d’avant l’accident. Cette équipe a cherché à savoir ce qui s’est passé au niveau du commandant de bord ainsi que les conditions de l’aéronef. Tandis que le second groupe s’est focalisé sur les événements qui se sont produits après l’accident. Ces deux groupes ont travaillé simultanément, a fait savoir William Richelieu à la presse.

Qui a rappelé qu’à bord de tout avion, il y a une boite noire, qui enregistre les voix et des paramètres de l’engin ainsi que ses performances.

N’ayant pas des laboratoires capables de faire le décryptage de la boite noire, une commission a fait un déplacement aux Etats-Unis où il y a des cabinets spécialisés pour faire la lecture et le décryptage des paramètres. « Ecouter les voix, décrypter tout ce qui est paramètre », a noté l’ingénieur. C’est à la suite de tout ce travail qu’un rapport final a été rédigé pour présenter les conclusions de l’enquête. « Les conclusions ont été produites par des experts professionnels. Tous les membres de la commission ont signé le rapport », a précisé l’expert.

A rappeler que cette commission mixte composée d’ingénieurs guinéens et libériens a été présidée par la République sœur du Liberia pour une question de transparence, a déclaré le ministre délégué à la Défense, Abdoul Kabélè Camara.

Pour rappel, cet avion se rendait à Monrovia, avec une délégation de l’état-major de l’armée, pour y participer à une cérémonie. Les onze militaires dont le chef d’état-major général des armées Souleymane Kéléfa Diallo qui étaient à bord avaient tous péris dans ce crash.


Boubacar Bagnan Diallo
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu.com


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