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Attaque du 19 juillet : un élément de la garde présidentielle confirme la version d’AOB
Boubacar Bagnan Diallo & Saidou Hady Diallo Mardi, 26 Mars 2013 18:57
La saga judiciaire qui a entouré le procès des présumés auteurs de l’attaque qui a visé la résidence privée du chef de l’Etat, dans la nuit du 19 juillet 2011 à Kipé, est entrée depuis jeudi dernier dans sa seconde phase. Avec la comparution des témoins et les confrontations. C’est dans cette optique que l’adjudant-chef Fodé Abass Soumah, le chef de poste de la garde qui sécurisait la résidence du président à Kipé le jour de l’attaque, a comparu à titre de simple témoin dans cette affaire.
Interrogé donc en langue soussou par le président de la Cour, M. Fodé Bangoura, l’adjudant-chef Soumah explique qu’il présidait l’unité « Delta 1 » qui, selon lui, était composée de 9 agents, tous postés au niveau de la sentinelle qui mène au domicile du Président. Parmi eux, quatre seulement étaient armés de PMAK. Les autres dépourvus d’armes.
Revenant sur les circonstances de cette attaque cette nuit-là , il a reconnu que dans la nuit du 18 au 19 juillet à 3h 5mn, le commandant Alpha Oumar Boffa Diallo alias AOB (considéré par le parquet comme le cerveau de cette attaque) est venu à bord d’un véhicule civil armé d’un PMAK. « Il est descendu de son véhicule. AOB, dit-t-il, a demandé qui est le chef de poste ». Il aurait répondu à AOB que c’était lui-même en personne. « Après, confie-t-il, AOB a posé sa main sur mon épaule et m’a dit : "les gens qui sont derrière moi dans les pickups sont venus pour vous tuer", donc de prendre des dispositions. »
Quand AOB lui a dit cela, continue le témoin, il a enlevé la main du commandant AOB sur son épaule, puis il est parti prendre son arme pour donner deux tirs de sommation à l’aide de son PMAK afin de sonner l’alerte concernant un danger imminent. « Aussitôt, poursuit le témoin, les assaillants ont violemment riposté. Ce qui s’est passé après, j’ignore si le Cdt AOB avait fui ou s’il était resté. Pendant ce temps, les assaillants ont tiré sur le transformateur qui alimentait le quartier en courant. L’huile coulait. »
A la question de savoir s’il a vu AOB tirer ce jour-là , il a répondu qu’il ne l’a pas vu tirer.
Toujours dans sa narration des faits, il a révélé que quand les assaillants ont violemment riposté, il est parti se coucher dans un fossé pour s’abriter afin de mieux faire face à l’attaque. Quand son chargeur s’est vidé, il a utilisé le terrain. C’est ainsi qu’il a escaladé le mur pour être à l’abri. Par la suite il dit avoir appelé le coordinateur de la garde présidentielle, le commandant Nabi Camara alias B52, pour l’informer qu’ils venaient d’être attaqués tout en lui précisant que les assaillants sont venus des rails et qu’il n’avait plus de balles. B52 lui aurai demandé si le Patron (allusion faite au président) était en vie. Il a dit qu’il ne connaissait pas.
Se prêtant aux questions des avocats de la défense, il a expliqué que ce jour-là , à 18h, ils ont reçu des consignes au rassemblement que personne parmi les éléments de la garde ne devait rentrer ce jour-là , et qu’ils ne devaient pas laisser passer quelqu’un à cet endroit.
Plus loin, le témoin dira que les tirs sont devenus intenses et d’autres venaient d’un bâtiment à étage en construction et non-habité qui jouxtait la résidence.
l’adjudant-chef Fodé Abass Soumah a notifié que les assaillants n’ont pas pu franchir la barrière pour arriver à la résidence. A la question de savoir s’il a entendu des tirs venant de l’intérieur de la cour, il dit ne pas avoir de réponse à cette question.
Revenant sur la durée des tirs, il a rapporté qu’ils ont duré jusqu’à 5h du matin. Dans un autre volet, il a tout de même révélé que c’est le commandant Alpha Oumar Boffa Diallo qui l’a formé en garde de corps au Km 36.
« Avez-vous fait un repli stratégique ou bien vous avez fui pour vous sauver ? » interroge Me Mory Doumbouya de la partie civile. En réponse à cette question, il a souligné que s’il avait fui, il aurait failli à son devoir. « Mais quand quelqu’un est attaqué, il se replie pour mieux se préparer », a-t-il ajouté.
Me Salif Béavogui de la défense s’est réjoui des explications du témoin qui, selon lui, concordent avec celles faites par son client Alpha Oumar Boffa Diallo. Par contre, le procureur William Fernandez relève quant à lui des contradictions entre les deux explications.
