Boubacar Caba Bah Lundi, 28 Janvier 2013 15:11
Pour la seconde année consécutive, le président guinéen Alpha Condé a participé au nom de la Guinée au prestigieux sommet du gotha mondial de l'économie, de la finance et des affaires à Davos, en Suisse. C’est la deuxième fois que la Guinée est représentée au Forum de Davos à travers son président.
Selon le communiqué de la Présidence, Alpha Condé a « rassuré les investisseurs miniers quant à la volonté de la Guinée de faire du pays une destination privilégiée pour l’exploitation minière ». Le service de presse de la Présidence a aussi mentionné la liste des personnalités que le président guinéen aurait rencontrées : Tony Blair, Georges Soros, Bill Gates, Donald Kaberuka (BAD), Stephen Gotesfeld (PDG de la société minière Newmont), le président finlandais, Sauli Ninisto, Ola Borten Mo (ministre norvégien du pétrole), Helen Clark (administratrice du PNUD), etc... Alpha Condé a aussi participé en compagnie du président sud-africain Jacob Zuma à un diner intitulé « Africa promise », offert par Klaus Schwab, fondateur du Forum économique mondial
Alpha Condé a réitéré son panafricanisme en reprenant sa demande de l’année dernière d’avoir une plus grande coopération régionale voire continentale dans les domaines importants de l’économie de l’Afrique. Selon la BBC, Alpha Condé a demandé qu’il y ait un ministère panafricain du commerce, de l’énergie et des infrastructures. Une demande qui n'a pas été suivie par ses pairs pour le moment. L’année dernière, Alpha Condé a annoncé à Davos que la Guinée va désormais publier sur Internet tous les contrats miniers signés. Un engagement qui est resté sans suite en Guinée.
Mais c’est le soutien sans équivoque d’Alpha Condé à l’intervention militaire au Mali pour chasser les terroristes du Sahara malien ‒ conséquence directe du coup d’Etat dans ce pays déclencheur de la crise actuelle ‒ qui a valu au président guinéen une couverture plus que favorable. Alpha Condé a fait la remarque évidente que les armées africaines sont incapables de lutter contre la rébellion sans l’assistance occidentale massive. Avec un choix sans équivoque d’appuyer l’intervention militaire française au Mali, il est clair que la « communauté internationale » n'est plus intéressée à entendre parler des violations des droits de l’homme en Guinée, mises à nu par le procès des accusés de coup d’Etat diffusé en Guinée. Le président guinéen s’étant aussi engagé à organiser en mai 2013 des élections législatives ‒ avec Waymark, une société recrutée par son fils comme opérateur ‒ il est difficile de l’acculer remarquent les observateurs au grand dam de plusieurs Guinéens et de l’opposition qui se sent lâchée. Mais c'est ça la real politik affirment ces observateurs, pour le moment Alpha Condé est en symbiose avec les intérêts occidentaux, ces derniers seront très peu enclins à faire pression sur lui.
Finalement comme à l’habitude, le chef de l’Etat guinéen qui depuis son élection n’a pas dépassé Kindia et Boké, et n’a pas parlé à la presse de son pays, n'a pas tari en interviews à RFI, Bloomberg News (le deuxième guinéen à le faire avec l’ancien ministre Mahmoud Thiam), France 24 (voir photo) et d’autres medias non guinéens. La télévision d’état RTG couvre le voyage en lisant les communiqués de presse de la présidence.
Donc à ce niveau, pour répondre aux critiques qui considèrent ces voyages « inutiles », il n’est pas superflu, soulignent ces observateurs, de rappeler que promouvoir et rechercher les investisseurs est le rôle de tout président qui aime son pays et qui aimerait le voir se développer. Créer la confiance prend du temps et de la patience, et aussi de l’argent.
