L'oeil de GuineeActu Vendredi, 12 Avril 2013 14:32
Récemment, des cadres du ministère de l’Habitat, des commis de l’Etat et le fils du président de la République, dans un convoi constitué de véhicules aux vitres teintées et immatriculés VA, sous la protection d'un cortège d’un bataillon de l’escadron mobile, a effectué une descente guerrière à la cité « Résidence 2000 », dans le quartier Moussodougou, aux abords de la rentrée de Kaloum.
A la tête des visiteurs inattendus mais musclés, le sieur Alpha Mohamed Condé, fils du président guinéen, accompagné de cadres du ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme (dont le conseiller du ministre, le directeur de la DATU), des partenaires blancs du fils du président de la République, et des agents des forces de sécurité. Il était question, sans aucune forme de procès, de s’accaparer d’un grand terrain nu appartenant à la Société d’investissements des projets domiciliaires et constructifs (SIPDC). Ce terrain est une des parties des 32 000 000 mètres carrés constituant la propriété de la société.
D’une superficie de plus de 7.500 m2, ce vaste domaine a été aménagé, remblayé, clôturé et fermé par la SIPDC dont la propriété est sacrée par le décret D/99/068/PRG/SGG du 2 aout 1999 et le titre foncier N° 01486/1999/TF. Sur les lieux, les éléments de l’escadron mobile cassèrent les cadenas et arrachèrent les portails, permettant à la délégation du fils du président de la République de pénétrer par effraction sur le domaine en voie d’expropriation flagrante. Mais, dès qu’il a été vu par des employés de la SIPDC, Alpha Mohamed Condé, qui ne se croyait pas exposé en ce jour où les projecteurs sont orientés sur les évènements qui paralysent le reste du pays, s’est vite réfugié dans sa grosse cylindrée. Interrogé cependant sur les causes de cette abrupte attitude, le fils du président Alpha Condé se déchargea sur le ministère de l’Habitat en répondant : « ce n’est pas moi, je n’ai rien à voir dans cette affaire, c’est le ministère de l’Habitat ».
Il ressort justement des diverses enquêtes que le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Ibrahima Bangoura, pour certainement se faire valoir auprès du chef de l’Etat, aurait pris un acte illégal attribuant une propriété privée ayant fait objet d’aménagements à grands frais à Mohamed Condé. Sans aucun effort minimum de renseignement sur la nature du terrain. Oubliant ou ignorant tout simplement aussi que l’arrêté ministériel n’a aucun pouvoir légal d’annuler le décret présidentiel. De toute façon, même cet acte n’a pas été présenté lors de l’attaque des lieux. Le conseiller du ministre se contentant de le promettre pour les prochains jours. Membre de cette mission de brigandage d’Etat, le directeur de la DATU, mieux que quiconque, a en sa possession tous les actes officiels prouvant la propriété de la SIPDC sur le domaine convoité par Mohamed Condé et ses partenaires. Apparemment, Mohamed Condé et son groupe semblent pressés et veulent aller rapidement. Ils ont déployé dès le lendemain jeudi 28 février une machine sur le terrain et ont engagé les travaux sous la protection d’un bataillon de gendarmes de l’escadron mobile. Comme pour reconnaitre le caractère féroce et injuste de leur agissement.
Le ministre de l’Habitat a-t-il agi par démagogie ou sous la contrainte ? Dans un cas comme dans l’autre, Ibrahima Bangoura affiche son incompétence, bafoue les principes de l’Etat de droit et jette un gros discrédit sur le régime d’Alpha Condé qui prétend changer la Guinée des démons de la mauvaise gouvernance. Quant à Alpha Mohamed Condé, cet agissement injuste, en un jour si sombre pour la Guinée et manifestement insensible à l’épreuve de ces militants et agents de force de l’ordre voués à la cause du régime de son père, dévoile l’unique motivation affairiste qui l’anime. A l’entame de la troisième année de son mandat quinquennal, le président Alpha Condé qui dénonce avoir « hérité d’un pays et non d’un Etat » est décidément avancé dans la construction de son empire. A suivre.
L’œil de GuineeActu
![]()