Saidou Hady et Bah Boussouriou Mercredi, 09 Janvier 2013 18:56
L’un des dossiers les plus brûlants et les plus attendus des instances judiciaires a été largement examiné du 2 au 4 janvier 2013 par la Cour d’assises de Conakry. Il s’agit de celui de Mohamed Conté dit « Souka » qui avait été accusé par le gouverneur Sékou Resco d’avoir tué plus de 25 personnes. Et par conséquent, sa tête a été mise à prix.
Au nombre de quatre, à savoir Mohamed Conté dit « Souka », Mory Keïta alias « Kiffe », Mohamed Lamine Sylla et l’adjudant Zaoro Guilivogui, tous poursuivis pour vol à main armée, association de malfaiteur, détention et vente illégale d’armes de guerre, coups et blessures volontaires. Cependant, contrairement à ce que le public guinéen avait entendu par le biais du cdt Resco, ceux-ci ont prouvé au cours des débats qu’ils n’ont jamais tué personne. En répondant aux multiples questions de la Cour, Souka a, dans les moindres détails, clairement avoué avoir participé avec Junior à des opérations de braquage de véhicules. Et cela avec la complicité et la protection du colonel Amadou Bangoura, directeur adjoint des unités d’intervention de la Sûreté. Au cours des débats, il a laissé entendre que le colonel Amadou Bangoura, le gouverneur de la ville de Conakry Sékou Resco Camara, le commandant Ibrahima Kalil Sidibé dit « Commando » et le général Toto Camara, collaborent étroitement avec les bandits qui terrorisent la quiétude de la population civile. Pour preuve, il a cité Junior, un grand bandit léonais qui fait de grandes opérations entre la Guinée et la Sierra Léone. Ce dernier a donné le nom de son fils au colonel Amadou. Et d’ajouter « Les quatre véhicules 4x4 que j’ai braqués avec Junior c’est au colonel Amadou qu’on les a remis pour qu’il les évacue en Sierra Leone. » Vu ces accusations graves portées contre lui, le colonel a été convoqué puis est passé à la barre pour une confrontation avec Souka.
Ce dernier a relaté, point par point, tout ce qu’il avait dit au colonel. Cependant, le colonel a rejeté en bloc ses accusations. Pour se défendre, il a dit que Souka avait juré de le honnir devant la barre lorsqu’il l’a arrêté. « Souka est contre moi parce que je l’ai arrêté en 2005, en 2008 et 2010. Il avait même juré de me honnir devant la barre ».
Ainsi le président de la Cour, Yaya Boiro, lui a posé la question suivante : « Vous l’aviez arrêté trois fois ; vous l’aviez transféré où ? » « A la justice », répond-il. « Quelle justice ? » demande à nouveau M. Boiro. Le colonel demeure sans réponse. Et le ministère public d’enfoncer le clou : « Tout ce que Souka a dit de vous, il l’a répété aujourd’hui de façon persistante, claire, précise, cohérente, logique et invariable. Il a dit que vous collaborez avec Junior, pour preuve ce dernier vous a donné le nom de son fils.
Et à chaque fois que Souka et Junior font des braquages, ils vous appellent, vous vous rencontrez à Dixinn Terrasse, vous récupérez les véhicules volés, vous les envoyez en Sierra Leone ou à Bamako et après-vente vous vous partagez le butin. » « Je n’ai jamais fait ça », rétorque le colonel Amadou. Plus loin, Souka accuse à haute voix : « Ce réseau est très vaste. Mais le réseau qui est à Conakry c’est Junior et le colonel Amadou qui le pilotent.
Si vous voulez connaître l’assassinat de Mme Boiro, il faut arrêter Junior et le colonel Amadou. Ils sont avec les Léonais. Resco est au courant, Ibrahima Kalil dit « Commando » aussi est au courant. C’est eux tous qui ont organisé la fuite de Junior parce qu’ils savent que s’il est arrêté, ils seront tous dénoncés. » A noter que devant la barre, le colonel a exhibé trois PMAK et un sac contenant plus de 200 balles soi-disant que c’est avec ça qu’il a arrêté le groupe de Souka. Furieux, le procureur a aussitôt demandé à ce que ces armes soient dégagées devant la barre. Selon lui, ce n’est pas le moment de les montrer à la Cour après les avoir gardées plusieurs mois à la gendarmerie. Ainsi, après tous les débats, le procureur général, Williams Fernandez, a requis contre Souka la réclusion criminelle à perpétuité ; contre Mory Keita et Mohamed Lamine Sylla, 20 ans de prison, contre l’adjudant Zaoro Guilivogui, 5 ans pour complicité de vente d’armes. Prenant la parole, la défense dira que Souka a été victime de l’injustice de l’Etat. « Il a abandonné ses études coraniques pour aller au front combattre les rebelles afin de protéger sa population. Il a donné son sang et sa sueur au front pour défendre l’intégrité territoriale de la Guinée. Aujourd’hui, au lieu de le récompenser, on le condamne à perpétuité », a argumenté la défense. Après la délibération, la Cour a condamné Souka à 20 ans de prison ferme ; Mory Keïta et Mohamed Lamine Sylla à dix ans chacun et Zaoro à 5 ans. Pour ce qui est des officiers cités dans cette affaire, le procureur rassure que « leur interpellation ne tardera pas ». Pour le paiement des dommages et intérêts, le capitaine Cécé Théa, qui a perdu son testicule gauche par une balle tirée par Souka au moment de son évasion de la gendarmerie de Matoto, demande en guise de réparation 50 millions de francs guinéens.
Saidou Hady et Bah Boussouriou
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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