Thierno Fodé Sow Jeudi, 16 Mai 2013 22:23
Au réseau ! On va au réseau ! Voici les expressions les mieux partagées à Tangaly, bourgade de 7757 habitants, perdue dans les contreforts du Fouta Djallon, à la lisière de Labé, sur le nouvel axe enfin réhabilité de Tougué, l’autre ville fantôme de la Moyenne Guinée. Pour dire tout net, à Tangaly, le réseau de la téléphonie mobile fait saliver mais il se fait toujours attendre. Plongée dans une sous-préfecture où le modèle de développement local pourrait pour autant être un bel exemple à suivre.
A Tangaly, « on va au réseau », à des kilomètres, sur une côte de bowés peuplée d’arbustes surplombant la sous-préfecture. Ici, c’est comme un lieu de pèlerinage. Le parcours des sentiers ne semble plus donner du grain à moudre aux allergiques de la marche. Les motos taxis facilitent presque tout pour certains. D’autres couvrent à pied. L’essentiel est d’être dans les bonnes grâces du réseau. Dans cette zone de réseau perdu qui jouxte la résidence du sous-préfet, de nombreux pères et mères de familles parviennent à joindre leurs proches. Sans trop de difficultés majeures. « Avec ce réseau perdu, je viens tous les jours ou presque ici pour communiquer avec mes enfants qui sont disséminés à travers le pays. Avant la découverte de ce précieux sésame, j’étais obligée d’aller jusqu’à Labé, à 45 Km pour résoudre tous les problèmes de communications », témoigne, fort soulagée, Mme Baldé, la soixantaine ou plus, les pieds recouverts de poussières et cachant à peine ses talons fendillés sous l’effet certainement des intempéries, des travaux champêtres ou tout simplement de la misère.
Ce précieux petit périmètre de réseau perdu, accueille tous les jours des assoiffés de téléphonie mobile. Ici le phénomène est entré dans les mœurs. Juste après avoir passé ou reçu le coup de fil, le téléphone portable est éteint et gardé avec soin dans un endroit supposé être sûr. Soit dans les malles, soit dans un petit sac en tissu – notamment chez les femmes – attaché autour de la taille. Quelle source d’énergie pour ces portables circonstanciels ? Des générateurs, allumés tous les jours de marché hebdomadaire. Ou à Labé, à quelques heures seulement de parcours.
Il reste que, comme on le voit, le calvaire lié au manque de réseau va bientôt être oublié de l’avis de nombreux ressortissants et résidents de Tangaly. En effet, une grande société de téléphonie mobile établie en Guinée depuis des ans est en train d’installer un pylône, à proximité du village de Hafia, de l’autre côté de la rivière qui arrose la sous-préfecture. On rapporte ici que tout cela est rendu possible grâce aux bons offices d’un fils du terroir bien introduit dans le secteur de la téléphonie mobile. La perspective de ce désenclavement sans précédent est au centre de toutes les discussions là -bas, voire même à Conakry, entre fils ressortissants. Ce qui dénote le grand soulagement que pourrait procurer la fin des travaux d’implantation de ce pylône pilote. « On sera bientôt tranquille quand tous ces travaux seront terminés », soupire ce septuagénaire en séjour à Tangaly. Et d’ajouter avec beaucoup d’humour : « On va alors cesser d’aller au réseau en cherchant à s’orienter de l’Est vers l’Ouest. C’est inimaginable que bien des villages aient pu se désenclaver, alors que nous autres sommes toujours au milieu du gué. »
Selon des sources concordantes, les travaux du pylône évoluent à pas de géant. Comme quoi, Tangaly et les autres localités périphériques vont sans délai avoir accès librement au réseau de la téléphonie mobile. Le jeu en vaudra la chandelle, tant et si bien que les fils ressortissants et résidents font feu de tout bois pour redorer le blason de leur sous-préfecture. A l’image du dispensaire qui est aujourd’hui en pleine réhabilitation grâce nous dit-on à des cotisations de toutes parts, y compris celles des fils ressortissants résidant en Angola. Ces Angolais mobiliseraient chaque année 40 mille USD pour le partager entre deux localités composant la préfecture de Tougué dont relève Tangaly. Tangaly, c’est aussi, cette petite sous-préfecture qui vient de trouver un nouvel emplacement pour abriter
le marché, la gare routière, etc. grâce à l’appui du PACV2 et du PDSD. Une réalisation qui réjouit le premier magistrat de la localité, Camara Ousmane Aissata.
Ce sous-préfet, agronome de son état, encourage par ailleurs, le travail de la terre. Car, « la terre de trompe jamais », justifie-t-il, en sa résidence abritant aussi les bureaux de la sous-préfecture (ce symbole de l’Etat ne se souviendra certainement plus de la dernière fois que les couleurs nationales ont été montées, d’autant plus que le mat ou plutôt un morceau de bois enfoui, n’est plus là que pour rappeler le CER de Sékou Touré). Mais cette négligence n’empêche pas en revanche de reconnaître en ce sous-préfet, un modèle qui devrait inspirer bien d’autres cadres et élus locaux : le retour à la terre. En tout cas, M. Camara, produit des légumes, de la laitue, de l’aubergine, etc. qu’il place à Labé, Dionfo, Tangaly. C’est dire qu’il y a bien une autre vie après celle de l’administration locale.
L’envers de tout ce décor fort élogieux pourrait-on dire, par rapport à plusieurs autres villages de l’arrière pays, c’est bien cette école primaire du centre, bâtie avant les indépendances. Ici, tout rappelle les années 50. Ardoise comme socle, blocs de pierres en lieu et place des briques cuites, cloche, etc. Quand vous y venez, ne cherchez surtout pas une échelle – une chaise suffirait – pour atteindre le bout de ce qui fait office de poteau où doit être suspendu le drapeau national. Certainement que c’est parce qu’il n’y pas de clôture. Conséquence, toutes les bêtes de la basse-cour en ont fait un lieu de prédilection. Les quelques rares graviers qu’il y a, ont fini par glisser en contrebas, envahi par une colonne de boutiques dont la proximité gène, nous rapporte un vieil enseignant à la retraite.
Seul réconfort, ici, c’est ce forage à la merci des enfants, donc que personne ne gère mais qui produit de l’eau potable pour les habitants. C’est dire que la vie de cette autre source d’eau est bien comptée. Les deux autres forages sont déjà rendus à la nature depuis environ une décennie. Pendant ce temps, un tout autre constat alarmant se dégage quant à l’agression perpétrée contre l’environnement avec ces briqueteries artisanales qui rongent les sources des rivières et déciment des arbres qui poussent le long des rivières comme celle de Hafia. On en convient cependant, la sous-préfecture de Tangaly dont la rue commerçante est aujourd’hui peuplée de taxi-motos et du bétail, a de beaux jours devant elle avec l’implication dans le développement local de tout ce qui fait l’essentiel de ses fils et ressortissants. C’est donc tant mieux !
Thierno Fodé Sow
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