Naby Laye Camara Vendredi, 04 Janvier 2013 15:08
En toute objectivité, le bilan de deux années du pouvoir du président est inquiétant. Il est notable qu'il y a des améliorations par-ci, par-là. Par exemple dans la sphère des finances, des mesures concrètes et potentielles ‒ micro et macroéconomiques ‒ sont prises. Mesures potentielles sécurisant les différentes opérations financières de l'Etat.
Dans l'armée aussi, des efforts sont faits. Notamment quant aux rôles attribués aux différentes unités des forces de l'ordre. De nos jours, on remarque que l'armée est sur le pas de comprendre sa véritable tâche, celle d'assurer la sécurité de l'intégrité territoriale de la Guinée. L'armée ne pouvant plus intervenir dans le maintien de l'ordre public lorsqu'il s'agit des manifestations dans la cité.
Ces mesures économiques et sécuritaires constituent les seuls éléments qualifiables de progressifs pendant les deux premières années du mandat du président Condé. Progressif, car il y a encore beaucoup de chose à faire et à améliorer.
J'ai l'habitude de dire et d'utiliser la métaphore, que notre vie est un véhicule. Notre cerveau est le moteur de ce véhicule. Si le moteur fonctionne correctement (et tous les autres systèmes aussi), le véhicule peut se mouvoir. Une fois que notre véhicule a la possibilité de se mouvoir, d'autres grandes questions se posent. Vers où se déplacera-t-il ? A quelle vitesse ? Par quel chemin ? Combien d'arrêts fera-t-il ? Qui d'autre l'accompagnera pour le voyage ? Pour que toutes ces questions soient significatives, nous aurons besoin d'un chauffeur ou conducteur. Et ce chauffeur est notre esprit. Sans un esprit, le véhicule sans chauffeur, notre vie ne va nulle part. Maintenant si notre esprit se met au volant, le véhicule peut nous faire le voyage le plus merveilleux. Ce sera le voyage de notre vie, littéralement et au sens figuré.
Pendant deux ans, la Guinée s'est embarquée dans un véhicule muni d'un moteur mais sans chauffeur. Pendant deux ans, la Guinée est restée clouée dans un véhicule pour un voyage sans lendemain.
Autrement dit, le président Alpha Condé est resté le problème fondamental. La peur détruit et désoriente l'homme de Sékoutouréya. Quand je parle de la peur, je me réfère à la peur psychologique. Car il y a aussi la peur physique que nous pouvons tous avoir. La peur d'un assassin, la peur du serpent, la peur de l'obscurité, la peur de se voir renversé par un véhicule, etc. C'est une autoprotection, une impulsion instinctive. Cette peur est normale et saine.
Par contre, la peur psychologique ‒ qui est le grand problème du président guinéen ‒, est une autoprotection psychologique. La peur de la maladie, la peur de mourir, la peur des critiques, la peur de l'ennemi. La peur de perdre sa femme, de perdre le pouvoir, de ne pas être à la hauteur, la peur de commettre des erreurs. Cette peur est anormale et malsaine. Et dès qu'on est trempé d'une peur pareille, généralement, on se cherche des identifications. Identification à une idée ou idéologie, identification à une religion ou un gourou.
Alpha Condé est un président « peureux ». Dans ces deux premières années de son mandat, il s'est cherché des identifications. Il s'est identifié à une région, a une société ethnique. Il s'est identifié à la Basse Côte, à la Guinée Forestière et à la Haute Guinée. Il s'est identifié, même, aux anciens du régime de feu Lansana Conté.
S'identifier, s'est fuir son « moi-propre ». C'est un processus par lequel nous nous oublions nous-mêmes. Cette peur d'être soi-même, crée la dépendance. Dépendre des choses, des personnes ou des idées, engendre la peur. Et la dépendance prend son origine dans l'ignorance, le manque de connaissance propre, et la pauvreté interne. La peur cause l'incertitude et, sans aucun doute, nous avons tous noté comment le président Alpha Condé nomme et change ses ministres. A tâtons. Avec la crainte de mécontenter ses identifiés.
Ceci concerne bien les deux années du mandat du leader du RPG. Le danger, c’est que notre président ne semble pas être prêt, consciemment ou inconsciemment, à rectifier le tir. Il compte bien aller dans le même sens, celui de l'identification. Il y a peu de temps, lors d'une interview qu'il a accordée à la Radio France Internationale, Alpha Condé précise qu'à part le leader de l'UFDG, Cellou Dalein Diallo, aucun autre opposant (faisant allusion à Sidya Touré et Lansana Kouyaté, principalement) n'est capable de l'inquiéter, électoralement.
Quel « bon » jugement de valeur pour le leader Dalein Diallo. Mais, n'est-ce pas un piège ? Alpha sait la capacité intellectuelle et mobilisatrice de Sidya et Lansana. Avec ces leaders, les zones d'identification ethnique du chef de l'Etat peuvent subir de sérieux changements en faveur de l'opposition. Raison pour laquelle le président jette des fleurs sur Dalein et dénigre Kouyaté et Touré. De cette manière, l'homme de Sékoutouréya espère garder la division électorale ethnique durant tout son mandat. C'est la politique de diviser pour régner.
Encore trois ans pour la fin du mandat de Condé. Il y a bien évidemment des possibilités pour que les choses changent favorablement, contrairement aux deux années écoulées. Pour cela, le président Condé doit se rendre compte de sa peur psychologique, et prendre une décision de s'en libérer. Il doit accepter « ce qui est » : la Guinée est une et indivisible. Des calculs trop politiques torturent et tuent l'économie.
Naby Laye Camara
Bruxelles
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