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Alpha pointe du doigt la corruption dans le secteur minier : une démarche peu convaincante !

Mamady Kéita   Vendredi, 21 Juin 2013 15:45

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CONDE_Alpha_27_01Le président Alpha Condé a publié une tribune dans le quotidien économique français les Échos, à la veille de son départ pour Londres où il devait prendre part le samedi dernier, comme invité de David Cameron, à une conférence à Lancaster House à Londres sur le commerce, la transparence et les taxes, ceci en marge du G8 en Irlande du Nord. Dans cet article signé d’Alpha Condé, il fustige la corruption et le manque de transparence dans le secteur minier. Sans pour autant convaincre l’opinion, déjà au fait de la façon dont les mines sont gérées en Guinée, avec une implication très remarquée de certains proches du président, notamment son fils.

Dans son introduction, le président de la République écrit ceci : « Comme beaucoup de pays africains, la Guinée possède de vastes richesses minérales, les plus grandes réserves mondiales de bauxite et des gisements de fer, de haute qualité, non exploités. Pour que la réalisation de ces actifs serve mieux tout notre peuple, il va falloir faire face à la corruption profondément enracinée dans notre culture politique et dans des affaires. »

Puis il enchaîne avec un rappel des circonstances dans lesquelles il a trouvé la Guinée, une fois élu en décembre 2010. « J’ai été élu président de la République de Guinée dans les premières élections véritablement ouvertes et démocratiques de mon pays. Lorsque je disais que j’avais hérité d’un pays, pas d’un Etat, notre économie était en ruine, notre peuple parmi les plus pauvres de la planète et notre système politique affaibli par des décennies de corruption, de dictature et de mauvaise gestion. » Pour Alpha Condé, « il ne doit pas en être ainsi ».

Mais pour que « la réalisation de ces actifs serve mieux tout notre peuple, plutôt que des sociétés minières et des politiciens sans scrupules, il va falloir faire face à la corruption profondément enracinée dans notre culture politique et dans des affaires », souligne le président de la République. Qui reconnaît cependant que « ce chemin peut être très lent, et parfois dangereux, car les défis ne sont pas les bienvenus pour des intérêts mal acquis ».

Citant ainsi au passage le fait que « des acteurs rogues font un préjudice disproportionné dans un pays comme la Guinée, d’autant plus qu’ils ne le font dans les pays développés. »

D’après Alpha Condé, « le manque de transparence et la corruption dans le monde des affaires ne signifient pas seulement le manque de concurrence et les taxes non rémunérées. Il ronge le processus politique, compromet des principes de base démocratique et sape notre démocratie en évolution. Il ralentit le changement et laisse la porte ouverte à la frustration et à un type de tension politique et de violence regrettables qui ont récemment attristé notre pays avec des décès tragiques. »

Selon lui « le défi que la Guinée veut relever maintenant reflète l’ordre du jour du G8. Car les pays du G8 veulent voir des entreprises multinationales s’exploiter par les règles du jeu, être plus transparentes sur la façon dont elles font des affaires et paient leurs taxes. »

Le chef de l’Etat fait miroiter à travers cette tribune que « l’avenir de la Guinée sera construit sur des partenariats sains entre le gouvernement et le secteur privé, qui s’engage à renforcer la démocratie et la transparence, et qui permet l’utilisation de notre richesse en ressources pour réaliser des niveaux de vie plus élevés pour notre peuple. »

Toute cette démonstration perçue comme une offensive de charme à l’endroit des bailleurs de fonds, ne semble toutefois pas convaincre l’opinion. Qui a déjà une idée de la gouvernance actuelle. Qui se caractérise par un affairisme impliquant certains proches du palais et non des moindres.

Le nom du fils du président, Mohamed Alpha Condé, surnommé aujourd’hui par certains observateurs « l’empereur des mines », et celui de son sous-fifre Bouba Sampil, alimentent les conversations dans la cité, sur leur poids dans les décisions qui engagent la Guinée dans les négociations avec des partenaires comme Rusal, Mubadala et autres.

Ce duo est soupçonné de monnayer des permis miniers à son profit. Des entreprises comme Soguifer et Sable mining, pour ne citer que celles-là appartiendraient déjà à eux, selon des sources concordantes.

Ce qui est en porte-à-faux avec cette image d’Epinal, véhiculée par le pouvoir à propos du retour de la Guinée dans le concert des nations démocratiques, avec l’avènement du président Condé au pouvoir.

Aujourd’hui la Guinée figure parmi les mauvais élèves de l’ITIE. Ceci est un secret de polichinelle. Et il était même question de l’en exclure, comme l’a déjà été le Gabon, à la veille de la réunion de Sydney, qui s’est déroulée en mai dernier sur la transparence dans les mines.

En tout état de cause, il revient au président de la République qui s’est toujours battu, ce pendant 40 ans pour que son pays soit un modèle de la bonne gouvernance, de donner le ton. Et comme le dit l’adage « qu’il n’est jamais trop tard pour mieux faire », le gouvernement Alpha peut toujours rectifier le tir, en corrigeant ses erreurs. Car la déception se lit sur le visage des Guinéens. La manifestation des jeunes de Boulbinet contre le régime, la semaine dernière, est une preuve de ce désenchantement, qui va grandissant.


Mamady Kéita
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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