Manifestation du 16 mars à Paris : comment sortir de la crise politique actuelle en Guinée

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Ethnocentrisme, clientélisme, incompétence, exclusion, division communautaire et violations des droits humains, telles sont les principales caractéristiques de la gouvernance de Condé Alpha depuis son arrivée au pouvoir il y a plus de deux ans, par un holdup up électoral sans précédent. A chaque manifestation pacifique de l’opposition politique, les populations guinéennes subissent des violations flagrantes des droits de l’homme, des assassinats ciblés, des viols, des agressions physiques, des arrestations arbitraires. La dernière marche organisée le 27 février 2013 par les partis politiques à Conakry, la capitale guinéenne, n’a pas fait exception. On a dénombré, ce mercredi-là et les jours suivants, neuf morts, un grand nombre de blessés par balles tirées par les forces policières et de répression du régime, et par armes blanches des loubards, de la force militaire tribale et de la milice ethnique, lancés sur les manifestants sur ordre de Condé Alpha et des caciques du régime, ainsi que de nombreuses arrestations.

A l’appel de l’opposition politique guinéenne, des associations civiles, des militants des droits de l’homme et des Guinéens de France et d’Europe, une gigantesque manifestation s’est tenue, le samedi 16 mars 2013, de 14h à 18h, dans la capitale française, pour porter à la connaissance de l’opinion publique internationale les crimes odieux commis par le régime de Condé Alpha. Cette manifestation s’est déroulée sur deux lieux stratégiques à Paris, des lieux chargés d’histoire et très symboliques : la place des Invalides et la place Edouard Herriot devant le Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale française, dans le VIIe arrondissement.

A 14 heures pile, comme prévu, les Guinéens de Paris et de la région parisienne (Région d’Île de France), ont commencé à converger en masse vers l’esplanade des Invalides, à la sortie du métro éponyme. Des travailleurs de toutes conditions, dont beaucoup de femmes, des étudiants et même des enfants ont envahi la place. Portant des banderoles, des pancartes, des photos des victimes de tortures et d’assassinats, et des drapeaux rouge-jaune-vert, l’emblème national, ils sont venus pour crier haut et fort leur indignation face aux tueries et aux exactions commises en Guinée par Condé Alpha, depuis son arrivée au pouvoir, en décembre 2010. Et surtout porter à la connaissance de l’opinion publique mondiale le caractère sanguinaire de la dictature qui a été instaurée en Guinée par cet homme que l’Occident présentait comme un démocrate.

C’est une véritable marée humaine de plusieurs centaines de personnes qui s’est ébranlée des Invalides, à 16 heures. Encadrés par un impressionnant cordon de police et de gendarmerie, les manifestants scandaient des slogans. Les uns criaient : « Alpha Condé, assassin ! Â», et les autres répondaient : « Bernard Kouchner, complice ! Â». En rangs serrés, le cortège avançait pas à pas, occupant toute la largeur de la rue. Une banderole large de plus de 6 mètres proclamait : « Agissons maintenant pour une Guinée qui respecte les valeurs républicaines Â». D’autres dénonçaient « le régime fasciste d’Alpha Condé Â» et d’autres encore la collusion « Alpha Condé-Bernard Kouchner Â».

Fort heureusement, les beaux quartiers sont désertés le week-end par leurs habitants, partis en villégiature dans leurs riches résidences de campagne. Ici, les forces de l’ordre sont présentes pour frayer un chemin aux manifestants, alors qu’en Guinée, elles les poursuivent à coups de baïonnettes et de tirs de kalachnikov. Elles veillent patiemment à ménager le passage aux marcheurs aux croisements avec les grands axes routiers. C’est beau l’Etat de droit. C’est exactement ce que nous voulons dans notre pays.

Arrivé au terme de son parcours, le cortège s’est immobilisé et s’est déployé sur la place Edouard Herriot, à deux pas de l’Assemblée nationale française. Là, une tribune publique a été improvisée. S’y sont succédé les représentants des principaux partis politiques et ceux de la société civile pour s’adresser aux manifestants. Tous ont condamné la dictature instaurée par Condé Alpha, l’ethnocentrisme et son corollaire, le repli communautaire, ont insisté sur l’ardente obligation de mettre fin au régime actuel pour instaurer un véritable Etat de droit et de démocratie.

