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Tony Blair étend son empire africain dans le pays des mines : la Guinée

Robert Mendick  Mardi, 19 Mars 2013 18:52

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BLAIR_Tony_CONDE_Alpha_mines_01Tony Blair vient d’étendre son empire africain en plein essor. L'ancien Premier ministre fait partie désormais des « conseillers » officiels du président de la Guinée, un pays au climat chaud et humide en Afrique de l'Ouest qui regorge de vastes ressources minières. La signature de ce protocole de conseiller a coïncidé avec l’accord entre le gouvernement de la Guinée et un fonds d'investissement du Moyen-Orient, qui a également retenu M. Blair comme conseiller commercial. Cet accord a pour but d’explorer les possibilités de nouvelles activités minières. Ce contrat expose potentiellement M. Blair à des accusations de conflit d'intérêts agissant comme conseiller des deux parties.

La Guinée est le quatrième Etat en Afrique ‒ après le Rwanda, le Libéria et la Sierra Leone – à engager l’organisation « charitable » de M. Blair, Initiative de gouvernance africaine (AGI en anglais). L’accord a été signé à la fin de l'année dernière, après six mois de négociations.

M. Blair peut maintenant inclure Alpha Condé sur sa liste de dirigeants africains dont il est proche. M. Condé, professeur de sciences politiques, est arrivé au pouvoir en 2010, après les premières élections [qualifiées] de libres et transparentes en Guinée depuis l’accession du pays à l'indépendance de la France ; il y a plus de 50 ans. En dépit d'être l'un des pays les plus pauvres et les plus corrompus de la planète, la Guinée pourrait être un joyau dans la couronne de l'AGI (l’organisation « charitable » de M. Blair). Après des années de dictature brutale, la Guinée, avec une population de seulement 10 millions d’habitants et la même superficie que la Grande-Bretagne, a un potentiel de croissance énorme.

La Guinée est le premier pays producteur mondial de bauxite qui sert à fabriquer de l'aluminium. Le pays est en passe de devenir la troisième source mondiale de minerai de fer. Il y a aussi d'importants gisements de diamants, de l'or et de l'uranium. Les réserves de bauxite sont estimées à 25 milliards de tonnes et celles de fer, à 4 milliards.

AGI est en train de déployer une équipe sur le terrain dans la capitale délabrée du pays, Conakry, dans le but de d'inculquer des notions de bonne gouvernance aux ministres et aux bureaucrates. Plus important, AGI va travailler à attirer des investisseurs étrangers.

Le site web de l'AGI vante la détermination de l'organisation de bienfaisance de vouloir « attirer des investissements durables pour bâtir des économies solides pour l'avenir ». Un diplomate occidental en Afrique de l’ouest a déclaré au Sunday Telegraph que « les activités d’AGI sont à la fois de la charité et des affaires. Alors que certaines personnes dans l’organisation œuvrent pour la bonne gouvernance, d'autres font des affaires dans le secteur des ressources minières ». Une source en Guinée a salué les efforts de M. Blair : « Je crois que leur engagement est réel », a déclaré la source, « en Guinée, [AGI] a déjà permis d'améliorer la prise de décision et la coordination de la politique. »

Mubadala Development Company, un fonds souverain de 20 milliards de dollars, mis en place par le gouvernement d'Abu Dhabi, a signé un « contrat de collaboration » avec la Guinée en novembre. Le contrat inclut des investissements dans de nouvelles mines de bauxite et de fer. Mubadala est bien connu de M. Blair dont la société privée de conseil, Tony Blair Associates, a été un consultant commercial depuis 2009.

On spécule que M. Blair, qui a sept propriétés, y compris une maison de ville à Londres et une maison de campagne, dans le Buckinghamshire, gagne environ £1 million par an avec Mubadala ; une source de la compagnie a indiqué que cette somme était trop élevée. Il n'existe pas de preuves que, en tant que conseillers non-rémunérés pour le gouvernement guinéen, M. Blair ou son équipe ont d’une façon ou d’une autre participé à l'accord de Mubadala avec la Guinée. Il n'existe pas non plus de preuves que M. Blair ait profité personnellement de cet accord.