Mais de l’avis général, créer les conditions de développement dans son pays à travers une sécurité physique des investisseurs, une sécurité des contrats à travers une justice indépendante, un climat social apaisé par un débat parlementaire représentatif pour éviter les troubles destructeurs d’investissements, et surtout la création des infrastructures de support au développement: routes, ponts, chemins de fer, barrages, centrales hydrauliques, services de santé, éducation, ... sont les meilleurs moyens d’attirer les investisseurs, qu’aucune conférence ne peut remplacer.
Cependant on ne peut s’empêcher de demander combien coûte cette participation guinéenne au Forum économique de Davos. Plusieurs centaines de milliards de FG estiment les sources au parfum du fonctionnement du Forum de Davos qui est une entreprise privée. De quoi équiper des hôpitaux en équipements manquants, des universités en accès Internet, des centres de formation, etc.
Guinéenews a enquêté en se basant essentiellement sur les sources publiques des media anglo-saxons.
D'après Andrew Sorkin du New York Times, l’« invitation » à participer au Forum économique de Davos commence par l’obtention du statut de membre simple qui coûte 52.000 USD. Une fois obtenu ce statut, il faut verser 17.000 USD pour l’invitation. Ce qui revient à 71.000 USD. Juste pour avoir la permission d’y aller... pour une personne. S’il faut inviter une deuxième personne, il faut débourser le double. Mais ce « ticket d’entrée » permet simplement de participer aux sessions générales. Pour participer aux sessions restreintes avec les « power brokers », il faut acheter une autre invitation.
Ensuite il faut se rendre en Suisse. Un voyage en première classe de New York à Zurich coûte aux alentours de 11.000 dollars et généralement il est préférable ‒ pour les chefs d’Etat et milliardaires ‒ de prendre un hélicoptère pour arriver à Davos au coût de 3.400 dollars aller simple. Dans le cas du président guinéen, c’est généralement une compagnie charter suisse, Vistjet, représentée en Afrique par l'homme d'affaire nigérian Kora Aluko qui affrète pour les voyages présidentiels un avion privé de marque Bombardier que les Guinéens voient souvent à la télé au départ et à l’arrivée d’Alpha Condé à l’aéroport Conakry-Gbessia. Le coût de location de tels avions se chiffre en milliers de dollars par heure selon des sources aéroportuaires, quoique souvent il y ait des forfaits pour les longs voyages. En comparaison, une location d’un jet typique de New York à Genève coûte entre 50 et 70.000 USD selon New York Times citant la compagnie Net Jet.
A cela s’ajoute la restauration dans des établissements de la place ou par invitation. Et aussi l’habillement car c’est une station d’hiver qui demande des habits chauds en janvier. Le New York Times cite le restaurant Post Hôtel de Davos qui charge un minimum de 210 dollars par personne mais dans le cas d’un banquet, et il faut compter un minimum de convives. Par exemple il faut compter 8.000 dollars pour une cocktail party de 60 personnes pour une heure.
Ensuite il y a les frais de séjour qui sont généralement à la charge du convive. Comme il faut s’y attendre les hôtels affichent complet pendant la période. Les suites présidentielles varient de 7.000 à 10.000 dollars la nuit. Certains préfèrent louer des chalets qui peuvent aller jusqu’à 50.000 dollars. A Paris lors de sa rencontre en juillet 2012 avec le nouvellement élu président de la France, François Hollande, Alpha Condé en provenance de l’Asie du Sud-est en avion privé avait séjourné dans un établissent cinq étoiles, l’hôtel Raphaël de Paris, situé au 17 Avenue Kléber dans le 16e arrondissement, dont le prix affiché était de 6.000 euros la nuit pour une suite présidentielle. Le déplacement local peut se faire par Mercedes blindée au coût de 10.000 dollars pour le séjour chauffeur inclus.
Combien le voyage d’Alpha Condé a-t-il coûté aux Guinéens et qui a payé les frais ? Comment évaluer les retombées économiques de ces voyages fréquents et coûteux du président guinéen ? Seul l’avenir nous le dira. Le CNT ‒ légalement chargé de surveiller l’action gouvernementale ‒ osera-t-il poser ces questions ?
Boubacar Caba Bah
Orangeville, Canada
Source : Guineenews
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