Après ces éclaircissements, la défense s’est jointe à la partie civile pour solliciter un transport judiciaire sur les lieux de l’attaque pour, disent-ils, mieux éclairer la religion des gens. En réponse, le président de la Cour dira que la requête sera examinée au moment opportun.
Lors de sa confrontation avec l’adjudant-chef Fodé Abas Soumah, le commandant AOB a reconnu que le témoin n’a rien altéré de leur conversation ce jour-là . AOB est allé jusqu’à saluer la franchise de cet agent de la garde présidentielle.
Dans la journée du vendredi 22 mars, c’est le chef de section de la garde présidentielle le jour de l’attaque qui a été entendu par la Cour. Durant son audition, lieutenant Moussa Donzo a expliqué à la Cour que le jour de l’attaque, il a entendu deux tirs de sommation. Quand il est sorti de la cour de la résidence du président, il n’y avait plus personne. Il a avancé vers Delta 1, il a vu un pickup garé devant lequel il y avait un homme. Il a échangé des tirs avec ce dernier. Mais comme il y avait l’obscurité, il n’a pas pu distinguer son habillement, mais physiquement, explique-t-il, il était gros. Et qu’il est sûr que les balles qu’il a tirées ont dû toucher le véhicule.
Poursuivant son témoignage, il dit qu’après avoir vidé ses munitions, il est retourné dans la cour pour en chercher d’autres. A son retour, explique-t-il, il a trouvé que le véhicule et l’individu avec qui il a échangé des tirs n’étaient plus sur place. Mais arrivé sur les lieux, il déclare avoir vu des traces de sang là où était stationné le véhicule pickup.
Pendant ce temps, poursuit-il, il y avait des tirs partout. Mais quand il a entendu des tirs d’obus et de roquettes, il a compris qu’il avait affaire à des professionnels. Répondant à une question du président de la Cour, à savoir s’il y a eu une deuxième attaque, le sous-lieutenant Moussa Donzo a rapporté qu’après avoir déposé les blessés au camp Samory, à son retour, il a entendu des tirs aux environs de 10h. Et que quelques temps après, il a vu la garde présidentielle arrivée avec le commandant Sidiki Camara alias de Gaulle (ancien aide de camp du général Sékouba Konaté, également accusé dans cette affaire, Ndlr). A la question de savoir à quel moment ils ont eu des renforts, le témoin déclare qu’il ne peut le dire exactement.
Suite à ces explications, le procureur William Fernandez a soutenu qu’un des assaillants est tombé et que ce sont ses compères qui seraient venus le ramasser pour le déposer à l’hôpital Ignace Deen (comme pour dire qu’il s’agissait du commandant AOB). C’est pour cela, déduit le procureur, que ni l’homme, ni le véhicule n’étaient plus sur place. Le témoin quant à lui a maintenu qu’il a vu du sang, mais il ne sait d’où est venu ce sang. Plus loin, il dira que ce n’est que vers le petit matin, pendant qu’il était dans la cour de la résidence du Président, qu’il a entendu des gens dire « où sont les bâtards ». C’est ainsi, selon lui, qu’il a dit au commandant Mory (aide de camp du président, Ndlr) qu’ils ont eu des renforts. Il dit avoir aperçu le général Idy Amine, le colonel Traoré, le commandant Claude Pivi et le commandant B52.
Répondant aux questions des avocats de la partie civile, il a indiqué que quand il a vu le PRG avec le commandant Mory, dans son état, sachant qu’il est démocratiquement élu, il aurait pleuré. Et en ce moment il a entendu deux roquettes exploser avec des rafales.
A une des questions de Me Lamey Kamano de la partie civile, le témoin confirme que les tireurs étaient positionnés à un meilleur angle qui fait face à la chambre du président pour atteindre leur cible.
Le sous-lieutenant Donzo a également confirmé qu’il y avait des impacts de balles sur les concessions avoisinantes. Au moment des tirs, il dit avoir conversé avec le colonel Pivi et le colonel Traoré, mais qu’il ne peut pas en dire plus.
Me Mory Doumbouya de la partie civile s’est dit satisfait de la qualité de la déposition du témoin. « On a eu la conviction que le président de la République a été victime d’une attaque barbare et criminelle. Nous promettons encore qu’il y aura d’autres surprises. Il est acquis aux débats qu’AOB était au niveau de la garde Delta 1 au moment des tirs », s’est-il félicité.
Me Salif Béavogui de la défense balaie cela du revers de la main en affirmant que le témoin a fait un témoignage à décharge pour leurs clients : « Nous nous en réjouissons ». Puis s’interroge : « Comment concevoir que celui qui a vu et entendu et a vécu l’attaque n’ait pas été entendu durant l’enquête préliminaire ? »
« La défense déduit que ce sont des innocents (les accusés, ndlr) qui sont envoyés à la barre, les assaillants courent encore », indique Me Béa. Les audiences sont renvoyées pour le mercredi 27 mars.
Diallo Boubacar Bagnan & Saidou Hady Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu.com
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