En marge de la manifestation, nous avons voulu interroger des participants, rencontrés au hasard, pour leur demander quelles solutions ils proposent pour sortir de la crise politique qui paralyse la Guinée, à l’heure actuelle. Voici un florilège d’opinions.

SOUMAH_Nabbie_Ibrahim_Baby_4_09Naby Baby Soumah, juriste et anthropologue, est l’un des principaux animateurs de la société civile au sein de la diaspora guinéenne. Il s’explique sur les raisons de sa participation à cette manifestation et esquisse des pistes de recherche pour une voie de sortie de crise.

« Je participe à cette manifestation pour défendre des valeurs immuables et pour lesquelles j’ai toujours combattu. Je me bats pour l’élargissement des libertés individuelles et collectives, contre la violence politique et pour que les Guinéens puissent exercer librement leurs droits. En premier lieu, pour le droit de vote, qui est un attribut de la citoyenneté. Il se trouve que malheureusement, dans notre pays, le sang continue de couler inutilement, dans la mesure où on refuse le dialogue, on refuse de respecter les normes démocratiques.

» Il y a eu l’Accord de Ouagadougou au Burkina du 15 janvier 2010, qui a fixé un chronogramme. Celui-ci n’a pas été respecté. Pis, parmi les 12 points de l’Accord, il n’était pas prévu de mettre sur pied une nouvelle Loi fondamentale, c’est-à-dire une nouvelle Constitution. Ce point n’a pas été respecté et a fait perdre beaucoup de temps.

» Nous sommes dans la transition, depuis le décès du président Lansana Conté en décembre 2008, soit depuis près de cinq ans. Nous risquons d’avoir les mêmes problèmes qu’en Côte d’Ivoire, c’est-à-dire d’avoir quelqu’un durant deux mandats pour le prix d’un. Je combats la violence politique sous quelque forme que ce soit. Notre pays a été trop marqué par la violence, avant même l’Indépendance, et depuis celle-ci jusqu’à nos jours. Nous pensions qu’avec l’avènement de ce nouveau pouvoir, reconnu avec une élégance républicaine par son challenger, nous pensions donc que ce pouvoir allait s’atteler à sa mission, à savoir améliorer les conditions de vie des gens, refonder le système éducatif, faire des réformes institutionnelles pour que les Guinéens aient un minimum de bien-être, l’eau courante et l’électricité. Malheureusement, nous connaissons toujours la continuité dans la misère. Le peuple guinéen continue de souffrir dans son quotidien et aujourd’hui dans sa chair, à cause de la violence politique. On déplore neuf morts à la suite des manifestations du 27 février. Ce sont neuf morts de trop.

» Comment sortir de la crise politique actuelle ? Je me suis réjoui quand j’ai entendu le chef de l’Etat dire qu’il était pour un statut de l’opposition. Je suis désolé d’entendre par la suite parler d’ Â« aboyeurs Â». Pour moi, le dialogue est une vertu cardinale. Il faut discuter avec les opposants pour en finir avec la transition. J’entends parler de gouvernement d’union nationale. Je ne suis pas pour cette solution. Je suis pour un pouvoir qui exerce et une opposition qui conteste et qui propose. C’est cela la vraie démocratie. On sait où un gouvernement d’union nationale va encore nous mener. Je suis pour un dialogue afin qu’il y ait un statut de l’opposition et pour que les Guinéens de l’extérieur soient respectés et qu’ils puissent participer aux élections. On demande simplement le respect du chronogramme de l’Accord de Ouagadougou et qu’on respecte l’être humain, quelque soit son origine ethnique ou régionale, sa confession, et qu’il soit libre d’adhérer à tout parti politique légal. C’est la voie à suivre pour sortir de la crise. Sans dialogue, la Guinée ne s’en sortira pas. Â»

DIOUBATE_Mamadi_09Mamadi Dioubaté est l’un des pionniers qui ont aidé le RPG, le parti de Condé Alpha, à s’implanter sur le terrain et jusque dans les casernes militaires. Mais, Mamadi a pris ses distances depuis longtemps, face aux méthodes autoritaires et à l’ethno-stratégie suivie par Condé Alpha.

