Thierno Fodé Sow Vendredi, 05 Avril 2013 14:01
Le raccourci pris par le pouvoir de Conakry est somme toute saisissant : l’axe qui était jusque-là considéré comme celui à partir duquel est venu le vent du changement ayant porté – fort curieusement – à la tête de la Guinée un leader politique qui se fait appeler « opposant historique » est aujourd’hui appelé par les affidés d’Alpha Condé, l’axe du mal. Certainement parce qu’aujourd’hui, le vent tourne autrement.
Lansana Kouyaté avait payé les frais de cette partie de la commune de Ratoma pour avoir négligé une panne d’électricité sur les hauteurs de Bambéto. A sa suite, Dadis Camara, qui avait l’habitude d’haranguer les foules, s’est vu désavoué par les jeunes issus de ces quartiers populaires. De ces hommes, l’un était Premier ministre de consensus, l’autre chef de la junte qui s’est emparé du pouvoir, alors que le corps du vieux général de Wawa était encore chaud. Ces deux figures emblématiques peuvent témoigner que ces zones n’avaient pas de couleurs politiques ou d’appartenance ethnique. En tous cas jusqu’au moment où le RPG d’Alpha Condé a usé de toute son expertise et subterfuges pour évoquer lâchement l’empoisonnement supposé de ses militants par le biais du yaourt et de l’eau dont se serait rendue coupable une certaine communauté que le pouvoir de Conakry n’a jamais domptée. Par mépris et haine quasi viscérale, rapportent certains Guinéens. C’est le départ donc d’un désamour – bel euphémisme – aux conséquences toujours d’actualité avec les récents affrontements enregistrés suite à la dernière marche de l’opposition.
La route Le Prince, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est aujourd’hui infréquentable aux yeux des forces de l’ordre qui y ont pourtant tué, volé, agressé, violé avec une parfaite complicité parfois des Donzos, nous rapporte-t-on. Il n’y a jamais eu d’enquêtes pour identifier les auteurs et leurs commanditaires de ces crimes crapuleux. Ainsi, se considérant abandonnés par ceux censés les protéger, créer des emplois, des espaces de jeux, d’épanouissements, les jeunes de l’axe Hamdallaye - Bambéto - Cosa voient leurs quartiers catalogués et confondus désormais à un seul leader politique.
Pour sa part, Alhousseyni Makanéra Kaké de la mouvance a estimé récemment : « L’idée que j’avais de cet axe n’est plus d’actualité aujourd’hui. Les mouvements de cet axe était vraiment salutaires d’autant plus qu’ils ont fait partir ou plutôt basculer le régime de Lansana Conté ». Cette simple lecture d’un membre de la mouvance en dit long sur l’idée que le pouvoir a de cet axe que des inféodés au régime appellent conglomérat de quartiers de non-droits, des no man’s land. Les forces vives de ces quartiers ont de fait le sentiment d’être des laissés pour compte : souvent envahis au niveau des grands carrefours, parfois dans les quartiers par des policiers et gendarmes à défaut d’être toujours pris pour cibles depuis l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir, l’axe Hamdallaye Bambéto Cosa devrait mériter mieux. Au risque de devenir le Benghazi de l’ouest africain. Après tout et on en convient, trop d’injustices, appellent … à la révolte.
Thierno Fodé Sow
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