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L’urgence d’un Ouagadougou II

Alpha O Barry  Vendredi, 01 Mars 2013 21:09

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BARRY_Alpha_O_01L’urgence d’un accord politique global guinéen : Ouagadougou II pour mettre fin à la transition est plus qu’une évidence, c’est une nécessité absolue. Le ministre Kalifa Gassama Diaby n’a pas pu rééditer sa prouesse du 18/02/2013, la marche du 27/02/2013 a dégénéré. Pourra-t-il amener le président Alpha Condé et l’opposition à engager un dialogue constructif et sincère le 04/03/2013 prochain ? Hadja Rabiatou Sera Diallo et Jean Marie Doré ont là une chance de se racheter en l’épaulant dans la gestion des conséquences de leur laxisme pendant cette transition interminable.

La radicalisation de la mouvance et de l’opposition, plus particulièrement des électorats des deux (2) finalistes du 2e tour de la présidentielle, pourrait conduire de l’impasse actuelle, à une réelle possibilité d’engrenage vers la violence et le chaos.

Lansana Kouyaté pourrait jouer ici un rôle important de médiation et de pédagogie auprès des sages, de l’élite et des populations mandingues de la Haute Guinée et de la Forêt. Il se rachèterait ainsi, lui aussi, de n’avoir pas fait élire une Assemblée nationale légitime comme l’instruisait sa feuille de route de Premier ministre de consensus. Cette assemblée aurait mieux géré l’après Conté.

L’opposition est acculée par sa base vers la radicalisation et l’abandon de la ligne de combat suivie jusqu’ici, perçue comme « timorée et sans résultats ».

Je voudrais proposer des pistes de réflexion sur un compromis pour éviter l’engrenage de la violence par un accord politique global guinéen Ouagadougou II permettant de :

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De l’écueil des législatives 

Le ministre Kalifa Gassama Diaby nous avait donné, le 18/02/2013, une petite lueur d’espoir. La réunion du 04/03/2013 et les rumeurs sur un report des législatives la renforcent.

Le Collectif, l’ADP et le CDR devraient saisir cette opportunité tout en s’entourant de garanties en saisissant officiellement la CEDEAO et en demandant son implication dans la finalisation de la transition régie par l’accord de Ouagadougou négocié et garanti par elle. Ils démontreraient ainsi leur volonté de compromis et leur sens élevé de la responsabilité. Ils pourraient y présenter les propositions de sortie de crise suivantes :

Le Collectif, l’ADP et le CDR pourraient mutualiser leurs ressources humaines, matérielles et financières pour faire face aux exercices de la révision et de la surveillance des bureaux de vote, du transfert et de la centralisation des votes aux chefs-lieus des CESPI et des CECI et adopter le principe du désistement en faveur du candidat de l’opposition en meilleur position de l’emporter.

Ils pourraient exiger la présence d’observateurs internationaux pour aider à surveiller les exercices de révision du fichier, du vote, du dépouillement, de l’affichage, la centralisation et l’annonce des résultats.

Ils pourraient accepter l’offre de novembre 2010 du Président de travailler avec l’opposition dans un gouvernement d’union nationale. Et ce quels que soient les résultats des prochaines législatives. C’est le meilleur moyen d’engager pendant les deux (2) dernières années de son mandat, la rupture avec plus d’un demi-siècle de mal-gouvernance et de dictature.

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De la rupture avec le passé 

Le président Alpha Condé devrait éviter le piège du passage en force et soumettre sa mouvance au verdict populaire. Il s’agit en effet de rompre avec le système de pouvoir à légitimité douteuse s’imposant par la force et le non-droit, de l’établissement de bases légitimes à la députation en 2013 et d’un mandat présidentiel en 2015 ne souffrant d’aucune ambiguïté sur sa légitimité.

A l’issue des législatives, la nouvelle Assemblée nationale et un gouvernement d’union nationale, initieront la mise en œuvre d’une Convention nationale contre l’impunité et la mal-gouvernance. Cette convention contre les deux (2) principaux maux de notre République s’articulera autour de trois piliers :

1- la Charte nationale de la vérité, la justice, la réconciliation nationale et les droits de l’homme :

2- La Charte nationale des finances publiques et de la bonne gouvernance :

3- La Charte nationale de l’administration centrale et des forces de défense et de sécurité :

Ces exercices et chartes sont en effet les seuls moyens d’arrêter les ravages de l’impunité dans les concussions et violations des droits de l’homme, des répressions ciblées et d’instaurer une neutralité républicaine de l’État.

Les cyniques parleront encore de rêves surtout à propos de la Charte nationale des finances publiques et demanderont comment Sydia, Cellou et Kouyaté réclameraient des audits de leur gestion. La crédibilité de ces trois (3) citoyens repose sur un audit professionnel, international et indépendant sans complaisance et sans manipulation politique. On ne s’engage pas en politique légèrement, ceci s’impose aujourd’hui comme un minimum requis. Ils retourneraient ainsi contre le régime son propre argument et pourraient exiger en retour un audit de la gestion du président Alpha Condé.

Les trois (3) piliers ci-dessus constitueront la base pour la refondation de la République.

