Mohamed Moussa Ould Edyka Mardi, 08 Janvier 2013 11:06
Pourquoi les programmes d’intégration régionale ne marchent pas toujours ? La réponse est que les questions de personnes priment sur les intérêts régionaux. Chaque partie s’engage dans le processus d’intégration avec l’espoir de se tirer le grand pan de la couverture des gains. L’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) en est un bel exemple. Après avoir été au service de l’intérêt des pays membres, elle est aujourd’hui au service des intérêts particuliers.
Cette institution est née de la volonté des premiers régimes issus des indépendances pour renforcer la relation d’amitié et de fraternité entre les peuples riverains du fleuve et tirer de meilleurs profits des ressources communes. Aujourd’hui, l’OMVS est en train d’opposer les dirigeants des pays membres. Au cœur de cette tension, un homme, un citoyen mauritanien du nom de Mohamed Salem Ould Merzoug, Haut-commissaire de l’OMVS.
En effet, selon les textes fondamentaux de l’organisation, le Haut-commissaire est nommé sur le Conseil des chefs d’Etats et de gouvernement pour un mandat de 4 ans renouvelable. L’actuel Haut-commissaire a passé 10 ans à la tête de l’institution sous-régionale et entame la 11e. La Mauritanie, qui lorgne le directoire de la SOGEM (Société de gestion du barrage de Manantali), demande le renouvellement des instances dirigeantes de l’organisation. Le Haut-commissaire, qui a érigé l’institution en une entreprise privée et développé un système de corruption à l’échelle sous-régionale, ne l’entend pas de cette oreille. Il se dit prêt à tout pour conserver son fauteuil. A la fin de son premier mandat, il a trouvé du soutien auprès des ex-présidents Abdoulaye Wade du Sénégal et Amadou Toumani Touré du Mali en brandissant l’argument raciste : « Je suis noir et dans mon pays, certaines personnes sont jalouses de me voir faire des résultats à la tête d’une organisation sous-régionale » confiait-il à un ex-ministre sénégalais du régime Wade.
En ce début de 2013, les autorités mauritaniennes reviennent à la charge et tiennent à faire partir Merzoug. Cet homme, parti de rien, est compté parmi les plus riches de la Mauritanie. Outre ses acquisitions immobilières à Nouakchott, à Dakar et en Virginie (Etats-Unis d’Amérique), il y a son parc d’automobiles composé d’une dizaine de voitures de luxe à Dakar et à Nouakchott, et un salaire de plus de 20.000 USD (versé par le Haut-commissariat et la SOGEM), hors avantage en nature.
Lâché par les autorités mauritaniennes, Merzoug trouve du soutien auprès des gouvernements sénégalais et guinéen à travers un réseau de personnalités influentes à Dakar et à Conakry au prix des millions de francs CFA. La Guinée, dernier pays arrivé dans cette organisation affiche son soutien au Haut-commissaire actuel.
Le 29 décembre passé, le chef d’Etat de la Mauritanie avait dépêché son ministre de l’Hydraulique, Mohamed Lemine Ould Abey, auprès de ses homologues de la Guinée, du Mali et du Sénégal pour leur demander la tenue, dans un bref délai, d’un conseil des chefs. Le ministre mauritanien n’a pas reçu l’accueil digne de son rang à Conakry et a difficilement rencontré le président Condé. Aussitôt informé, Merzoug a activé son réseau à Conakry à travers le ministre Pape Kory Kourouma. Une semaine après le passage du ministre Mohamed Lemine, Merzoug arrive à Conakry et est reçu par le Premier ministre à qui il affirme détenir une solution miracle aux problèmes énergétiques de la Guinée. Il lui affirme avoir mobilisé des fonds suffisants pour construire rapidement deux barrages hydroélectriques. Le gouvernement guinéen, séduit par cette proposition, ne voit plus OMVS comme une institution au service des Etats, mais plutôt comme une institution caritative dirigée par monsieur Merzoug.
A Nouakchott, les autorités mauritaniennes apprécient mal cette façon de faire du régime Condé et menacent de suspendre leur participation aux activités de l’OMVS. Selon des sources proches du ministère de l’Hydraulique, Merzoug a passé tout son temps à s’enrichir et à léser la Mauritanie au profit du Sénégal et du Mali. L’OMVS ne fonctionne plus comme une institution, plutôt comme une entreprise privée. C’est pourquoi la Mauritanie ne paie plus sa contribution depuis deux ans et ne versera pas un sou tant que la gouvernance de cette institution ne changera pas.
Un cadre de l’OMVS confirme cette gestion chaotique et ajoute : « une institution de 93 personnes et à peine 20 cadres, a un budget de fonctionnement de plus de 2 milliards de Francs CFA gaspillés dans les billets d’avions et autres voies d’enrichissement d’un clan qui a pris l’institution en otage. Il termine « vous pouvez vérifier, à mi-2012 le Haut-commissaire a acheté un billet d’avion à dix millions de F CFA (20.000 USD) pour un aller-retour Dakar-Singapour ».
Alors, pourquoi le président Condé voudrait-il ériger le système de gestion de son pays en règle universelle devant prévaloir dans notre organisation ? Si la Guinée, forte de ses ressources minières, peut ne pas se faire de soucis sur l’usage de son argent, la Mauritanie, elle, n’est plus prête à laisser un de ses citoyens agir contre son intérêt.
Le 07/01/2013
Mohamed Moussa Ould Edyka
Source : khibar
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