« La manifestation d’aujourd’hui vise, selon Mamadi Dioubaté, un premier objectif : faire comprendre à l’opinion publique française que ça ne va pas en Guinée, contrairement à ce que les amis d’Alpha Condé lui disent. Car ce dernier dispose d’un lobby en France et en Europe, notamment à travers l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et l’ancien premier ministre britannique, Tony Blair.

» Pour sortir de la crise actuelle, il faut mettre de côté le problème des élections législatives et convoquer une grande Conférence nationale à l’issue de laquelle un gouvernement d’union nationale sera mis en place. Ce sera une sorte de gouvernement provisoire ou de transition ayant pour objectif principal de faire une réforme de la Constitution guinéenne, afin de rééquilibrer le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Cela nous permettra de construire un Etat d’où la dictature sera complètement bannie.

» La Conférence nationale permettra de dresser un état des lieux et de revisiter les dictatures du passé. Car il y a encore beaucoup de nostalgiques du Parti démocratique de Guinée (PDG), l’ancien parti de Sékou Touré. Regardez la RTG (Radiodiffusion Télévision guinéenne) et vous verrez qu’on est en train de reconstruire ce que le PDG avait mis en place. Il faut faire comprendre aux Guinéens que la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui est une continuation de ce qui a été créé depuis la gouvernance du PDG.

» Il faut également dresser l’inventaire du CMRN, depuis Conté jusqu’à Dadis. En 1984, à la mort de Sékou Touré, les Guinéens étaient dans l’enthousiasme de la liberté retrouvée. On n’a pas fait une analyse politique de la situation afin de faire une proposition aux militaires. La diaspora guinéenne, par exemple, était tellement contente de retrouver la terre natale, après des années d’absence, et les familles, visiter les tombes des parents disparus, qu’on n’a pas eu le temps de faire une analyse approfondie pour jeter les bases d’un nouveau départ.

» On avait oublié que Sékou Touré, dont le régime avait duré 26 ans, était un individu que la mort emporterait, alors que les institutions demeuraient. Il fallait demander aux militaires de casser celles-ci pour reconstruire autre chose. Or, Conté et ses compagnons se sont contentés d’occuper des places devenues vacantes. Et comme c’était des hommes en armes, il était difficile de les faire partir. Il a fallu encore attendre 24 ans.

» L’actuel président Alpha Condé s’est introduit dans le système sans le changer. De plus, dans l’euphorie de l’élection présidentielle de 2010, on a cru que celle-ci allait être transparente. Certains, dont je suis, pensaient qu’il fallait encore attendre au moins deux ans. Malheureusement, on s’est précipité dans une élection présidentielle prématurée, car le pays était encore sous le choc de 25 ans de dictature militaire [avec celle de Dadis] et sous le choc des événements qui ont entouré le départ de Dadis. Il fallait assainir les institutions avant d’aller à l’élection présidentielle. Celle-ci s’est accouchée d’Alpha Condé. On n’a pas eu chance, après Sékou Touré, Lansana Conté, puis Dadis, et maintenant Alpha Condé.

» Moi, je crois en l’avenir. Ça va changer, parce qu’Alpha Condé a 75 ans. Il se trompe d’époque. Il se croit encore dans les années 1960. Aujourd’hui, les relations internationales ont changé : il n’y a plus deux blocs face à face, et la CPI veille. Nous allons tout mettre en Å“uvre pour faire comprendre à M. Alpha Condé que nous nous sommes battus pour une véritable démocratie et qu’il faudra qu’il l’applique. S’il ne le fait pas, nous allons demander son départ. Â»

MAKANERA_Ibrahima_Sory_2_09Fondateur et administrateur du site web Leguepard.net, très actif dans l’information de l’opinion publique internationale sur l’actualité politique, économique et sociale de la Guinée, le juriste Ibrahima Sory Makanéra est aussi l’un des principaux animateurs de la société civile au sein de la diaspora.

« La sortie de la crise actuelle dépendra de la stratégie qu’adoptera l’opposition, affirme Makanéra. On ne peut pas affronter une armée en épargnant son dépôt de munitions. Vous comprendrez plus loin ce que je veux dire par dépôt de munitions, car il ne s’agit ni plus ni moins que du CNT. Aujourd’hui, l’opposition doit s’attaquer, bien entendu, à Alpha Condé, mais surtout au Conseil national de transition (CNT), l’organe législatif transitoire, et à la justice guinéenne qui n’est justice que de nom.