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De la refondation de la République 

Celle-ci pourrait se refondre sur la base d’une nouvelle constitution instituant sous les actuels régime présidentiel et État unitaire, cinq (5) parlements et administrations régionaux, sur la base de nos quatre (4) régions naturelles et de la zone spéciale de Conakry où nos quatre (4) communautés nationales sont fortement représentées.

Un total de 260 députés et sénateurs en raison de 30 députés par région dont le tiers (50) pour former le Sénat plus les 110 députés de l’Assemblée nationale devraient être dans les moyens de la Guinée avec ses 10 millions d’habitants. A l’exception de 2015 avec son référendum, il y aura des élections générales, une fois tous les 5 ans, on restera ici aussi dans les moyens de la Guinée.

L’élection en 2015 des députés à ces parlements et des gouverneurs régionaux après un référendum sur la nouvelle constitution, sera l’occasion pour corriger notre contradiction fondamentale d’assassiner la démocratie dans nos régions en gardant le vœu pieux de la voir prospérer au niveau national.

Le peuple, l’élite et les sages guinéens dans leur majorité, participent à la mise en œuvre de la stratégie de l’appropriation de l’appareil d’État par une ethnie, un clan. Nous continuons chacun, par la mobilisation de notre communauté régionale en faveur d’un candidat, d’un parti, de perdre de vue la contradiction fondamentale de notre démarche. Elle consiste en effet à vouloir « promouvoir la démocratie » au niveau de l’État national tout en imposant un porte drapeau régional.

Nous devons créer un cadre de tolérance et de compétition saine entre nos différents champions régionaux en assurant :

Ces champions régionaux, devront démontrer aux électeurs des parlements régionaux, leur capacité de porter leurs aspirations au niveau national par la qualité et la diversité ethnique de leur équipe dirigeante, la qualité des alliances nouées en vue d’une meilleure représentation nationale pour gagner plus tard l’élection nationale.

Un Sénat national pourrait se constituer par une représentation égalitaire et automatique des cinq (5) parlements ci-dessus en y recevant le tiers (1/3) des députés de chacun d’eux selon leur configuration régionale. C'est-à-dire chaque parti aura un tiers (1/3) de ses députés régionaux comme sénateurs. Cet effectif pourrait être complété par les quatre (4) présidents des coordinations régionales et des représentants de certaines minorités et catégories socioprofessionnelles. L’Assemblée nationale sera élue selon les modes de scrutin actuels du tiers à l’uninominal à la majorité simple et le reste à la proportionnelle à liste nationale. Le président de la République serait élu par un collège électoral constitué par le Sénat et l’Assemblée nationale.

L’élection du Président au suffrage universel direct comporte des risques de polarisation des communautés d’origine des deux (2) finalistes au 2e tour, voire du pays, que notre jeune démocratie, à l’instar de la plupart des pays africains, n’a pas encore les moyens de gérer.

Le projet de refondation de la République ci-dessus, permettrait de nous projeter dans le futur en élaborant un projet de société, une vision Guinée 2040.

La Guinée que nous voulons bâtir pendant le prochain quart de siècle. Cette vision comportera des plans sectoriels, un plan d’aménagement du territoire et intégrateur de ces plans sectoriels, des plans quinquennaux de mise en œuvre et d’évaluation.

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Les thuriféraires du Parti-État, formés à l’école du responsable suprême de la révolution, devraient savoir que la dictature s’appuie sur une forte légitimité populaire et un contexte historique favorable.

Le président Ahmed Sékou Touré avait démocratiquement raflé la quasi-totalité des sièges à l’Assemblée territoriale. Ce fait, son fameux discours devant de Gaulle et le non massif des Guinéens au référendum du 28 septembre 1958 lui ont donné une incontestable légitimité nationale et internationale. Il a perdu ou écorné sa légitimité historique, en répondant dans le contexte historique de la guerre froide, par une dictature impitoyable aux tentatives de déstabilisation de son régime.

Le président Alpha Condé joue sa légitimité d’opposant historique, il devrait écouter des collaborateurs comme son ministre Kalifa Gassama Diaby et retenir qu’un chef d’État soucieux de la paix dans son pays éviterait d’affaiblir son principal opposant face à l’aile radicale de son parti.

Les Guinéens de tous les bords politiques et de toutes les régions ont besoin d’un sursaut et d’un dépassement pour empêcher le syndrome ivoirien par une mutation de la guerre larvée entre les communautés « hali pular » et mandingue, en conflit ouvert et armé. Toute la Guinée et tous les Guinéens y perdront.

Après l’élection présidentielle chaotique de 2010 et deux (2) années de retard dans l’organisation des législatives, nous devons boire notre honte et demander humblement à la CEDEAO, à l’UA et aux Nations Unies, de nous aider à sortir de cette transition interminable.

Nous devrions saisir l’opportunité pour rompre avec nos démons et créer un « vivre ensemble guinéen ».

Ce défi est en fait africain et la refondation de l’État guinéen pourrait servir d’étude de cas pour toute l’Afrique. Une renaissance africaine par une confédération de ses États aux frontières coloniales, arbitraires et artificielles est nécessaire. Les crises post électorales zimbabwéenne, kényane, ivoirienne et guinéennes (Bissau et Conakry) viennent de là et guettent tous les pays africains.


Alpha O Barry

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