L'oeil de GuineeActu Samedi, 13 Avril 2013 18:01
L’ex-putschiste Dadis Camara vit aujourd’hui un insoutenable tourment qu’il partagerait avec « le rusé et le méchant » de l’autre côté de Sékhoutouréya. En exil forcé – la convalescence n’étant plus un terme qui sied, même s’il faut épouser le politiquement correct – depuis deux ans environ, l’ancien homme fort d’Alpha Yaya Diallo, ce camp d’où sont partis souvent des bruits de bottes réveille aujourd’hui chez les défenseurs des droits de l’homme une vive « préoccupation quant à l’avancement de l’instruction en cours sur les événements du 28 septembre 2009 ».
Et du coup, « appellent les autorités judiciaires et politiques guinéennes à garantir une enquête indépendante et efficace, pour permettre la tenue d’un procès équitable dans des délais raisonnables ». En cela, estiment ces organisations de défense des droits de l’homme, l’audition de M. Camara par les juges d’instruction serait un signal fort et nécessaire en ce sens. Pour rappel, « L’ancien chef de la junte militaire au pouvoir en Guinée entre le 23 décembre 2008 et le 3 décembre 2009 doit se rendre à N’Zérékoré, préfecture de la Guinée Forestière, pour assister aux funérailles de sa mère décédée récemment. C’est la première fois que l’ancien chef de l’État séjournera en Guinée depuis son évacuation au Maroc puis son installation au Burkina Faso, à la suite de la tentative d’assassinat qui l’avait visé en 2009, peu de temps après les événements du 28 septembre, où au moins 157 personnes avaient trouvé la mort après que les militaires eurent ouvert le feu sur des manifestants. »
Avec ces pérégrinations de l’ex-putschiste, aujourd’hui aux abois, c’est le couteau qu’on retourne dans une plaie (de nombreuses victimes ou familles de victimes) qui peine encore à se cicatriser bien qu’une enquête judiciaire ait été ouverte par le procureur général, le 1er février 2010, sur les crimes commis à Conakry le 28 septembre et les jours suivants. Et bien qu’une poignée de responsables présumés, parmi lesquels le colonel Moussa Tiégboro Camara, inculpé le 1er février 2012 mais toujours en fonction, ou le colonel Abdoulaye Cherif Diaby, ancien ministre de la Santé de la junte, inculpé le 13 septembre dernier. Pour sa part, Moussa Dadis Camara a toujours échappé aux griffes des juges. « A plusieurs reprises, les juges ont tenté d’interroger Moussa Dadis Camara sur les événements du 28 septembre. C’est ainsi qu’une première commission rogatoire internationale avait été émise le 5 avril 2011. Restée sans réponse, elle a été suivie d’une seconde commission rogatoire formulée au début de l’année 2013, qui n’a toujours pas abouti. » Les organisations de défense des droits de l’homme estiment ainsi que Dadis Camara, en sortant aujourd’hui des bois, devrait pouvoir être entendu par les juges d’instruction, afin de contribuer à la manifestation de la vérité concernant le massacre du 28 septembre.
Seule incertitude, plus personne ne sait ce qui se mijote entre l’ex-chef de la junte et le pouvoir de Conakry. Un pouvoir qui a en revanche toujours rappelé sa foi en la justice guinéenne, quant à la gestion du dossier du 28 septembre mais surtout de l’implication présumée de Dadis Camara. L’interpellation faite par les organisations de défense des droits de l’homme sera donc entendue par Conakry, déjà soucieux de la possible capacité de nuisance de Dadis Camara, une fois sur le sol guinéen ? C’est toute la question. En attendant, l’arrivée du présumé est millimétrée et suivie par Sékhoutouréya qui a déjà tracé un itinéraire pour l’impulsif capitaine. Un capitaine qui a passé tout le temps à accuser à tort ou à raison l’actuel locataire du Palais présidentiel d’homme méchant et rusé. Deux ans plus tard environ, l’orage est passé, place aux tourments, aux confinements et... à la pérégrination périlleuse. Le juste prix de l’ivresse du pouvoir fait de copains, de coquins et d’amateurs.
L’œil de GuineeActu
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