Amadou Cissé Mardi, 23 Avril 2013 09:41
Depuis quelques semaines, la Direction centrale de la police de l’air et frontières n’arrive plus à satisfaire les demandes de passeports. Les autorités de la police affirment ne plus disposer même d’un carnet de passeport ordinaire dans les caveaux de la BCRG. De quoi créer la psychose chez les populations.
Comme l’électricité, devenue une denrée très rare, le passeport ordinaire a totalement disparu. Même ceux qui profitent de ces situations de crise pour monter les enchères et vendre le passeport jusqu’à plus d’un million de francs guinéens, ne savent plus comment s’en procurer. Et chaque jour qui se lève voit grossir le nombre de demandes de passeports à la DCPAF. D’après nos enquêtes, c’est l’affairisme qui entoure l’attribution du contrat du passeport biométrique qui aurait entrainé cette rupture au niveau de la livraison du passeport ordinaire.
Et là c’est le ministre de la Sécurité, Maramany Cissé, et l’administrateur de l’ACGP, Mamady Condé alias Talès, qui feraient l’objet de soupçons dans leur « obstination » à privilégier semble-t-il leur intérêt dans cette affaire de contrat.
Il faut rappeler que depuis 1994 Oberthur Technologies livre régulièrement à la Guinée des quantités de passeports en fonction des besoins. Des passeports lisibles machines. Jusqu’à ceux de la CEDEAO actuellement utilisés, jamais le service n’aurait fait défaut. Aucune rupture de stock, comme aujourd’hui, n’a été enregistrée, selon nos enquêtes. En 2005, quand la Commission de la CEDEAO et la Mauritanie ont décidé de lancer un document de voyage unique, c’est Oberthur Technologies qui a été choisie, pour fabriquer les passeports communautaires. Ce sont ces passeports ordinaires, de service et diplomatiques qui sont actuellement utilisés dans ces pays, notamment en Guinée. En 2009, quand l’OACI (Organisation internationale de l’aviation civile) a décidé de passer à la biométrie et dans la perspective des élections présidentielles de Guinée, la société Oberthur Technologies, au regard de son expertise et du partenariat avec la Guinée, a été désignée pour la fabrication des 600.000 passeports et des 5.000.000 de cartes d’identités électroniques du pays. Ces commandes, validées par un bon à tirer (BAT) sont aujourd’hui disponibles, stockées en attente de livraison officielle aux autorités compétentes guinéennes. Au lieu de diligenter cette commande et faire passer la Guinée à la biométrie (puisque seuls les passeports biométriques seront acceptés à partir de 2015 dans les aéroports du monde) on préfère se lancer dans l’affairisme.
Chaque haut cadre de l’Etat s’attacherait ainsi à faire valoir sa société. Quand certains se positionnent pour IRIS ou Glorya, d’autres penchent pour un Libanais ou un ancien ministre ivoirien renvoyé pour son implication dans le dossier des déchets toxiques.
Les sociétés qui seraient sur le point de bénéficier des faveurs des autorités compétentes sont des illustres inconnus dans le monde des professionnels chargés de fabriquer des documents d’identification sécurisée. IRIS, par exemple, n’aurait pas les moyens techniques pour ce travail et est obligé de s’adresser à une maison comme Oberthur Technologies. Inscrite sur la liste noire des sociétés interdites d’activités en Asie pour blanchiment, IRIS vient d’être disqualifié par le gouvernement du Sénégal obligé de résilier le contrat et de retirer de la circulation les passeports qu’elle a fabriqués. Et puis l’offre financière d’Oberthur Technologies avec13 euros est de loin la meilleure et incomparable à celle des autres située à plus de 100 dollars US. En attendant, il urge de trouver la solution et permettre aux Guinéens d’avoir des passeports. L’implication du président de la République, le professeur Alpha Condé serait salutaire.
Amadou Cissé
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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