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Commission d’enquête sur les exactions policières : un simple écran de fumée pour protéger les auteurs !

Aliou Sow  Dimanche, 30 Juin 2013 14:09

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FOFANA_Mohamed_Said_2_01Le premier ministre Mohamed Saïd Fofana a tenu à rassurer le collège des facilitateurs de la volonté de son gouvernement de faire la lumière sur les violences survenues récemment à Conakry, par la mise en place d’une commission d’enquête. C’était au cours d’une rencontre qui s’est déroulée mardi à la Primature, et dont le but était de trouver une issue à cette nouvelle crise marquée par le retrait de l’opposition du processus du dialogue inclusif. Il faut toutefois dire que ces propos du premier ministre ne rassure guère les facilitateurs encore moins l’opinion, quand on sait que le gouvernement actuel ne veut pas sortir des sentiers battus, pour ce qui est de la culture de l’impunité.

Comme les régimes précédents, le pouvoir actuel se complaît à cultiver l’impunité. Les forces de défense et de sécurité sont ainsi libres de mépriser les pauvres citoyens, qu’elles considèrent à la limite comme des citoyens de seconde zone. Cette vision erronée des choses, relève de l’impunité qui a toujours caractérisé la gestion des affaires de l’Etat, en matière des droits de l’homme dans notre pays. Les gouvernements successifs ont toujours fait le dos rond, quand il s’agit de sévir contre les auteurs d’exactions contre les populations. Ceux qui avaient ainsi fondé l’espoir de voir la Guinée rompre avec ces pratiques dignes d’une République bananière, avec l’avènement d’un président démocratiquement élu, ont vite déchanté. Car le professeur Alpha Condé semble avoir d’autres priorités que celles de combattre l’impunité sous tous ses paramètres. Et tant mieux pour ces hommes en uniforme à la gâchette facile, ou autres loubards à la solde de politiques en mal d’inspiration. Au final, ce sont les pauvres populations qui trinquent. Et la création d’un comité chargé d’élucider les incidents survenus récemment dans la capitale, dont ceux qui ont visé la résidence privée du chef de file de l’opposition Cellou Dalein Diallo est perçue comme un simple écran de fumée destiné à protéger les présumés auteurs de cette attaque. Vu que la justice est taxée comme étant sous ordre. Christian Sow ne dira pas le contraire, car son département pêche par son incapacité à faire la lumière sur des incidents ayant entraîné la mort de près de 50 manifestants. C’est dans ce climat empreint d’impunité qu’est survenu ce que l’opposition a qualifié « d’atteinte grave au droit inaliénable de tout citoyen d’avoir un domicile inviolable ainsi que la persécution dont ont été victimes les leaders politiques et militants au domicile d’Elhadj Cellou Dalein Diallo a enregistré un bilan de 50 blessés, dont deux par balles encore dans un état critique. » Faisant ainsi allusion à l’attaque qui a visé le domicile de Dalein la semaine précédente. L’ADP, le Collectif, le CDR et le FDP qui ont réagi à cette attaque à travers une déclaration publiée le lendemain des incidents, ont décidé de « suspendre leur participation au dialogue inter-guinéen jusqu’à ce que des conditions normales de sécurité soient assurées pour les leaders politiques et que les entraves de tout genre au libre exercice de leurs activités soient effectivement levées ».

Tout en exigeant « instamment la poursuite des commanditaires et coupables de ces violences afin qu’il soit mis un terme définitif à l’impunité qui a toujours caractérisé le traitement des exactions des forces de l’ordre devenues récurrentes ces dernières années ».

L’opinion attend donc que cette commission composée d’un pool de juges fasse toute la lumière sur ce qui s’est passé pas seulement chez Dalein, mais aussi lors des récentes manifestations publiques pendant lesquelles des citoyens ont perdu la vie, parfois suite à des tirs à balles réelles. Comme l’a dit un défenseur des droits de l’homme, pour une fois, le gouvernement doit faire preuve de bonne foi, dans sa démarche consistant à confondre les auteurs des actes malveillants.

Pour notre interlocuteur « il ne suffit pas de se contenter des effets d’annonce, comme à ses habitudes. Et les opposants ne devraient pas non plus se contenter seulement de leur propre sécurité, à travers l’affectation d’agents de sécurité à leur domicile comme au temps de la junte, comme le prévoirait le gouvernement ».

« Il faut exiger que ceux qui s’adonnent à des exactions contre les civils, ainsi que les commanditaires de tels actes soient passibles de poursuites judiciaires. Que le droit soit dit. Ce n’est qu’à ce prix que les Guinéens pourraient se sentir dans un Etat sérieux, respectueux des droits humains », conclut notre interlocuteur.


Aliou Sow
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu


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