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Crash de Monrovia : le choc fait place à des doutes
Aliou Sow Jeudi, 14 Février 2013 15:19
La disparition des 11 officiers dans le crash survenu à quelques kilomètres de Monrovia lundi dernier a choqué le pays tout entier. Les obsèques des victimes se sont déroulées ce mercredi sur fond d’émotion.
L’accident tragique qui a entrainé la mort de 11 officiers dont le chef d’état-major général des armées, le général Souleymane Kéléfa Diallo, le lundi dernier à une dizaine de kilomètres de l’aéroport Roberts de Monrovia a provoqué une vive émotion au sein de l’opinion. Ce drame a même tempéré l’ardeur de la classe politique qui a dû modifier son calendrier. Le gouvernement ayant reporté sine die sa rencontre initialement prévue avec les leaders politiques. L’opposition aussi a été contrainte de renoncer à sa marche pacifique qui devait se dérouler ce 13 février.
C’est dire à tel point cette tragédie a affecté les Guinéens. Il faut rappeler que le crash s’est produit tôt dans la matinée alors que l’appareil de type CASA n’était plus qu’à une dizaine de kilomètres de l’aéroport Roberts de Monrovia.
Les habitants de la localité de Charlesville ont dû être surpris par ce crash, eux qui venaient à peine de sortir de leur sommeil. Mais c’est en spectateurs « impuissants » qu’ils auraient assisté à la dislocation de l’avion avec tous ses passagers à bord, qu’ils n’ont pu extraire de la carlingue de l’appareil faute de moyens.
Le général Kéléfa Diallo conduisait cette délégation aux festivités commémoratives de la création de l’armée libérienne. Festivités qui étaient prévues ce lundi 11 février. Mais le destin a voulu qu’ils n’arrivent pas à destination.
Un tel drame ne peut que donner lieu à des supputations de tous ordres, dans un pays où la rétention de l’information est une pratique courante chez les gouvernants. Même chez les proches des victimes, le choc laisse place à des doutes sur ce qui a dû réellement conduire à ce crash.
Du coup, des interrogations sur la fiabilité de l’avion se posent. S’agit-il d’un vieil appareil, comme c’est souvent le cas sous les tropiques ? Avec ces avions de seconde main achetés du côté de la Russie ou de l’Ukraine. Ainsi que dans certains garages de Californie, où des appareils hors d’usage sont fourgués à de petites compagnies évoluant sur le continent. Nos frères de la République Démocratique du Congo (RDC) savent de quoi nous parlons, tant ces cercueils volant ont endeuillé de nombreuses familles dans ce pays de l’Afrique centrale. Ce qui souille l’image de la plupart des compagnies aériennes africaines qui se voient interdire le ciel européen, pour manque de sécurité à leur bord.
La Guinée n’en est d’ailleurs pas à son premier drame de ce genre. Peu se souviennent encore du vol qui s’est abimé en mer, alors qu’il tentait de piquer du nez vers la piste de l’aéroport international de Gbessia en 1978. Le commandant de bord de cet appareil de fabrication soviétique, Max Kéita, bien que réputé à l’époque pour son habileté, n’avait pas réussi à éviter cet accident qui avait causé la mort de quasiment tous les passagers du vol, y compris les membres de l’équipage, sous une pluie battante.
Parmi les victimes de ce crash figuraient de nombreux étudiants qui rentraient au pays pour des vacances, ou en fin de cycle. Plus proche de nous, le crash du vol de la compagnie UTA (Union des transports africains), appartenant à un homme d’affaires libanais aux larges des côtes béninoises, alors qu’il tentait de décoller après une escale à Cotonou.
Le Boeing 737 était en partance pour Dubaï. Les enquêteurs avaient conclu à la surcharge pour expliquer ce crash, qui avait fait des victimes, dont de nombreux Guinéens. Parmi les rares survivants de cet accident d’avion, une certaine Bangoura Aminata, ancienne secrétaire de l’hebdomadaire les Echos de Guinée. Elle travaillait comme hôtesse à UTA.
Pour ce qui vient de se passer, les enquêtes auraient commencé, selon nos informations. Le CASA aurait été acheté par le président Alpha Condé pour une dizaine de millions de dollars US, aux Philippines, pour renforcer les équipements de l’armée guinéenne.
Cet avion acheté en 2011 servait dans le cadre des manœuvres pour les parachutistes. Il était utilisé aussi à de rares occasions pour transporter des délégations officielles dans certaines régions du pays.
Pour éviter de donner libre court à des rumeurs farfelues, comme certains en raffolent dans la cité, le gouvernement devrait tout mettre en œuvre pour diligenter les enquêtes sur cette affaire.
Pour que les conclusions puissent parvenir aux familles des victimes, qui ont besoin de faire leur deuil, en ayant à l’idée que la disparition de ces officiers est bien une œuvre de Dieu. Fatalisme oblige. Pourvu que ces enquêtes ne soient pas comme celles qui ont été confiées à des laboratoires européens, après que des militants du RPG se furent plaints de douleurs abdominales, lors de la dernière journée de campagne du second tour de la présidentielle de 2010.
On se souvient que le bruit avait couru sur un éventuel empoisonnement de ces jeunes gens par le camp adverse. Sans que cela n’ait jamais été tiré au clair.
Pour revenir aux obsèques des disparus, il faut souligner qu’elles se sont déroulées ce mercredi, au moment où nous allions sous presse. Et c’est un président de la République ému aux larmes qui a rendu hommages aux 11 officiers. Qui furent tous décorés à titre posthume pour s’être « distingués jusqu’au sacrifice ultime de leur vie ».
Aliou Sow
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu
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