» Pourquoi s’attaquer au CNT ? Alpha Condé est en train de nous rouler dans la farine. Nous nous y prêtons sans le savoir. Toutes les dates qui ont été successivement fixées par Alpha Condé pour la tenue des élections législatives sont des dates dont on savait qu’elles étaient irréalistes. C’est seulement pour noyer le poisson dans l’eau. En réalité, il n’a aucun intérêt à aller aux élections. Même avec la société sud-africaine Waymark, qui lui est favorable. Mais, en allant aujourd’hui aux élections, même avec Waymark, et quel que soit le degré de tricherie d’Alpha Condé, il ne peut pas dépasser 75% à 80% des suffrages, alors qu’il dispose aujourd’hui de 100% de ce qui tient lieu d’Assemblée nationale, en l’occurrence le CNT. Dans cette institution, on n’entend aucune voix discordante. Alpha Condé est ainsi dans un beau paradis qu’il ne veut pas quitter. C’est pour cela que je dis que le CNT est son dépôt de munitions. Tout ce qu’il fait, c’est de la diversion. C’est pourquoi l’opposition doit s’attaquer au CNT, qui est périmé, car sa durée de vie avait été fixée à 6 mois, ce qui est très largement dépassé. Les dispositions constitutionnelles provisoires l’attestent. On sait comment le CNT a été constitué. Il n’a aucune légitimité. Il faut qu’on demande le départ non seulement d’Alpha Condé, mais aussi de ce CNT, qui doit être totalement refondé. C’est l’une des voies de sortie de la crise.

» Je vais insister sur la nécessité de dénoncer le CNT. Les propositions de loi venant de l’exécutif y passent comme une lettre à la poste. Pis, comme un mail ou même un simple clic de souris électronique. Au sein du CNT, c’est le règne du népotisme et de la corruption. Avant que les projets de loi n’y soient présentés, des enveloppes pleines d’argent sont distribuées. A chaque vote de loi, les membres du CNT reçoivent au minimum 3 millions de FG. Ces conseillers y sont délégués par les partis politiques et les organisations de la société civile ; mais, ils n’écoutent plus ceux qui les y ont délégués. Lorsque l’UFR a demandé à son représentant, Zogbélémou, de démissionner, celui-ci a refusé. Aujourd’hui, il est en train de voter des lois, mais on ne sait au nom de qui. Aucun conseiller n’y est allé de son propre chef. Ils ont tous été désignés par les partis et la société civile. Donc, le retrait d’un parti ou d’une organisation devrait entraîner automatiquement celui de son représentant.

» Il faut internationaliser la question juridique guinéenne, surtout que notre justice est aux ordres. L’Union Africaine (UA) et la CEDEAO ont des instruments permettant d’externaliser les questions juridiques de notre pays. La Cour suprême guinéenne refuse d’examiner le recours déposé par l’opposition. Ce qui est totalement illégal. Prenons le cas de ce ministre sénégalais qui a été interdit de sortie du territoire national. Il a saisi la CEDEAO, qui a reconnu que ses droits ont été bafoués. Pourquoi se limiter à la Cour suprême guinéenne dont on sait qu’elle est sous la botte d’Alpha Condé ? C’est une autre voie de sortie de crise. Â»

FOFANA_Aboubacar_6_09En circulant parmi les manifestants, nous avons rencontré Aboubacar Fofana, président d’honneur de l’organisation de la société civile Demain La Guinée (DLG). Voici ce qu’il nous a déclaré.

« Pour moi, le consensus est une vertu. Mais, en Guinée, le dialogue a toujours été considéré, depuis 1958, comme une faiblesse politique. Quand quelqu’un détient une parcelle de pouvoir, il veut aussitôt l’imposer aux autres. Pour sortir de cette crise, il faut en prendre le chemin, par l’instauration d’un cadre de dialogue et de concertation. On ne peut sortir de cette crise que par le dialogue. Se mettre autour d’une table, mais en expurgeant tout ce qui peut freiner le processus, c’est-à-dire les religieux et la société civile. Les politiques doivent se parler en face.

