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Sortie de crise politique en Guinée : et si on coupait la poire en deux ?

Samory Keita  Jeudi, 06 Juin 2013 22:19

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DIALLO_Mouctar_NFD_5_01Depuis le lundi 3 mai, pouvoir et opposition, sous la houlette du collège des facilitateurs, tentent d’harmoniser leur position pour trouver une issue favorable à la crise politique guinéenne. Les pourparlers se poursuivent du côté du Palais du peuple avec la volonté manifeste des parties de faire des concessions. Ce qui n’exclurait pas de couper la poire en deux pour un minimum de consensus et d’aller vers des élections inclusives.

Le collège des facilitateurs, piloté par l’émissaire onusien Saïd Djinnit, n’aura pas eu trop de peines pour ramener les deux parties antagonistes dans la crise guinéenne autour de la table de dialogue. Dans la mesure où aller au dialogue était devenu pour eux, plus une « obligation » qu’une simple « nécessité ». Vu les récentes violences politiques qui avaient commencé à prendre une tournure ethnique, l’heure était devenue plus grave qu’on ne pourrait l’imaginer.

Le pouvoir et l’opposition ont donc dû comprendre qu’à l’allure où allaient les choses, les risques d’explosion étaient devenus gros pour le pays.

La convocation du facilitateur international serait donc tombée à point nommé. Puisque le chef de file de l’opposition guinéenne Cellou Dalein Diallo et son pair du PEDN Lansana Kouyaté, qui étaient en France en quête de soutien, n’ont pas réfléchi à deux fois pour regagner le pays, afin de prendre part à la réunion de Conakry.

Et le lundi, l’opposition républicaine dans son entièreté s’était rendue à la rencontre du Palais du peuple, sans préalable. Ce qui était déjà un signal fort de sa part de vouloir aller à un dialogue sincère avec le gouvernement et la mouvance.

Elle a mis l’occasion à profit pour soumettre un agenda de travail qui s’articulera autour de quatre points : l’opérateur Waymark, le vote des Guinéens de l’étranger, le fonctionnement de la CENI et le chronogramme des élections. A cela, s’ajoute la libération inconditionnelle des détenus politiques, au nom de la paix et de la cohésion sociale.

Au nom du pouvoir qu’il représente, le premier ministre prendra la promesse de réagir par rapport à cet agenda dans les 24 heures qui suivent. Une promesse qui ne sera pas tenue par Mohamed Saïd Fofana.


Mardi, un couac qui rappelle de mauvais souvenirs

Après cette première journée, les acteurs politiques devraient se retrouver dans l’après-midi du mardi pour poursuivre les négociations. La réunion devrait permettre aux différentes parties concernées de s’accorder sur un ordre du jour avant de démarrer les discussions.

Mais l’opposition brillera par son absence à cette rencontre. Prenant ainsi au dépourvu les autres parties (gouvernement, mouvance, institutions) déjà au palais. Elle expliquera son absence par le fait qu’il n’y avait pas d’ordre du jour et par la non-libération de ses militants qui croupiraient toujours en prison.

Cette attitude de l’opposition a été perçue par les pessimistes comme le premier couac d’un dialogue qui a du mal à démarrer depuis 2 ans. Rappelant les mauvais souvenirs des précédents dialogues qui ont toujours accouché d’une souris, chaque fois que l’opposition avait boudé les rencontres.

La troisième journée de rencontre aura été la plus animée, pour l’instant. Toutes les parties concernées étaient présentes. Et les pourparlers prirent assez de temps, plus de quatre heures d’horloge. Les discussions ont essentiellement porté sur les points d’achoppement. C’est-à-dire le choix de l’opérateur technique, le vote des Guinéens de l’étranger, le chronogramme des élections et le fonctionnement de la CENI qui ont été finalement inscrits à l’ordre du jour comme le souhaitait l’opposition.

L’opposition républicaine pense que pour la tenue d’élections transparentes et crédibles, il faut passer au peigne fin ces points. Elle aura usé de beaucoup de ses cartouches pour obtenir ce cadre aujourd’hui. Et dont elle compte profiter pour amener le pouvoir à lâcher du lest.

Ce qui ne serait pas facile car bien qu’elle ait pu inscrire ces quatre points à l’ordre du jour, rien ne laisse prévoir un éventuel recul de l’adversaire. Même si au sortir de cette rencontre du mercredi, 5 juin, le facilitateur Saïd Djinnit déclare que l’atmosphère était « détendue » dans la salle.

Alors que les leaders politiques, à leur sortie, étaient avares en mots. Les quelques-uns qui ont bien voulu répondre aux questions des médias, se sont contentés de souligner l’ordre du jour. Comme pour dire qu’au-delà, il n’y a pas eu grand-chose.

Ce qui donne à croire, que la situation est encore loin d’être détendue. Mieux, si l’on n’y prend garde, ce dialogue risque de connaître le même sort que les précédents qui n’ont fait qu’amuser la galerie.

C’est pourquoi, bon nombre d’observateurs pensent aujourd’hui que pour sauver la transition, pouvoir et opposition devraient accepter de trouver un terrain d’entente en coupant la poire en deux.

En d’autres termes, au-delà de tout calcul politicien, que le pouvoir accepte de renoncer à l’opérateur Waymark, la principale pomme de discorde, et l’opposition renonce au vote des Guinéens de l’étranger. Se mettre d’accord sur un chronogramme consensuel pour sortir enfin la Guinée de ce bourbier politique.

Mercredi, à 15h, les pourparlers reprennent en l’absence des NFD de Mouctar Diallo qui estiment ne pas pouvoir dialoguer au moment où leurs militants sont détenus arbitrairement. Une décision dont sera solidaire Faya Millimouno du BL (Bloc Libéral).


Samory Keita
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu
avec
Mams Sow


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