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Tentative de détournement de 13 milliards : pourquoi Kerfalla Yansané n’a-t-il pas comparu ?

Boubacar Bagnan Diallo  Jeudi, 24 Janvier 2013 17:24

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YANSANE_Kerfalla_2_01L’audience des présumés auteurs de la tentative de détournement des 13 milliards se poursuit au TPI de Kaloum. Mohamed Fofana, agent comptable, Ousmane Camara, payeur général et El hadj Balla Moussa Mara, tous en service à la direction nationale du Trésor public pour les premiers et à la Banque Centrale pour le dernier, ont comparu la semaine dernière devant le tribunal.


Mohamed Fofana et Ousmane Camara sont poursuivis devant le tribunal correctionnel pour détournement de deniers publics. Tandis qu’El hadj Balla Moussa Mara, gestionnaire de formation, assistant directeur adjoint de l’agence principale de la BCRG, est poursuivi pour complicité de faux en écritures publiques authentiques et détournement de deniers publics. Ces accusés ont tous nié les faits mis à leur charge.

Pour le premier, M. Fofana, il a expliqué lors de son audition que la signature des lettres de virement qu’il a reçues était bel et bien celle du ministre. Il dira par la suite que ce jour, il a reçu beaucoup de lettres de virement dont il n’a remarqué aucune particularité. Son travail, rapporte-t-il, est de regarder la signature, le fond du dossier, le montant, le contrat. Si tout est conforme, ajoute-t-il, il ne peut pas s’opposer à la signature du ministre. Mohamed Fofana dit avoir exécuté une opération qui a été signée par le ministre de l’Economie et des Finances. Il a également laissé entendre que même le gouverneur de la BCRG a confirmé que c’était bel et bien la signature du ministre. « Donc, tranche-t-il, il n’y a rien de faux dans tout ce qui a été effectué. J’ai agi conformément aux règles de l’art. Même si la signature était fausse, ça peut m’échapper, mais cela n’échappe jamais au payeur central. Je me pose la question sur ce que j’ai détourné. »

Quant au second, M. Ousmane Camara, payeur central, il a déclaré avoir reçu à la date du 18 mai de M. Mohamed Fofana deux mandats de paiement. Selon lui, les dossiers sont toujours accompagnés d’une photocopie et d’une pièce justificative sur la chaine des dépenses. En tant que payeur général, souligne l’accusé, son contrôle est axé sur le respect de la procédure budgétaire et les pièces justificatives. Donc son contrôle ne serait pas au niveau de cette procédure de lettre parce que celle-ci est formelle : assurer que le montant qu’il paie est conforme au montant liquidé par le contrôleur financier, qu’il est conforme au mandat. « Si tout cela est exact, dit-il, j’exécute. Tout cet exercice, c’est pour ne pas que je sois en porte à faux au montant où je paie. » Selon l’accusé, dans le règlement général de la comptabilité publique, il n’est énuméré nulle part que la lettre de transmission peut déclencher une dépense.

M. Camara expliquera ensuite que les ordres de virement ont été transmis à la BCRG qui les a reçus conformément aux règles de l’art. Chaque lundi matin, à la réception de son relevé de compte, il fait la situation de ses paiements par jour et il les dépose à la direction du Trésor. Le prévenu souligne qu’il s’est donné la peine d’aller au bureau du directeur national adjoint du Trésor, pour lui dire : « Comment est-ce que vous avez pu laisser le ministre signer pour la sortie de 13 milliards ? Qu’est-ce qui urgeait pour qu’on paie les 13 milliards ? Il m’a dit : ‘’mais quels 13 milliards ?’’ Je lui ai dit que j’ai payé 13 milliards sur votre instruction. Il m’a aussi dit qu’il n’était pas au courant. »

C’est ainsi, ajoute M. Ousmane Camara, qu’ils sont allés voir la directrice nationale qui a aussi dit qu’elle ignorait le paiement de cette somme. C’est ainsi à trois qu’ils ont décidé de rejoindre la Banque Centrale pour lui dire de stopper les virements jusqu’à ce qu’ils comprennent en amont le fond du problème.