Sur le rôle de M. Blair, un porte-parole du fonds a déclaré: « Il est l'un des nombreux conseillers d’affaires privilégiés à Abu Dhabi. Tony Blair ne reçoit aucune rémunération de la part de Mubadala en ce qui concerne la Guinée et il n'a aucun intérêt commercial dans les actions de Mubadala là-bas [en Guinée] » Le porte-parole de M. Blair a déclaré: « Tout le travail qu'il fait pour AGI est pro-Bono, il n'a aucun intérêt commercial lié à une partie du travail qu'il fait pour AGI dans ces pays et en effet il prend en charge l’organisation caritative avec son propre argent. »

AGI décrit M. Blair comme un «défenseur de premier plan » de l'Afrique qui est convaincu que l’avenir du continent dépend d'un secteur privé prospère. Le porte-parole de l'AGI a déclaré: «Il [M. Blair] traite fréquemment du développement des pays partenaires d’AGI avec d'autres gouvernements, des entreprises, des fondations philanthropiques et des organismes de développement. Il n'a aucun intérêt commercial dans ces discussions et tout le travail qu'il fait comme patron de l'AGI est sur une base pro-Bono. »

M. Blair a visité Conakry au mois de juin dernier et y est retourné en décembre pour accepter formellement les relations d'AGI avec la Guinée. AGI est géré à partir du siège de M. Blair à Londres, à Grosvenor Square par Kate Brut, une ancienne conseillère de Tony Blair à Downing Street. La responsable des relations avec la Guinée est Shruti Mehrotra, une ancienne militante de l’organisation de lutte contre la corruption « Global Witness ».

M. Blair et M. Condé semblent être en bons termes. M. Blair a déclaré qu'il était « attiré par la vision » de M. Condé, tandis que pour sa part M. Condé a déclaré en décembre : « La première chose que Tony Blair apporte est son expertise ; en deuxième lieu, les experts qu’il a mis à notre disposition ; troisièmement, il nous aide à voir qu’en plus de définir les priorités, nous avons besoin d'un calendrier pour les atteindre. »

Il y a un mois, Mubadala a annoncé avoir signé des « accords pour explorer de nouveaux investissements et partenariats dans des secteurs stratégiques tels que la bauxite, l'alumine et le fer ». Un communiqué de presse publié à l'époque avait indiqué que l'accord pourrait « apporter des avantages importants pour les économies de la République de Guinée et des Émirats Arabes Unis ».

On ne sait pas si M. Blair a été impliqué dans la décision de Mubadala de se positionner en Guinée.

Une autre connaissance de M. Blair a également un intérêt dans le pays. Oleg Deripaska, oligarque et ami de Lord Mandelson, est propriétaire d'une mine de bauxite et d’une fonderie en Guinée à travers sa compagnie Rusal, premier producteur mondial d'aluminium. Rusal s'est également entretenu en novembre avec le président de la Sierra Leone, Ernest Bai Koroma, sur un projet de mine de bauxite. Par ailleurs, M. Blair est un conseiller auprès de M. Koroma.

M. Blair a déjà bénéficié des largesses de M. Deripaska. Un autre de ses organismes de bienfaisance ‒ un groupe environnemental appelé « La Campagne Sortir de l'impasse climatique » ‒ a reçu 300.000 livres de la part M. Deripaska en 2009.

M. Blair a été lié à Rusal à travers un autre de ses rôles consultatifs. En 2009, JP Morgan, une banque d'investissement qui paie M. Blair environ 1 million de livres par an, a tenté de mettre sur pied un accord dans lequel Rusal pourrait bénéficier d’un prêt de £3 milliards venant de l’Autorité libyenne d’investissement (Libyan Investment Authority).

JP Morgan semble avoir participé à des voyages entrepris par M. Blair à Tripoli pour voir le colonel Mouammar Kadhafi ‒ bien que M. Blair nie toute connaissance des négociations de JP Morgan – sans succès.             Un porte-parole de Rusal a déclaré la semaine dernière: « Tony Blair n'a jamais participé à des négociations concernant les activités de Rusal et n'a jamais été un conseiller ou consultant de la société ». Une source a ajouté: « Ils sont catégoriques : ils n'ont pas eu de relations avec lui en Afrique ».

L'Afrique ne représente qu'une partie de l'empire grandissant de M. Blair. M. Blair ‒ ou des sociétés qui lui sont associées ‒ a aussi des consultants engagés avec les gouvernements du Koweït et du Kazakhstan, et les sociétés d'assurance de groupe Zurich Financial Services. En janvier il a été révélé que la société de gestion mise en place par M. Blair avait un chiffre d’affaire de plus de £12 millions, mais avait payé des impôts à hauteur de £315.000 seulement sur des bénéfices de plus de £1 million.

La fortune de M. Blair a été estimée entre £30 millions et £40 millions ; les employés de M. Blair nient qu’elle soit si élevée.


Robert Mendick
Chef reporter, The Telegraph


Traduction : Bashir, pour GuineeActu


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