» Ce qui est flagrant, depuis deux ans, c’est la volonté du passage en force. Cela est très caractéristique du régime de M. Alpha Condé. Il n’y a pas de concertation possible. Tous ceux qui ne pensent pas comme le pouvoir sont exclus. On les affuble de qualificatifs infâmant comme « anti-guinéens Â» ou « anti-patriotes Â». On les fait passer pour des gens qui ne veulent pas du bien de la Guinée. Comme si tous les bons étaient d’un côté et tous les mauvais de l’autre. Â»

DIALLO_Hadiatou_manifestation_Paris_16Mar2013_09C’est avec plaisir que nous donnons maintenant la parole à une grande figure de l’opposition politique guinéenne, Hadiatou Diallo. Elle travaille dans la communication, au sein du groupe Lagardère-Active, très présent dans l’audiovisuel français et international, ainsi que dans la presse écrite, éditeur des journaux comme Paris Match, Télé 7 Jours ou le Journal du Dimanche. Hadiatou a joué un rôle de premier plan lors des deux tours de l’élection présidentielle de 2010, notamment au sein de l’UFDG. Elle a axé son intervention sur le rôle que peut jouer la médiation internationale.

« Les pays africains ont besoin de l’arbitrage des institutions internationales. Aujourd’hui, on sait que c’est compliqué de compter sur elles. D’autant plus qu’Alpha Condé a dissous le Groupe international de contact pour la Guinée (GIC-G) à travers lequel elles pouvaient avoir un droit de regard sur la Guinée. Aujourd’hui, les populations sont soumises aux exactions du régime d’Alpha Condé. Il est inflexible dans les discussions ; il n’écoute personne. La solution, c’est qu’il dégage. S’il a un mandat de cinq ans, il faut veiller à ce qu’il ne puisse pas le renouveler. L’échéance, qui est en 2015, c’est bientôt ! Battons-nous pour qu’en 2015, Alpha Condé fasse partie du passé. Â»

Sy Savané Mamadou Saliou, ancien journaliste à Afrique Asie, actuellement consultant international, très impliqué dans la résolution des conflits en Afrique, abonde dans le même sens.

« Il faut absolument une médiation internationale, affirme-t-il. Une faute politique majeure a été commise par la dissolution du GIC-G. On a ainsi signé un chèque en blanc à M. Condé Alpha. On en voit actuellement les résultats. Il faut créer les conditions pour que la communauté internationale s’implique à nouveau. On a parlé d’un facilitateur guinéen. Mais, je crois qu’il faut absolument interpeler le regard extérieur dans le contexte actuel. Â»

DIALLO_Lamarana__Petty_5_09Voyons quel est le point de vue de Lamarana Petty Diallo, professeur de Lettres modernes, très actif sur le Net.

« Si nous allons aux élections législatives dans les conditions actuelles, quoi qu’on fasse, Alpha Condé va les gagner. Et pourtant, il faut maintenir les élections. Donc, il faut passer par tous les moyens pour qu’il parte avant les élections. Négocier avec lui ne mènera à rien. On a vu que ce qu’il promet la veille, il revient là-dessus le lendemain. Si quelqu’un ne respecte pas la parole donnée, on ne peut pas avoir confiance en lui pour organiser des élections crédibles. Les Guinéens doivent se battre pour qu’il parte.

» On dit qu’il a été démocratiquement élu, mais nous savons tous les limites de cette "démocratie". Il y a eu des fraudes électorales massives, du bourrage d’urnes, une manipulation des populations. On ne souhaite pas la violence politique. Il faut mettre en place des procédures, soit qui écartent Alpha Condé du pouvoir, soit qui mettent en place un gouvernement d’unité nationale. Je ne parle pas de gouvernement de transition, car le précédent a échoué. Dans ce gouvernement, toutes les forces politiques seront représentées, pour surveiller Alpha Condé pendant les deux ans qui lui restent au pouvoir. Â»

Récapitulons les différentes propositions qui ont été exposées et essayons de tracer le meilleur cheminement qui peut nous conduire sur la voie de sortie de cette abominable crise qui paralyse aujourd’hui la Guinée.

