Imprimer

Cour d’assises : qui du parquet, de la partie civile ou de la défense a politisé et ethnicisé les débats ?

Heinan Goba  Jeudi, 21 Février 2013 15:40

Facebook

 

BEAVOGUI_Salifou_01« Le ministère public ne peut pas nous interdire de parler de politique ni d'ethnie dans cette salle. C'est lui qui en a parlé dans les charges qu'il a formulées contre nos clients. Pour les défendre, nous ne pouvons recourir qu’à des arguments politiques et ethniques » a réagi mercredi 20 février, à l’audience, maître Salifou Béavogui, un des avocats défenseurs des accusés de l'attaque contre le domicile privé du président Alpha Condé.

Et maître Bachir Barry, également de la défense dans ce procès aujourd’hui baptisé affaire du 19 juillet, d'indiquer que « la partie civile a été la première à se prêter à ce jeu ». En citant comme preuves, quelques passages du mémoire ampliatif de cette dernière dans son recours en annulation devant la Cour suprême contre l’arrêt de la chambre de mise en accusation qui avait accordé en juillet dernier, un non-lieu en faveur de 15 des accusés.

Le ministère public représenté par l'avocat général Williams Fernandez s'est plaint au président de la cour du fait que la défense, à plusieurs reprises, a fait recours aux arguments politiques et ethniques pour faire croire à sa juridiction que les personnes poursuivies ont été arrêtées en raison de leur appartenance politique ou ethnique. Cela pourrait rendre d'après lui, très difficile la manifestation de la vérité.

Cependant rappelle la défense, « dès le début de ce procès, on a vu le ministère public avec une liste de trois personnes de l’ethnie peule, dire que le but de l’attaque était de tuer le président Alpha Condé et mettre à sa place un de ces Peuls ». « Une liste de plus de cinq cents jeunes de Ratoma, uniquement des Peuls, a été brandie aussi par le parquet » a rappelé aussi un autre.

Dans le même ordre d’idée, la défense s’est dite surprise d’entendre le parquet demander à ce que les débats soient exempts de discours politiques. Il ne peut pas en être autrement soutient-elle « dans la mesure où sur le banc des accusés, on compte de nombreux responsables politiques et que la principale victime est un homme politique ».

Le lieutenant Mamadou Yéro Diallo, officier de transmission au bataillon autonome des troupes aéroportées, qui comparaissait à cette audience, est de ceux qui étaient avec le général Konaté à Macenta peu avant le push du CNDD. Il est considéré comme proche de l’ancien président de la transition pour avoir servi à la Présidence en son temps.

Dans ses déclarations, l’accusé a soutenu sans cesse que son crime est d’être proche du général Sékouba Konaté. Comme de nombreux autres accusés dans cette affaire, a renchéri maitre Alsény Aïssata Diallo, un des avocats de la défense. Pour lui, l’accusation en veut tellement au lieutenant que, ne pouvant lui imputer l’abstention délictueuse, elle a tout fait pour lui coller la complicité.

Le même Alsény Diallo a fait savoir que le fait que sur le banc des accusés, on ne retrouve que des proches de Lansana Conté et de Sékouba Konaté sans un élément de Sékou Touré illustre parfaitement le désir de revenir à la politique de ce dernier. Une politique basée sur l’épuration ethnique et la purge dans l’armée.

Maître Mory Doumbouya de la partie civile a régi en disant qu’il s’agit d’une « affirmation gratuite ». Et le parquet de conseiller l’accusé de ne pas se laisser tromper par sa défense. « Celui qui vous dit de dire que vous êtes là pour avoir côtoyé le général Konaté vous trompe. Il ne peut pas vous défendre. Si votre culpabilité n’est pas établie, je serai le premier à demander votre relaxe » a dit Williams Fernandez.

« Sans doute » a reconnu Maitre Salifou Béavogui en rappelant que devant la chambre de mise en accusation, en parquetier honnête, Williams Fernandez n’a pas hésité à requérir le non-lieu quand il s’est rendu compte qu’il n’y avait rien à reprocher au lieutenant Mamadou Yéro Diallo. Avant d’être pris de court par le recours en annulation de la partie civile.

Quoi qu’il en soit a tempéré le président de la cour, « tout le monde est libre de dire ce qui lui semble bon pour convaincre la cour. Mais ce qu’il faut retenir est qu’elle est suffisamment intelligente pour faire la part des choses ».


Heinan Goba
de Conakry pour GuineeActu


AAA_logo_guineeactu_article

 

Facebook