Aliou Sow Vendredi, 10 Mai 2013 17:01
Son excellence Amara Camara, ambassadeur de Guinée en France, qui jusque-là avait la réputation d’un cadre modéré, vient de jeter le masque, en s’en prenant à l’opposition dans des termes frisant l’indécence. C’était au cours d’un débat sur les antennes de nos confrères de RFI, le mardi dernier, auquel étaient également conviés Cellou Dalein Diallo et Vincent Foucher, chercheur à l’International Crisis Group.
l’ambassadeur Amara Camara s’est illustré en un ardent défenseur du président Alpha Condé, lors d’un tour de table organisé par RFI, aux environs de 18 h GMT, dont le thème était axé sur la crise qui secoue la Guinée, empêchant la tenue des législatives depuis près de trois ans, après la présidentielle. C’est de bonne guerre, pourrait-on dire, vu que monsieur l’ambassadeur n’a fait que sauver son pain. Seulement, il faut regretter que ce genre de comportement émane d’un ancien cadre de l’UNESCO, ayant vécu l’essentiel de sa vie en France. Un pays démocratique. A entendre le diplomate insister sur la tenue du scrutin législatif coûte que coûte le 30 juin, on a comme l’impression que l’homme n’en a cure des revendications de l’opposition.
Cela illustre aussi son ignorance totale des réalités sociopolitiques de la Guinée. Ceux qui connaissent Amara Camara disent que ses séjours au pays se comptent sur les doigts d’une main.
On a ainsi pu entendre Amara Camara dire sur les antennes de RFI que : « Lansana Kouyaté et Sidya Touré ne représentent rien, le seul parti d’opposition c’est l’UFDG, c’est le seul qui aura des députés ». Un raisonnement qui est loin de refléter ce qu’aurait pu être celui d’un « intellectuel » de sa trempe.
Cette façon de penser est devenue un classique dans la mouvance, où on a tendance à résumer l’opposition guinéenne à Cellou Dalein Diallo seul. Ce que le leader de l’UFDG en personne refuse d’entendre, car dans sa vision des choses, la Guinée dispose aujourd’hui d’un collectif d’opposition regroupant plusieurs tendances. Toutes ayant en commun la construction d’une véritable démocratie dans notre pays.
A écouter le diplomate avancer ses arguments, on a l’impression qu’un « plan électoral qui cantonnerait l’UFDG en Moyenne Guinée et imposerait la suprématie du RPG-Arc-en-ciel sur les trois autres régions du pays » est en train d’être échafaudé. C’est du moins l’avis de maints observateurs.
Selon nos enquêtes, Amara Camara aurait la rancune tenace, d’où ces attaques contre les anciens premiers ministres, notamment Kouyaté. Ce dernier lui aurait ravi le poste de PM, en 2007. Chose qu’il n’aurait toujours pas digérée.
Cette façon de voir les choses, pour ce qui est de la crise actuelle, en voulant occulter les questions essentielles, notamment celles liées au recrutement d’un opérateur de saisie « compétent » et faisant l’unanimité, risque d’envenimer davantage la situation. Surtout quand ces propos émanent d’un diplomate guinéen basé à Paris, où on joue à préparer les esprits à admettre le tour de force électoral, que l’opposition accuse le pouvoir de vouloir opérer.
A travers une telle sortie hasardeuse, le diplomate démontre bien qu’il figure dans les rangs des faucons du camp présidentiel. Ceux-là mêmes qui veulent forcer la main au président de la République, à organiser le vote le 30 juin sans tenir compte de l’avis de l’opposition. Avec tout ce qu’une telle décision pourrait comporter comme risque pour le pays.
Aliou Sow
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu
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