Nul ne peut plus douter du comportement nocif du CNT. Le chef de file de l’opposition guinéenne lui-même, en l’occurrence Cellou Dalein Diallo, a déclaré que cet organe législatif est entièrement inféodé à Condé Alpha qui, par ailleurs, instrumentalise toutes les organisations de la société civile. D’où la nécessité d’écarter celles-ci, y compris les religieux, lorsqu’on abordera les négociations politiques qui doivent concerner exclusivement les partis politiques.

Et d’ailleurs, dans nos prochaines institutions, il faudra supprimer, purement et simplement, ce « machin Â» qu’on appelle le Conseil économique et social (CES), qui n’est d’aucune utilité dans un pays en développement, qui coûte très cher, et qui ne sert qu’à recycler ou à caser les amis du pouvoir.

Non seulement, le CNT est périmé (sa durée de vie était prévue pour six mois, jusqu’en juin 2011), mais aussi du fait qu’il est devenu une simple chambre d’enregistrement du pouvoir, c’est-à-dire de Condé Alpha, nous devons continuer à le dénoncer fermement.

C’est pourquoi, nous demandons solennellement à tous les membres du CNT, issus de la diaspora guinéenne, de quitter cette institution le plus rapidement possible, pour ne pas avoir à cautionner la machine à corrompre qu’elle est devenue.

Tout en dénonçant le rôle foncièrement négatif du CNT, il faut également que l’opposition dénonce la justice guinéenne. Celle-ci est pire qu’une parodie de justice. Elle est la honte de toute institution judiciaire digne de ce nom. Nous sommes consternés de voir que la Cour Suprême en Guinée est à genoux devant le pouvoir de Condé Alpha.

L’opposition doit ensuite s’atteler à la question de la Conférence nationale. C’est une question cruciale. La Conférence nationale a permis d’instaurer la démocratie au Bénin. Elle a permis de chasser Mobutu du pouvoir en RDC. Elle a permis d’écarter Denis Sassou N’Guesso au Congo-Brazzaville (même si celui-ci est revenu, par la suite, par la force des armes, avec la complicité de la société pétrolière française Elf et de Bongo du Gabon). Récemment, sous la forme d’Assises nationales, elle a permis à l’opposition sénégalaise d’empêcher Abdoulaye Wade d’instaurer une dynastie au Sénégal.

En Guinée, la Conférence nationale doit permettre de dresser un état des lieux, de « revisiter toutes les dictatures Â» que nous avons connues et que nous connaissons aujourd’hui. Elle accouchera d’une commission nationale Vérité, Justice et Réconciliation (VJR).

A ce stade, les travaux du Dr Bah Abdourahmane, de nos compatriotes aux Etats-Unis et au Canada, et du CIC (Comité d’initiatives citoyennes), piloté par le professeur Sadio Baldé de Rouen, pourront nous faire avancer très vite. Et l’approche de notre compatriote, le Dr Bakary Diakité, contribuera à les enrichir.

De là, sortira une structure gouvernementale provisoire. Celle-ci ne doit pas être un gouvernement d’union nationale, car nous connaissons les tares de ce type de gouvernement, qui est un immense festin où s’invitent les partis politiques pour se partager les ministères et les maroquins. Il s’agira d’une structure qui doit empêcher Condé Alpha de continuer à nuire, mais d’où ne sera pas exclu le RPG.

Cette structure gouvernementale provisoire aura pour mission essentielle, outre d’expédier les affaires courantes, d’élaborer une nouvelle Loi fondamentale ou Constitution, qui permettra d’empêcher, pour toujours, une nouvelle dictature en Guinée.

Pour mettre sur pied la Conférence nationale, nous avons besoin d’internationaliser la question guinéenne. A ce propos, l’UA et la CEDEAO peuvent nous aider, en ressuscitant le GIC-G et en réactualisant l’Accord de Ouagadougou du 15 janvier 2010.

Ce cheminement, bien ordonné, peut nous conduire à la voie de sortie de crise. Nous demandons à tous les compatriotes de faire des propositions dans ce sens, que nous allons consigner au fur et à mesure. A propos de la Conférence nationale, nous présenterons prochainement dans ces colonnes les conclusions du Dr Bah et du CIC. Au Dr Bakary Diakité et de son parti d’y contribuer.

En toute hypothèse, notre seul salut réside dans le dialogue au sein de la Conférence nationale par le biais de la médiation internationale.


Alpha Sidoux Barry
Directeur de publication GuineeActu


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