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Contre-manifestants : « Des citoyens patriotes » selon Bafoé

Thierno Fodé Sow  Vendredi, 24 Mai 2013 16:52

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« Des citoyens patriotes qui viennent nous aider… Â» Retenez votre souffle, ne vous en offusquez pas. À l’heure même où une réelle confusion entoure l’intervention, voire l’infiltration plutôt funeste des contre-manifestants, cette définition – c’en est vraiment une ‒ est faite par le lieutenant-colonel Ansoumane Camara (Bafoé), directeur des unités d’intervention, ce vendredi matin sur les ondes d’une radio privée très écoutée à Conakry et environs.

Si ce haut gradé de l’Etat s’est trompé en disant que les contre-manifestants aux fortes capacités de nuisance ne sont autres que des « citoyens patriotes Â», il y a bien lieu de rectifier le tir. Au risque de pomper ainsi à bloc ces centaines de jeunes, armés de cailloux, de gourdins, de barres de fer, etc. venant à chaque fois à l’assaut d’une opposition qui ne demande qu’à être bien encadrée pour marcher pacifiquement sur l’autoroute. Et si la définition qu’il a donnée est sciemment faite, autant craindre un télescopage fatal et manifestement attentatoire entre lui et le porte-parole du gouvernement Albert Damantang Camara. Ce ministre de la République estime : « On ne doit pas faire des contre-manifestations. Les forces de l’ordre doivent jouer de telle sorte qu’il n’y ait pas de contre-manifestants. Â» Damantang Camara reste quand même dubitatif quant à la présence d’infiltrés au milieu de la marche de l’opposition. Il en appelle quand même à la responsabilité de chacune des parties prenantes.

Pendant ce temps ce même Bafoé se réjouit de la façon dont la journée du jeudi s’est passée : « Les consignes ont été respectées sur toute la ligne : pas de blessés, ni de pertes d’engins. Force est restée à la loi. Â» Dans tout ça, qui sont réellement ces jeunes qui ont caillassé les véhicules de l’opposition ? La confusion est totale. Mais Dalein Diallo lui est formel : « Ce ne sont pas les militants de l’opposition qui ont jeté des projectiles sur nos véhicules, plutôt des infiltrés protégés par des forces de l’ordre. Â» Cette lecture est partagée par les autres leaders politiques de l’opposition, notamment Faya Millimouno, déjà blessé. 
 

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Garde du corps de Cellou Dalein Diallo                                Garde du corps de Jean-Marc Telliano


Quoi qu’il en soit, bien des observateurs disent mal comprendre, vu la fidélité aveugle et l’engagement qui frise la divinité des militants de l’opposition, comment le Collectif, l’ADP, le CDR, pourraient-ils être la cible de leurs propres adhérents ? Cela, même si le gouvernement, à travers un communiqué, a indiqué que : « Ces manifestants surexcités, désireux de rejoindre coûte que coûte l’autoroute Fidel Castro en violation de l’itinéraire autorisé, ont pris à partie leurs propres leaders politiques. Il a été ordonné aux forces de l’ordre de protéger les leaders de ces partis politiques de l’opposition et de les sécuriser ainsi que leurs biens. Â» En sa qualité de porte-parole du gouvernement, Damantang ne sait pas en revanche si la teneur du communiqué a été respectée sur le terrain.

 

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Un enfant blessé


En attendant donc de démêler l’écheveau, la Guinée pleure encore ses morts : 4 morts, 38 blessés selon l’opposition ; 1 mort selon Ansoumane Bafoué de la police, et 3 morts provisoires selon d’autres sources. Ces morts interviennent au lendemain même du jour où les six autres martyrs ont rejoint leur dernière demeure au cimetière de Bambéto.  Un autre dialogue est-il encore possible pour sauver les Guinéens de la vindicte, de la chasse au faciès, car après tout, les enjeux d’intérêts, les fausses valeurs et impostures ne profitent jamais à l’édification de la démocratie en Guinée ?


Thierno Fodé Sow


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