Discours présidentiel et démembrements de la CENI : la tension monte d’un cran entre le pouvoir et l’opposition

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leaders_Collectif_ADP_2_01Les leaders de l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) et du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition, les deux blocs alliés de l’opposition, sont devenus très amers ces dernières heures, dans leur rapport avec le pouvoir. Cette brusque montée de tension entre Alpha Condé et son opposition survient après le discours du chef de l’Etat, qui a accusé certains opposants d’être animés de velléités de déstabilisation de son régime.

Le discours prononcé lors de la présentation des vÅ“ux du Nouvel-An du gouvernement et des institutions républicaines au chef de l’Etat, a ravivé la tension entre le pouvoir et l’opposition. Celle-ci se sentirait offusquée par les propos du président Alpha Condé qui, on le sait, a accusé certains opposants de soudoyer des agents des forces de l’ordre lors de leurs manifestations, pour pousser ceux-ci à ouvrir le feu sur les militants. Chose qui aurait pour but de conduire l’armée à profiter de ce « chaos Â» généré par de tels agissements pour s’emparer du pouvoir. Un scénario visant à ramener la Guinée sur le chemin d’une autre transition.

Parmi les leaders choqués par ces propos, il y a Mouctar Diallo des Nouvelles forces démocratiques (NFD), qui a eu des propos très virulents ce mercredi à l’endroit du président, sur les antennes d’une radio locale. Pour l’opposant, ces propos viseraient à préparer l’opinion à avaler la pilule d’un autre pseudo complot. Mouctar Diallo, qui avait l’air très en colère, a lancé tout de go que l’attaque perpétrée contre la résidence du professeur Alpha Condé est un « montage Â». Ce, jusqu’à preuve du contraire, a-t-il lancé. Cette réaction tombe alors que le procès des présumés auteurs de cette tentative d’assassinat sont sur le banc des accusés en ce moment même. D’ailleurs, le leader des NFD a cité dans son argumentaire les propos du commandant Alpha Oumar Boffa Diallo, connu sous ses initiales d’AOB. Considéré comme le cerveau de l’opération. Mais, celui-ci nie les faits et charge plutôt le procureur de la République près la Cour d’appel de Conakry, William Fernandez, d’avoir voulu lui extorquer des aveux, lors de la procédure d’instruction.

Au moment où nous allions sous presse, l’ADP et le Collectif avaient ajourné leur conférence de presse prévue initialement à la Maison de la presse, et qui devait servir d’occasion pour annoncer les actions de désobéissance civile qu’ils comptaient entreprendre dans les jours à venir. L’opposition menace de porter plainte contre le professeur pour diffamation.

L’autre point ayant envenimé les rapports entre les deux parties ces derniers temps, porte sur la recomposition des démembrements de la CENI. Ainsi dans une déclaration rendue publique au moment où nous allions sous presse, « les partis politiques membres de l’ADP et du Collectif demandent à toutes leurs structures de Conakry et des préfectures de l’intérieur du pays de refuser toute inscription sur la liste d’un quelconque soi-disant démembrement de la CENI et ce, jusqu’à nouvel ordre. Cette position se justifie par le fait que la constitution des démembrements de la CENI dans le contexte actuel n’obéit à aucune disposition légale et se fait en violation du règlement intérieur de l’institution Â», peut-on lire dans cette déclaration. Qui trouve que « non seulement cette action s’inscrit dans un programme qui découle d’un chronogramme d’élections rejeté par l’ADP et le Collectif mais elle fait appel dans cette opération aux préfets, sous-préfets et maires qui ne devraient en aucune façon être impliqués dans la mise en place de démembrements qui relèvent exclusivement de la CENI Â».

Les deux blocs précisent à l’endroit de leurs militants « qu’au fur et à mesure de l’évolution de la situation, des instructions complémentaires seront adressées au moment opportun et de nouvelles dispositions éventuelles portées à la connaissance des responsables des fédérations respectives Â».

L’ADP et le Collectif ont aussi déploré dans la même lancée que le président de la Commission électorale national indépendante (CENI) Bakary Fofana ait démontré « son incapacité à garantir l’indépendance de son institution Â».

Citant des actions susceptibles de compromettre le bon déroulement des législatives, dont  Â« la dissimulation depuis plus d’un mois du rapport final de la mission de vérification de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), la publication d’un chronogramme d’élections entérinant le maintien de l’opérateur technique actuel et non approuvé par les instances décisionnelles de la CENI, le refus de publication du second chronogramme (Plan B) de la CENI qui prévoit le recrutement par une procédure d’appel d’offres accélérée d’un nouvel opérateur technique Â».

Les deux blocs dénoncent également « la création d’un comité technique de révision du fichier électoral dont la mission recouvre toutes les prérogatives techniques de la CENI qui se trouve ainsi dépouillée de l’essentiel de ses attributions, et l’attribution aux préfets, sous-préfets, maires et autres délégations spéciales de la mission d’installation des démembrements de la CENI, en violation des dispositions légales Â».

Voilà autant de manœuvres attribuées à Bakary Fofana, qui auraient dissuadé l’opposition de prendre part à la recomposition des démembrements de la CENI. L’ADP et le Collectif ne comptent plus que sur la rue pour se faire entendre dans ce bras de fer qui n’a que trop duré.


Aliou Sow
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu


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