Ce serait par souci de transparence qu’il a en a parlé au directeur national adjoint. « Sinon, martèle-t-il, je ne suis pas aussi malade avec ma toute petite expérience que j’ai eue au Trésor pour faire une opération le vendredi, et aller rencontrer le Directeur national adjoint en lui demandant pourquoi il a laissé le ministre signer. Je ne suis pas dupe à ce point. » Le 22 mai, quand il a repris son relevé, il déclare avoir trouvé que l’écriture a été annulée. « Les documents peuvent en faire foi que les 13 milliards ont été systématiquement extournés du compte du comptable public », ajoute-t-il. Il a été interpelé par le colonel de brigade de la gendarmerie des finances qui l’a joint le lundi 4 juin pour lui dire de venir pour un besoin de 5 minutes. Arrivé à 15 h, il n’a été entendu par personne. Il s’est retrouvé à la Maison centrale à 18h. Interrogé par le parquet sur le nombre de dossiers qu’il reçoit par jour, M. Camara explique que tous les jours il traite au moins 30 à 40 dossiers. Puis de préciser qu’il n’est qu’un exécutant de dépense. Il n’y aurait pas eu un écrit lui disant que les contrats allant de telle période à telle période ont été gelées

« Quels intérêts aviez-vous à dénoncer ces faits au niveau du directeur adjoint du Trésor ? », interroge le procureur, Ibrahima Sory Cissé. « J’avais toutes les possibilités de dissimulation, mais c’est l’esprit de transparence et d’équipe qui m’ont animé », a-t-il répondu. «Connaissez-vous Mathurin Millimouno ? », demande encore le procureur. « Nous ne nous sommes pas vus plus d’une fois. C’est en prison que je l’ai rencontré », a-t-il répondu. Le troisième accusé, M. Balla Moussa Mara, dira devant la barre que quand le dossier des 13 milliards est arrivé à la BCRG, il les a liquidés. Mais compte tenu du montant, dit-il, il a appelé son directeur qui était absent ce jour-là, pour l’informer. Son directeur lui aurait dit que si le dossier a suivi la procédure normale et que si le gouverneur de la Banque centrale a signé, alors son rôle c’est de transmettre le dossier comme d’habitude dans les services. Ainsi dit, ainsi fait. « Car, a expliqué l’accusé, le dossier avait effectivement suivi la procédure normale. C’est ainsi que les services techniques de la BCRG ont traité le dossier et les pièces comptables. Tout a été signé. »

« Le soir du lundi, poursuit-il, le directeur de cabinet du ministre de l’Economie et des Finances aurait appelé son Directeur pour lui notifier que les virements effectués le vendredi sont douteux, donc d’extourner les écritures. Ce qui fut fait. Le mardi, les fonds de dossiers ont été envoyés chez le premier vice-gouverneur ». Mais dès l’arrivée de son directeur, lui, il s’était effacé. Il n’aurait plus rien suivi depuis.

Mais le 04 juin, il aurait été appelé pour venir au bureau du procureur. Arrivé après un petit entretien avec le celui-ci sur le dossier des 13 milliards, le procureur lui a dit de sortir. Aussitôt sorti, il a été conduit à la Maison centrale. L’accusé laisse entendre qu’il a cru avoir fait bonnement son travail sur ordre de sa hiérarchie. Interrogé à la barre par le procureur, M. Balla Moussa Mara, explique que son travail est de vérifier la conformité des documents. Si c’est le cas, il ne peut que signer. Puis d’ajouter que rien ne l’a poussé d’informer son directeur, sinon que par souci de transparence. « C’est notre travail qu’on a eu à faire », a-t-il déclaré. Il faut rappeler que Kerfalla Yansané, ministre de l’Economie et des Finances, qui était attendu à la barre ce lundi, n’a finalement pas répondu et c’est son chef de cabinet, Moussa Kéïta qui a répondu à sa place. Pourquoi Kerfalla lui-même n’a-t-il pas comparu ?

Affaire à suivre…


Boubacar Bagnan Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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