DB Mardi, 26 Février 2013 00:35
La situation s’envenime sur l’échiquier politique, avec l’obstination du pouvoir à ne pas entendre raison face à une opposition devenue de plus en plus coriace par la force des choses. On s’achemine donc vers le point de non-retour, vu que l’ADP, le Collectif et le CDR ont annoncé leur « retrait » du processus électoral, tout en projetant de poursuivre des actions de désobéissance civile.
A mesure qu’on approche du délai nécessaire à la convocation des électeurs pour le scrutin du 12 mai, le ton monte entre la mouvance présidentielle et l’opposition. Car les deux parties sont loin de s’accorder sur les préparatifs des élections législatives qui pointent à l’horizon. Faute d’un cadre de concertation censé départager les deux camps sur la gestion du processus électoral par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), dont le président Bakary Fofana est soupçonné de rouler pour Alpha Condé, l’opposition a décidé de prendre ses distances avec le processus électoral.
Ce retrait ne signifie nullement que l’opposition va croiser les bras, elle compterait en effet participer au débat politique, tout en multipliant les manifestations sur le terrain.
Dans cette foulée, une marche « pacifique » est prévue pour le 27 février, avec pour itinéraire du rond-point d’Enco 5 jusqu’à l’esplanade du Stade du 28 septembre. Cette fois aucune interdiction de manifester ne sera enregistrée de la part des autorités compétentes, le chef de l’Etat ayant annoncé que cela appartiendrait désormais au passé. Comme pour dire que l’opposition peut manifester autant qu’elle voudra et où qu’elle voudra. Les alliances ADP, Collectif et CDR prévoient d’organiser une journée « ville morte » le lendemain de cette marche. Déjà le 13 février dernier l’opposition avait manifesté à travers une marche « pacifique » dans la capitale et dans certaines préfectures du pays. Les manifestants avaient parcouru près de 10 kilomètres dans la ville, avant d’achever leur marche par un meeting des leaders politiques au Palais du peuple. Ceux-ci s’étaient relayés devant la tribune pour réclamer le départ de l’opérateur sud-africain Waymark, chargé de la gestion du fichier électoral, ainsi que le vote des Guinéens de l’étranger, que l’opposition appelle de tous ses vœux. Tout en envoyant des piques au représentant de l’Union européenne en Guinée, Philippe Vandame. Le diplomate est soupçonné d’avoir des accointances avec le pouvoir, qu’il « soutiendrait » dans sa démarche d’organiser le scrutin le 12 mai prochain, sans que les conditions de « transparence » ne soient réunies, selon l’opposition.
Le ministre guinéen des Droits de l’homme et des Libertés publiques Kalifa Gassama Diaby s’était joint au mouvement afin de sensibiliser les manifestants et les populations riveraines des zones traversées, pour éviter que la situation ne dégénère.
Cette implication du ministre a été saluée par bien des gens qui y ont vu un acte citoyen.
A propos de cette marche organisée par l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP), le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et le Club des républicains (CDR), le gouvernement guinéen s’était fendu d’un communiqué pour établir un bilan à cet effet.
Ce communiqué rappelait que la « manifestation qui avait reçu l’autorisation des autorités guinéennes, s’est déroulée sans incident majeur ». Tout en précisant que « la mobilisation serait plus faible qu’annoncée ». Preuve qu’il aurait agi à contrecœur en autorisant finalement la marche. Après une interdiction formulée auparavant par le ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation, Dr Alhassane Condé, qui s’était abrité derrière les maires de la capitale.
Pour assurer la protection des populations civiles lors de cette manifestation, les autorités avaient déployé de grands moyens. Un dispositif de sécurité constitué de 4000 hommes dont 1500 policiers et 2500 gendarmes avait été mis en place, selon le porte-parole du gouvernement Albert Damantang Camara.
La journée « ville morte » du mardi, elle, avait été plus mouvementée. Du côté des quartiers chauds de la ville, comme à Bambeto, Cosa et Hamdallaye, des heurts avaient été enregistrés entre manifestants et forces de l’ordre. La foule de jeunes opposants qui avaient érigé des barricades le long des voies, pour empêcher la circulation fut dispersée à coups de gaz lacrymogène.
Dans le camp de la mouvance présidentielle, des voix comme celles de Kaké Makanera s’étaient élevées pour dénoncer l’opposition qui, selon lui contribuait à travers ces manifestations à « troubler » la quiétude sociale. Pour sa part, la société civile qui brillait depuis là par son silence, a publié une déclaration le 13 février dernier dans laquelle elle recommande que des « questions techniques soient débattues entre les partis politiques et la CENI en vue de trouver des solutions appropriées et que des rencontres périodiques soit instaurées entre les partis politiques et la CENI ». Elle demande aussi qu’une communication efficace et efficiente soit mise en place pour informer l’ensemble des acteurs sur chaque activité du processus électoral.
Avec toute cette chienlit, il y a lieu de se demander si le professeur Alpha Condé va entériner la date du 12 mai prévue pour la tenue du vote. La réponse à cette question sera connue en fin de semaine, vu que le chef de l’Etat doit en principe appeler les électeurs aux urnes 70 jours avant le scrutin, comme le prévoient les textes.
DB
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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